Tu étais la fille indolente, tu lisais des auteurs américains, des philosophes allemands, des poètes russes, sans forcément tous les comprendre, peut-être parce que tu lisais dans les cafés comme d’autres vont au théâtre, en spectateur surveillant d’un regard absent si l’une de leurs connaissances ne les voient pas ici. Et c’était bien moins le bruit des petits crèmes s’entrechoquant contre les verres de bière qui te distrayait, que l’attention que tu portais à la curiosité des clients à ton égard. Tu t’installais là, à la petite table dans le coin, à côté de la vitre donnant sur la rue, et après avoir disposé ton paquet de cigarettes à la portée de ta main, après avoir déplacé la tasse de café et le cendrier, tu te penchais sur ce livre à la recherche du mot auquel tu t’étais arrêtée quelques temps auparavant, dans ta chambre de jeune fille indolente. Puis tu lisais et quelques lignes après, tu relevais la tête à l’affût d’un détail qui clochait. Tu n’étais jamais satisfaite de la disposition des éléments autour de toi. Alors tu détachais tes cheveux, posais l’élastique en mousse sur la table et prenais une cigarette en rapprochant le cendrier. Tes yeux allaient des entrées et des sorties à tes cuisses où reposait le livre écorné, et le texte te venait ainsi par pointillé, son sens ne prenant jamais réellement forme à tes yeux tant ton attention était écartelée entre l’univers des mots et le son de la clochette qui retentissait à chaque ouverture de porte. Et quand le café se vidait, à cette heure où les ouvriers ont fini d’engloutir leur serrano-beurre et reprennent leur travail, tu abandonnais ton regard dans la ruelle de l’autre côté de la vitre, une main sur ce livre comme une bouche ouverte, dont tu ne savais que faire puisque plus personne ne pouvait assister à ta lecture, éprouvant dès lors tout le poids des livres qu’il faut lire pour être dans le monde, et la solitude qui va avec.
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26 sept. 2008
15 juin 2005
parfois
C'est amusant. Je pensais à l'instant même à écrire quelque chose comme cela. Lié peut-être plus aux rêves que l'on a la nuit que ce rêve éveillé que l'on a parfois.
Cela fait deux jours que je ne cesse pas de rêver, et je me faisais ce constat un peu ridicule de psychanalyste de comptoir, que c'était peut-être grâce à ces rêves-là et surtout les souvenirs que j'en ai, et ceci à toutes heures de la journée, qui me libéraient de cette chose semblable à la mélasse, étrange glue -- cocktail entre l'amertume, le "contrôle" de soi, le désintéressement, cette chose qui se colle à vous et à cause de laquelle vous ne lâchez pas prise; que c'était peut-être grâce à ces rêves-là que j'arrivais effectivement à cette rupture de soi.
J'ai recommencé à écrire. Cela semble peu de chose, et cela n'intéresse personne hormis moi peut-être (et même encore!), mais c'est une sacrée étape. Non pas de l'espoir, juste reprendre contact avec le vide et ne pas s'étouffer d'angoisse face à.
Alors c'est amusant que tu parles de rupture de soi, un peu en écho avec ce "-- et cette envie de s'échapper de ce contrôle omniprésent pour goûter à la liberté de la maîtrise; juste l'envie de faire rupture avec soi-même", écrit ici-même, il y a quelques mois.
Mais il ne s'agit pas d'espoir. Il n'y a pas ici d'espérance qui tienne. Je me dis que l'espoir, c'est juste réserver à cet instant, lorsqu'il est très tard, et que tu n'as plus de cigarette pour finir la soirée, et que tu cours au tabac du coin, avec cet espoir qu'il ne soit pas fermé; l'espoir de ne pas avoir à entamer les mégots du cendrier, à chercher sous le lit une vieille clope tombée inopportunément, s'attaquer un bout de journal et défaire les mégots un à un pour en avoir suffisamment pour la dernière clope, la meilleure roulée du monde -- et objectivement la plus dégueulasse. Quiconque à fumer les fonds de cendrier connaît le goût de cendres qu'ils laissent sur les lèvres. Autant fumer le charbon du barbecue;
-- ce n'est pas de l'espoir; celui-ci est seulement digne pour les révolutionnaires et les utopistes. C'est peut-être juste de la peur en moins, une autre couche de peur qui se décolle et tombe -- cette peur si nécessaire et que les révolutionnaires éprouvent finalement peu, puisqu'ils ont l'espoir avec eux, lorsque les CRS avancent; -- pour extrapoler et faire vite, l'espoir est (peut-être) l'origine du ressentiment.
-- cette peur qui vous rend plus minable que les autres, cette peur qui vous submerge, vous immobilise, vous rétracte du monde, et qui une fois vomie (la peur), vous rapproche de ce "un peu plus vivant". Alors vous pensez être hautain avec ce "un peu plus d'humanité" en plus, mais vous l'êtes bien moins que lorsque vous vous cachiez derrière une assurance feinte. Vous êtes simplement un peu plus humain, avec tout le ridicule et le peu de chose que cela comporte. Juste se rapprocher du peu dechose que l'on est.
Ce n'est pas tout, mais il y a concert du chéri de ma meilleure pote -- avec laquelle j'crèverai probablement.
PS:
Je n'ai pas lu la réponse que tu as faite à mon (long) message écrit l'avant-nuit dernière. J'ai toujours un peu honte de relire ce que j'écris en pleine nuit, après avoir carburé comme un idiot sur les boissons fermentées; et j'ai encore plus honte de lire les réponses qui y sont faites -- c'est un peu comme se refoutre à poil, mais sans l'ivresse; on en a les joues qui rosissent).
PS 2:
-- Il est 2h41; je viens de manger une barquette de frite hors de prix, dégoulinante de ketch-up. C'est une raison suffisante pour ne pas s'éterniser; de plus, j'ai pris un coup de tête par un ivrogne; il a visé à la tempe au lieu du front; je suis sauf et je suis saoûl.
Cela fait deux jours que je ne cesse pas de rêver, et je me faisais ce constat un peu ridicule de psychanalyste de comptoir, que c'était peut-être grâce à ces rêves-là et surtout les souvenirs que j'en ai, et ceci à toutes heures de la journée, qui me libéraient de cette chose semblable à la mélasse, étrange glue -- cocktail entre l'amertume, le "contrôle" de soi, le désintéressement, cette chose qui se colle à vous et à cause de laquelle vous ne lâchez pas prise; que c'était peut-être grâce à ces rêves-là que j'arrivais effectivement à cette rupture de soi.
J'ai recommencé à écrire. Cela semble peu de chose, et cela n'intéresse personne hormis moi peut-être (et même encore!), mais c'est une sacrée étape. Non pas de l'espoir, juste reprendre contact avec le vide et ne pas s'étouffer d'angoisse face à.
Alors c'est amusant que tu parles de rupture de soi, un peu en écho avec ce "-- et cette envie de s'échapper de ce contrôle omniprésent pour goûter à la liberté de la maîtrise; juste l'envie de faire rupture avec soi-même", écrit ici-même, il y a quelques mois.
Mais il ne s'agit pas d'espoir. Il n'y a pas ici d'espérance qui tienne. Je me dis que l'espoir, c'est juste réserver à cet instant, lorsqu'il est très tard, et que tu n'as plus de cigarette pour finir la soirée, et que tu cours au tabac du coin, avec cet espoir qu'il ne soit pas fermé; l'espoir de ne pas avoir à entamer les mégots du cendrier, à chercher sous le lit une vieille clope tombée inopportunément, s'attaquer un bout de journal et défaire les mégots un à un pour en avoir suffisamment pour la dernière clope, la meilleure roulée du monde -- et objectivement la plus dégueulasse. Quiconque à fumer les fonds de cendrier connaît le goût de cendres qu'ils laissent sur les lèvres. Autant fumer le charbon du barbecue;
-- ce n'est pas de l'espoir; celui-ci est seulement digne pour les révolutionnaires et les utopistes. C'est peut-être juste de la peur en moins, une autre couche de peur qui se décolle et tombe -- cette peur si nécessaire et que les révolutionnaires éprouvent finalement peu, puisqu'ils ont l'espoir avec eux, lorsque les CRS avancent; -- pour extrapoler et faire vite, l'espoir est (peut-être) l'origine du ressentiment.
-- cette peur qui vous rend plus minable que les autres, cette peur qui vous submerge, vous immobilise, vous rétracte du monde, et qui une fois vomie (la peur), vous rapproche de ce "un peu plus vivant". Alors vous pensez être hautain avec ce "un peu plus d'humanité" en plus, mais vous l'êtes bien moins que lorsque vous vous cachiez derrière une assurance feinte. Vous êtes simplement un peu plus humain, avec tout le ridicule et le peu de chose que cela comporte. Juste se rapprocher du peu dechose que l'on est.
Ce n'est pas tout, mais il y a concert du chéri de ma meilleure pote -- avec laquelle j'crèverai probablement.
PS:
Je n'ai pas lu la réponse que tu as faite à mon (long) message écrit l'avant-nuit dernière. J'ai toujours un peu honte de relire ce que j'écris en pleine nuit, après avoir carburé comme un idiot sur les boissons fermentées; et j'ai encore plus honte de lire les réponses qui y sont faites -- c'est un peu comme se refoutre à poil, mais sans l'ivresse; on en a les joues qui rosissent).
PS 2:
-- Il est 2h41; je viens de manger une barquette de frite hors de prix, dégoulinante de ketch-up. C'est une raison suffisante pour ne pas s'éterniser; de plus, j'ai pris un coup de tête par un ivrogne; il a visé à la tempe au lieu du front; je suis sauf et je suis saoûl.
13 juin 2005
14 avr. 2005
togi
Un jour, je découvrirai une photo de nous; peut-être cela sera une personne que nous aurons eu en commun qui me la montrera, une photographie parmi tant d'autres prise lors d'une soirée, où nous apparaitrons tout deux là l'un à côté de l'autre, souriant benoîtement un verre à la main, des cotillons dans les cheveux et une cigarette en bouche, une mise au point floue sur nos vêtements comme des déguisements ridicules pour une soirée costumée (je sourirai alors en la voyant, malgré la nostalgie de notre rupture -- je sourirai malgré ton sourire sur cette photographie, des lèvres débordant de ton visage et ma gêne diffuse d'apparaître là à côté de toi,
-- peut-être s'agira-t-il d'une photographie tombée d'un carton lors d'un déménagement; alors je me souviendrais de l'instant où cette photographie aura été prise, dans un pays étranger où nous étions bien plus explorateurs que simples touristes, où tu aurais conduit ce garçon qui était déjà un homme et que j'étais alors, toi l'exploratrice et moi le casanier, m'extirpant de cet enclos où tu étais venue me chercher et dans lequel je t'avais faite prisonnière bien malgré toi -- malgré ce pouvoir de séduction que j'ignorais alors avoir sur toi --,
-- toi & moi sur cette photographie, toi plus grande que moi et moi plus petit que toi -- nos épaules aux largeurs différentes mais nos sourires benoîts identiques de jeunes amoureux que nous ne serions alors plus, nos cheveux enneigés de cotillons et des boas de guirlandes en papier autour de nos cous,
(et je repensais alors à ce stupide acteur juif qui s'était marié plusieurs fois avec des filles plus grandes et plus belles que lui) -- et c'était une raison suffisante pour me sentir plus fort que les regards que l'on pouvait nous jetait -- plus fort que ce regard que je jetterais lorsque je retrouverais un jour cette photographie --
un jour, je découvrirai cette photographie, prise au hasard d'une soirée, et je nous entendrais dire "c'est n'importe quoi!, nous faisons n'importe quoi" et après avoir entendu cela, je reverrais ton visage que je voyais quand j'ouvrais mes yeux, quand ma machoire me faisait mal tant j'aimais t'embrasser,
"c'est n'importe quoi!, nous faisons n'importe quoi!" et nous nous embrassions dans la douleur de nos dents entrechoquées et ton menton rougi par ma barbe drûe,
"c'est n'importe quoi! -- ouais, c'est n'importe quoi!"
Ouais! , c'est n'importe quoi! c'est n'importe quoi comme tout ce qui n'est plus concevable. Et comme tout ce qui n'est pas concevable -- le magicien qui découpe son assistante en deux, les extra-terrestres, Dieu
& le Diable, l'Amour & l'Amitié, la guerre et le parfum inné des filles,
-- tout ce qui n'est pas concevable -- les filles amoureuses de vous, les garçons amoureux de vous --, la gentillesse des vieilles dames,
-- tout ce qui n'est pas concevable -- l'intelligence dans le regard des chats, l'Humanité & l'origine du monde,
-- tout ce qui n'est pas concevable -- toi & moi, et l'un sur l'autre, le bleu du ciel & le reflet de la mer qui ne ferait qu'un,
-- "c'est n'importe quoi!" nous nous écriions, là dans l'alcôve de nos chambres --
-- et comme tout ce qui n'est pas concevable, nous vivions ces instants avec l'imprudence nécessaire pour savourer avec justesse ce qui est inconnu.
-- peut-être s'agira-t-il d'une photographie tombée d'un carton lors d'un déménagement; alors je me souviendrais de l'instant où cette photographie aura été prise, dans un pays étranger où nous étions bien plus explorateurs que simples touristes, où tu aurais conduit ce garçon qui était déjà un homme et que j'étais alors, toi l'exploratrice et moi le casanier, m'extirpant de cet enclos où tu étais venue me chercher et dans lequel je t'avais faite prisonnière bien malgré toi -- malgré ce pouvoir de séduction que j'ignorais alors avoir sur toi --,
-- toi & moi sur cette photographie, toi plus grande que moi et moi plus petit que toi -- nos épaules aux largeurs différentes mais nos sourires benoîts identiques de jeunes amoureux que nous ne serions alors plus, nos cheveux enneigés de cotillons et des boas de guirlandes en papier autour de nos cous,
(et je repensais alors à ce stupide acteur juif qui s'était marié plusieurs fois avec des filles plus grandes et plus belles que lui) -- et c'était une raison suffisante pour me sentir plus fort que les regards que l'on pouvait nous jetait -- plus fort que ce regard que je jetterais lorsque je retrouverais un jour cette photographie --
un jour, je découvrirai cette photographie, prise au hasard d'une soirée, et je nous entendrais dire "c'est n'importe quoi!, nous faisons n'importe quoi" et après avoir entendu cela, je reverrais ton visage que je voyais quand j'ouvrais mes yeux, quand ma machoire me faisait mal tant j'aimais t'embrasser,
"c'est n'importe quoi!, nous faisons n'importe quoi!" et nous nous embrassions dans la douleur de nos dents entrechoquées et ton menton rougi par ma barbe drûe,
"c'est n'importe quoi! -- ouais, c'est n'importe quoi!"
Ouais! , c'est n'importe quoi! c'est n'importe quoi comme tout ce qui n'est plus concevable. Et comme tout ce qui n'est pas concevable -- le magicien qui découpe son assistante en deux, les extra-terrestres, Dieu
& le Diable, l'Amour & l'Amitié, la guerre et le parfum inné des filles,
-- tout ce qui n'est pas concevable -- les filles amoureuses de vous, les garçons amoureux de vous --, la gentillesse des vieilles dames,
-- tout ce qui n'est pas concevable -- l'intelligence dans le regard des chats, l'Humanité & l'origine du monde,
-- tout ce qui n'est pas concevable -- toi & moi, et l'un sur l'autre, le bleu du ciel & le reflet de la mer qui ne ferait qu'un,
-- "c'est n'importe quoi!" nous nous écriions, là dans l'alcôve de nos chambres --
-- et comme tout ce qui n'est pas concevable, nous vivions ces instants avec l'imprudence nécessaire pour savourer avec justesse ce qui est inconnu.
5 avr. 2005
**** (3)
Il ne s'agit pas de solutions théoriques, mais d'une recherche autant dans l'écriture que dans l'existence d'une certaine liberté que je n'ai pas, puisque étant sous contrôle permanent. L'idéal, sommairement,serait d'arriver à la maîtrise, comme ces musiciens qui maîtrisent leur instrument sans jamais en avoir appris de leçon; se libérer de l'instrument, quitte à en jouer d'une manière atrophiée, peu conventionnelle, au même titre que Monk jouait du piano avec trois doigts, ce qui ne l'a pas empêché de prendre son pied, et nous auditeurs, de le prendre également. Je suis convaincu d'une (de ma)nécessité au retour d'une approche primaire et purement instinctive; etpar instinct, je ne fais pas référence à du chaos, mais au coup d'éclat-- une espèce de "flot" qui serait maîtrisé, et non plus le résultat du syndrôme de Hugo. Je cause effectivement des problèmes que j'éprouve actuellement, et que j'ai exposé plus haut -- c'est à dire, mon envie de me débarrasser de ces problèmes pour obtenir une "écriture facile" comme tu le dis, même si je le formule plutôt comme la "maîtrise du geste". Et la grande question est de savoir comment lier ce "geste" à la nécessité de ne pas perdre de vue le projet final. Je doute que celasoit possible; l'écriture et la rature forme un couple fragile.
**** (2)
J'ai éprouvé énormément de mal à effectuer le passage de l'écriture d'untexte court tenant en quelques lignes, à l'écriture d'un texte long --et curieusement, j'éprouve une réelle difficulté à revenir à des textescourts, maitenant que j'ai passé le cap du texte long -- et peu importele résultat puisqu'ici, le propos porte sur une expérience d'écriture.
Pour paraphraser Klossowski, qui a dit "Le jour où le jeune écrivaincorrige sa première épreuve, il est fier comme un écolier qui vient degagner sa première vérole", je dirais "le jour où le jeune écrivainécrit son premier livre, il est comme un écolier qui vient de découvrirla masturbation". Je n'en suis qu'à la branlette, mais j'aimerais bienchoper la vérole ;-)
Je vais tenter de dresser la liste des analyses/remarques/interrogationsqui me restent sur les bras après cette expérience, dans l'espoir qu'enles couchant ici, à l'oeil libre des lurkrices(-keurs) &contributrices(-teurs), je pourrais enfin me libérer et prendre distanceavec, puisque ces interrogations me bloquent et me frustrent de pouvoirpasser à autre chose.
L'une des difficultés a été de garder une cohérence stylistique tout aulong de l'écriture. Dans l'écriture de textes courts, il est possible depasser d'un style, d'un phrasé, à un autre; mais cela n'est pas vraimentpermis sur des dizaines et des centaines de pages -- sauf si le bouquinque l'on écrit s'appelle /Ulysse/ et que l'on s'appelle James Joyce.
Certes, je conçois toujours cette idée de pouvoir apporter desvariations sur le rythme, sur des changements dans la manière d'aborderla narration, mais celles-ci doivent rester cohérentes, c'est-à-dire,soutenir cet ensemble qu'est le style -- style bon ou mauvais, là n'estpas la question. Ceci peut paraître un peu ridicule à constater, mais aucours de cette expérience, j'ai dû dégrossir ma manière d'écrire,l'affiner, la forger, c'est-à-dire, devoir *contrôler* le geste -- cequi, en plus d'être frustrant, ramène l'épreuve du "long" à courir unmarathon avec des chaussures coulées dans du béton.
Dans cette difficulté, entre également la question du tic; sur un textecourt, les tics n'apparaissent pas forcément aux lecteurs ni même à sonauteur, mais sur une longue distance, l'abus devient flagrant, cecid'autant plus lorsqu'il n'est qu'une béquille pour l'auteur las. Je saisque j'ai énormément abusé, entre autre, de la tournure "bien moins que...", devant me résoudre à revoir pas mal de pages tant cela devenaitalambiqué jusqu'au grotesque; et je doute avoir fait le tour de mesalambics :-). Dans ce cas précis, c'était l'une des résultantes dusyndrôme de Hugo, c'est à dire pisser de la ligne en pensant écrire lechef d'oeuvre -- comme si finalement la tenue d'un "flot" était synonymede qualité. Ces points étant à revoir, à corriger à plusieurs reprises,ceci pousse la lassitude jusqu'à l'écoeurement, au découragement. Maisétrangement, j'estime avoir bien plus appris à écrire en récrivant qu'enécrivant simplement; et c'est peut-être là que le coup porte et blesse.
L'autre difficulté que j'ai rencontrée a été de savoir comment raconterce que j'avais à dire: jusqu'où dois-je aller ? que dois-je omettresciemment ? telle digression est-elle vraiment utile ? qu'apporte-t-elle? est-elle en cohérence avec l'intérêt du livre que l'on veut écrire ?Par exemple, pour un polar, faut-il s'attarder sur la couleur de la robede la dame en noir (sic) ? J'ai dû couper dans le texte, le resserrer àcertains endroits, devenir un monteur de cinéma qui selon les séquencesqu'il choisit, pourra donner des couleurs différentes à son film. Ce quirajoute une couche au travail besogneux de "post-production".
Cette difficulté est d'autant plus difficile à surmonter lorsque l'on aécrit essentiellement des textes courts -- le plus souvent des hybridesentre la nouvelle et de la prose --, textes courts dans lesquels uneseule idée est exposée, une seule chose est à dire; sur un texte long,il est difficile de ne pas s'enliser dans cette idée à laquelle ons'accroche parce qu'on la juge démentiellement géniale -- un autresymptôme du syndrome de Hugo. Il en est de même pour les images et lesmétaphores -- lesquelles, lorsqu'elles se rapportent toujours au mêmesujet, deviennent bien moins une licence poétique qu'un tic effroyabled'auteur à imagination courte.
Actuellement, les questions que je me pose sont:
- de savoir comment aborder mon histoire; qu'est-ce que je veux dire àtravers cette histoire, sans avoir à l'écrire -- parce que dans cecas-là, il sera plus simple d'écrire directement un essaisocio-philosophique branlant;
- par quel biais amener mon propos; selon quel plan, sur quelle structure;
- comment vais-je raconter cette histoire, en connaissant ma manièred'écrire et mes automatismes;
ces questions posées afin d'éviter le travail laborieux, besogneux de"post-production".
Mes dernières interrogations m'ont permis d'aboutir à cette idée qui mesatisfait plutôt, qui est la différence fondamentale entre le contrôleet la maîtrise -- et ceci me convient d'autant plus que cette conclusioncorrespond tout autant à l'approche de l'écriture qu'à ma manière devivre, d'être *vivant*.
Il ne s'agit évidemment pas d'une conclusion fourre-tout, et je laconçois avant tout comme une étape, tout autant dans le processus del'écriture que d'être *vivant*.
C'est d'ailleurs étrange comme l'histoire que je veux actuellementraconter entre en adéquation avec cette idée de contrôle et de maîtrise;comme si la pleine résolution de cette conception d'être agissant,d'être vivant, d'être écrivant, devait passer par l'écriture de cettehistoire; bien moins écrire pour "choper la vérole" que pour s'accomplirsoi-même. Ceci dit pompeusement, mais qui n'est pas sans importance pourmoi.
Petite notule: ces quelques remarques sur une expérience d'écriture sont très terre à terre en comparaison aux réflexions de Blanchot, Barthes, etc; elles interrogent bien moins l'écriture que la manière d'écrire.
Mais n'est-ce pas là que se situe le nerf de la guerre ? L'écriture doit se placer sur un périmètre autour d'un sujet qu'elle devrait se refuser
d'aborder; en somme, en revenir à ne pas écrire ce qu'il y a à dire, mais à le faire dire, comme l'on presse un fruit pour en tirer le jus. Ce qui renvoie à toute la difficulté d'écrire: qu'ai-je à dire, à transmettre, à travers cette histoire, sans que je sois obligé de l'écrire, sans que cela s'apparente à un essai ou à une énumération de faits.
Pour paraphraser Klossowski, qui a dit "Le jour où le jeune écrivaincorrige sa première épreuve, il est fier comme un écolier qui vient degagner sa première vérole", je dirais "le jour où le jeune écrivainécrit son premier livre, il est comme un écolier qui vient de découvrirla masturbation". Je n'en suis qu'à la branlette, mais j'aimerais bienchoper la vérole ;-)
Je vais tenter de dresser la liste des analyses/remarques/interrogationsqui me restent sur les bras après cette expérience, dans l'espoir qu'enles couchant ici, à l'oeil libre des lurkrices(-keurs) &contributrices(-teurs), je pourrais enfin me libérer et prendre distanceavec, puisque ces interrogations me bloquent et me frustrent de pouvoirpasser à autre chose.
L'une des difficultés a été de garder une cohérence stylistique tout aulong de l'écriture. Dans l'écriture de textes courts, il est possible depasser d'un style, d'un phrasé, à un autre; mais cela n'est pas vraimentpermis sur des dizaines et des centaines de pages -- sauf si le bouquinque l'on écrit s'appelle /Ulysse/ et que l'on s'appelle James Joyce.
Certes, je conçois toujours cette idée de pouvoir apporter desvariations sur le rythme, sur des changements dans la manière d'aborderla narration, mais celles-ci doivent rester cohérentes, c'est-à-dire,soutenir cet ensemble qu'est le style -- style bon ou mauvais, là n'estpas la question. Ceci peut paraître un peu ridicule à constater, mais aucours de cette expérience, j'ai dû dégrossir ma manière d'écrire,l'affiner, la forger, c'est-à-dire, devoir *contrôler* le geste -- cequi, en plus d'être frustrant, ramène l'épreuve du "long" à courir unmarathon avec des chaussures coulées dans du béton.
Dans cette difficulté, entre également la question du tic; sur un textecourt, les tics n'apparaissent pas forcément aux lecteurs ni même à sonauteur, mais sur une longue distance, l'abus devient flagrant, cecid'autant plus lorsqu'il n'est qu'une béquille pour l'auteur las. Je saisque j'ai énormément abusé, entre autre, de la tournure "bien moins que...", devant me résoudre à revoir pas mal de pages tant cela devenaitalambiqué jusqu'au grotesque; et je doute avoir fait le tour de mesalambics :-). Dans ce cas précis, c'était l'une des résultantes dusyndrôme de Hugo, c'est à dire pisser de la ligne en pensant écrire lechef d'oeuvre -- comme si finalement la tenue d'un "flot" était synonymede qualité. Ces points étant à revoir, à corriger à plusieurs reprises,ceci pousse la lassitude jusqu'à l'écoeurement, au découragement. Maisétrangement, j'estime avoir bien plus appris à écrire en récrivant qu'enécrivant simplement; et c'est peut-être là que le coup porte et blesse.
L'autre difficulté que j'ai rencontrée a été de savoir comment raconterce que j'avais à dire: jusqu'où dois-je aller ? que dois-je omettresciemment ? telle digression est-elle vraiment utile ? qu'apporte-t-elle? est-elle en cohérence avec l'intérêt du livre que l'on veut écrire ?Par exemple, pour un polar, faut-il s'attarder sur la couleur de la robede la dame en noir (sic) ? J'ai dû couper dans le texte, le resserrer àcertains endroits, devenir un monteur de cinéma qui selon les séquencesqu'il choisit, pourra donner des couleurs différentes à son film. Ce quirajoute une couche au travail besogneux de "post-production".
Cette difficulté est d'autant plus difficile à surmonter lorsque l'on aécrit essentiellement des textes courts -- le plus souvent des hybridesentre la nouvelle et de la prose --, textes courts dans lesquels uneseule idée est exposée, une seule chose est à dire; sur un texte long,il est difficile de ne pas s'enliser dans cette idée à laquelle ons'accroche parce qu'on la juge démentiellement géniale -- un autresymptôme du syndrome de Hugo. Il en est de même pour les images et lesmétaphores -- lesquelles, lorsqu'elles se rapportent toujours au mêmesujet, deviennent bien moins une licence poétique qu'un tic effroyabled'auteur à imagination courte.
Actuellement, les questions que je me pose sont:
- de savoir comment aborder mon histoire; qu'est-ce que je veux dire àtravers cette histoire, sans avoir à l'écrire -- parce que dans cecas-là, il sera plus simple d'écrire directement un essaisocio-philosophique branlant;
- par quel biais amener mon propos; selon quel plan, sur quelle structure;
- comment vais-je raconter cette histoire, en connaissant ma manièred'écrire et mes automatismes;
ces questions posées afin d'éviter le travail laborieux, besogneux de"post-production".
Mes dernières interrogations m'ont permis d'aboutir à cette idée qui mesatisfait plutôt, qui est la différence fondamentale entre le contrôleet la maîtrise -- et ceci me convient d'autant plus que cette conclusioncorrespond tout autant à l'approche de l'écriture qu'à ma manière devivre, d'être *vivant*.
Il ne s'agit évidemment pas d'une conclusion fourre-tout, et je laconçois avant tout comme une étape, tout autant dans le processus del'écriture que d'être *vivant*.
C'est d'ailleurs étrange comme l'histoire que je veux actuellementraconter entre en adéquation avec cette idée de contrôle et de maîtrise;comme si la pleine résolution de cette conception d'être agissant,d'être vivant, d'être écrivant, devait passer par l'écriture de cettehistoire; bien moins écrire pour "choper la vérole" que pour s'accomplirsoi-même. Ceci dit pompeusement, mais qui n'est pas sans importance pourmoi.
Petite notule: ces quelques remarques sur une expérience d'écriture sont très terre à terre en comparaison aux réflexions de Blanchot, Barthes, etc; elles interrogent bien moins l'écriture que la manière d'écrire.
Mais n'est-ce pas là que se situe le nerf de la guerre ? L'écriture doit se placer sur un périmètre autour d'un sujet qu'elle devrait se refuser
d'aborder; en somme, en revenir à ne pas écrire ce qu'il y a à dire, mais à le faire dire, comme l'on presse un fruit pour en tirer le jus. Ce qui renvoie à toute la difficulté d'écrire: qu'ai-je à dire, à transmettre, à travers cette histoire, sans que je sois obligé de l'écrire, sans que cela s'apparente à un essai ou à une énumération de faits.
**** (1)
Moi > Mmh.
Bruno > Je n'y ai pas cru.
Moi > (Mais les choses ont bien changé depuis.)
Bruno > (et les gens aussi)Moi > (Oui, surtout eux; il arrive toujours ce moment où il n'est plus possible de rester figé là sur ce point de chute -- c'est curieux, les heures qui ont suivi cette mini-réponse étaient pleines d'une certaine tristesse -- alors nous buvions des verres et je demeurais comme déshérité d'un temps connu où les choses étaient différentes -- où il n'y avait effectivement pas ces gens-là, où il n'y avait rien d'autre que l'illusion d'une existé vivant; peut-être était-ce vrai et peut-être cela l'est maintenant moins, malgré les apparences; mais les filles embrassent les garçons, et ça les rend idiots; alors "les choses ont bien changé depuis", comme si je marquais là l'observation, le constat, du chemin tracé brouillé depuis -- et cette envie de s'échapper de ce contrôle omniprésent pour goûter à la liberté de la maîtrise; juste l'envie de faire rupture avec soi-même)
13 août 2004
s'y remettre
Dans ces heures intenses du silence, l'ascète se confronte aux
inclinaisons, aux ascensions de ses appétences, restant là roide & fixe,
non pas face à cette ligne d'horizon qui brûlait les yeux des
navigateurs de la Renaissance, leur intimait d'aller nulle part ailleurs
que là-bas
-- non pas roide & restant là fixe, face à cette ligne vers laquelle
son regard s'est déjà tourné et a été fasciné, l'a longuement
contemplée, et finalement l'a conquise (navigateur de la Renaissance aux
yeux brûlés par l'azur des tempêtes, à la peau tannée par le soleil, au
corps distordu par la violence de sa solitude embarquée)
-- mais roide, fixe & restant là, seulement paralysé par une masse
compacte vive et dense qui le cerne, qu'il n'inspecte même pas tant il
en connaît déjà la texture et la chaleur
-- territoire d'au-delà la ligne, où s'effacèrent une fois celle-ci
franchie le courage et l'ambition, où disparut toute l'appétence qui
avait fait de lui un homme comme une bête sauvage
-- alors las et redevenu homme, le corps gisant là et la langue sèche
collée au palais par le silence tenu
-- alors là étreint par une crainte qui accable ses ambitions de
parler, d'écrire, de lire, confronté là au flottement du désir de la
voix qui voudrait être parole, du désir de cette parole qui voudrait
être écriture, et du désir de ce regard qui voudrait la lire,
-- se mesure alors aux inclinaisons, aux ascensions de ses appétences,
dans ses heures intenses de son silence, cet ascète restant là, roide &
fixe.
inclinaisons, aux ascensions de ses appétences, restant là roide & fixe,
non pas face à cette ligne d'horizon qui brûlait les yeux des
navigateurs de la Renaissance, leur intimait d'aller nulle part ailleurs
que là-bas
-- non pas roide & restant là fixe, face à cette ligne vers laquelle
son regard s'est déjà tourné et a été fasciné, l'a longuement
contemplée, et finalement l'a conquise (navigateur de la Renaissance aux
yeux brûlés par l'azur des tempêtes, à la peau tannée par le soleil, au
corps distordu par la violence de sa solitude embarquée)
-- mais roide, fixe & restant là, seulement paralysé par une masse
compacte vive et dense qui le cerne, qu'il n'inspecte même pas tant il
en connaît déjà la texture et la chaleur
-- territoire d'au-delà la ligne, où s'effacèrent une fois celle-ci
franchie le courage et l'ambition, où disparut toute l'appétence qui
avait fait de lui un homme comme une bête sauvage
-- alors las et redevenu homme, le corps gisant là et la langue sèche
collée au palais par le silence tenu
-- alors là étreint par une crainte qui accable ses ambitions de
parler, d'écrire, de lire, confronté là au flottement du désir de la
voix qui voudrait être parole, du désir de cette parole qui voudrait
être écriture, et du désir de ce regard qui voudrait la lire,
-- se mesure alors aux inclinaisons, aux ascensions de ses appétences,
dans ses heures intenses de son silence, cet ascète restant là, roide &
fixe.
30 mai 2004
Moustache
-- Je ne me suis pas rasé depuis lundi et tout à l'heure, en terrasse, tout en avalant mes deux chocolatines, je me demandais si ça ne vaudrait pas le coup que je garde la moustache, pour l'expérience. Tout d'abord, une bonne grosse moustache à la Bové, puis l'affiner jusqu'à n'avoir plus qu'un simple filet de poil, genre pervers gominé qui joue du couteau. Non ?
28 déc. 2000
Lycée Cabanis, dortoir 3
Je me souviens, j'avais redoublé ma première (jamais je ne m'étais alors imaginé qu'un jour je me souviendrais de cela; on n'imagine jamais que l'on se souviendra de ceci ou de cela, on vit sans avoir trop conscience que ce qui nous restera seront des souvenirs; on pense alors à autre chose, aux cigarettes qu'il faut aller acheter, à savoir si c'est le bon moment d'enlever le caleçon, de faire les comptes, mais la mémoire guette et ce qui semble futile devient alors un souvenir, une trace). Si je parle de cela, c'est que cela fait 10 ans. On aime les chiffres ronds parce qu'ils symbolisent, bon gré mal gré, un passage, une étape; que cela soit la dent de lait que j'avais glissé sous mon oreiller, que cela soit ces dix années que je viens de parcourir sans trop de nonchalance, il reste l'impression d'un chemin effectué. Je me souviendrai toujours de ce message sur mon répondeur laissée par Catherine F. qui me lisait une contribution du regretté Singette lequel avait lui aussi mesuré le chemin que j'avais parcouru en quelques années; un parcours jalonné de pas grand chose, de si peu de choses que je les serre près de moi et les laisse briller comme des feux de Bengale; parce qu'il n'y a pas de mal à avoir à se réchauffer, même si ce n'est qu'avec quelques braises. Certes je n'ai pas fait tout ce dont je rêvais de faire à mes 17 ans, mais j'ai réussi là où d'autres ont échoué, peut-être par lassitude, probablement par distraction. Et pourtant il s'agit de si peu, de presque rien; ne pas s'asseoir sur la satisfaction d'un rien; on conquiert si peu d'espaces que quelques pas suffisent pour les franchir.
C'était une année très amusante. J'avais un très bon ami dont je n'ai plus de nouvelles et la classe était très sympathique. Je me souviens de Nicolas B. qui avait amené un oreiller en cours de français; il s'était fait virer du cours; je me souviens que ce jour-là je m'ennuyais: on étudiait Barrage contre le Pacifique. Je me souviens aussi de Christophe et de Elodie qui m'avait pris pour confident et leur grand frère -- j'avais tout de même une année de plus --, je me souviens des répétitions dans la salle de bain du dortoir, avec nos guitares à 500 fr., nos amplis de 20 Watts, la fenêtre qui donnait sur la salle de biologie; me souviens de cette biture énorme avec Yann et avoir été malade pendant 2 jours; me souviens de Christophe et que j'avais failli lui vomir dessus; c'était passé près et on était mort de rire à l'idée que j'avais pu lui vomir dessus. Me souviens d'avoir essayé les peaux de bananes, mal de tête, me souviens de mon camarade de box qui avait une icône dans son placard et qui priait tous les jours; me souviens de le voir faire des pompes au réveil alors que j'étais encore endormi; me souviens de la copine à Mathieu dont j'étais aussi amoureux; me souviens des soirées spiritisme -- j'ai toujours la feuille sur laquelle on avait noté ce que le verre avait dit --; me souviens qu'on avait fait manger au grand idiot de la pâté pour chien; me souviens que je regardais à la fenêtre du dortoir à 17h; avec Yann on regardait les élèves sortir; on parlait des filles qui passaient, on se racontait la journée; me souviens de Jean-Yves qui était vraiment un type très bien; me souviens des lettres de sa mère et qui m'avait écrit pour me dire qu'elle avait été touchée par les lettres que j'avais écrites à son fils; elle m'avait offert une copie d'un livre de Abel Bonnard (sic) sur l'amitié; elle était psychanalyste ou quelque chose dans ce goût-là; me souviens que Jean-Yves avait été pincé en pleine nuit dans les réserves des cuisines; me souviens du carton que l'on glissait dans le bouton de la veilleuse pour que la lumière du couloir ne se coupe pas; me souviens du concert de Gallon Drunk; me souviens des Smiths écouté en boucle; me souviens des déambulations nocturnes dans les couloirs du lycée; me souviens de Patricia F et des cours d'histoire le samedi matin après le sport; me souviens qu'il m'avait mis gardien de but et l'enjeu de l'équipe était que le ballon n'arrive surtout pas dans notre camp; me souviens du café que Yann faisait à 17h, me souviens de son harmonica, des tubes que l'on écoutait en boucle et de cette fille dont il ne cessait de parler, me souviens de Nicolas qui est mort il y a quelques années, me souviens de la salle de musique et de mon premier larsen -- je l'ai toujours sur cassette, quel souvenir: un premier larsen c'est comme un premier baiser, ça fait des frissons partout même si c'est sur un ampli de 10 Watts; me souviens de l'arrivée de l'été et des révisions pour le bac de français que l'on entrecoupait de parties de guitare & harmonica; me souviens d'avoir vu pour la première fois Karine, me souviens des rêves de Jean-Yves de faire un concert sur le toit du gymnase, me souviens du journal que je tenais, me souviens de la photo de Nico que j'avais attachée à l'intérieur de mon placard et aussi de la grenouille; me souviens que c'était un sentiment très fort; il y avait quelque chose qui sonnait enfin juste dans ma vie.
Je referme la parenthèse, 10 années sont passées. J'entends encore Yann me dire:
- T'es accordé ?
- J'y suis presque, je suis presque accordé.
C'était une année très amusante. J'avais un très bon ami dont je n'ai plus de nouvelles et la classe était très sympathique. Je me souviens de Nicolas B. qui avait amené un oreiller en cours de français; il s'était fait virer du cours; je me souviens que ce jour-là je m'ennuyais: on étudiait Barrage contre le Pacifique. Je me souviens aussi de Christophe et de Elodie qui m'avait pris pour confident et leur grand frère -- j'avais tout de même une année de plus --, je me souviens des répétitions dans la salle de bain du dortoir, avec nos guitares à 500 fr., nos amplis de 20 Watts, la fenêtre qui donnait sur la salle de biologie; me souviens de cette biture énorme avec Yann et avoir été malade pendant 2 jours; me souviens de Christophe et que j'avais failli lui vomir dessus; c'était passé près et on était mort de rire à l'idée que j'avais pu lui vomir dessus. Me souviens d'avoir essayé les peaux de bananes, mal de tête, me souviens de mon camarade de box qui avait une icône dans son placard et qui priait tous les jours; me souviens de le voir faire des pompes au réveil alors que j'étais encore endormi; me souviens de la copine à Mathieu dont j'étais aussi amoureux; me souviens des soirées spiritisme -- j'ai toujours la feuille sur laquelle on avait noté ce que le verre avait dit --; me souviens qu'on avait fait manger au grand idiot de la pâté pour chien; me souviens que je regardais à la fenêtre du dortoir à 17h; avec Yann on regardait les élèves sortir; on parlait des filles qui passaient, on se racontait la journée; me souviens de Jean-Yves qui était vraiment un type très bien; me souviens des lettres de sa mère et qui m'avait écrit pour me dire qu'elle avait été touchée par les lettres que j'avais écrites à son fils; elle m'avait offert une copie d'un livre de Abel Bonnard (sic) sur l'amitié; elle était psychanalyste ou quelque chose dans ce goût-là; me souviens que Jean-Yves avait été pincé en pleine nuit dans les réserves des cuisines; me souviens du carton que l'on glissait dans le bouton de la veilleuse pour que la lumière du couloir ne se coupe pas; me souviens du concert de Gallon Drunk; me souviens des Smiths écouté en boucle; me souviens des déambulations nocturnes dans les couloirs du lycée; me souviens de Patricia F et des cours d'histoire le samedi matin après le sport; me souviens qu'il m'avait mis gardien de but et l'enjeu de l'équipe était que le ballon n'arrive surtout pas dans notre camp; me souviens du café que Yann faisait à 17h, me souviens de son harmonica, des tubes que l'on écoutait en boucle et de cette fille dont il ne cessait de parler, me souviens de Nicolas qui est mort il y a quelques années, me souviens de la salle de musique et de mon premier larsen -- je l'ai toujours sur cassette, quel souvenir: un premier larsen c'est comme un premier baiser, ça fait des frissons partout même si c'est sur un ampli de 10 Watts; me souviens de l'arrivée de l'été et des révisions pour le bac de français que l'on entrecoupait de parties de guitare & harmonica; me souviens d'avoir vu pour la première fois Karine, me souviens des rêves de Jean-Yves de faire un concert sur le toit du gymnase, me souviens du journal que je tenais, me souviens de la photo de Nico que j'avais attachée à l'intérieur de mon placard et aussi de la grenouille; me souviens que c'était un sentiment très fort; il y avait quelque chose qui sonnait enfin juste dans ma vie.
Je referme la parenthèse, 10 années sont passées. J'entends encore Yann me dire:
- T'es accordé ?
- J'y suis presque, je suis presque accordé.
(...)
Garder l'*objectif*, garder la ligne ferme et se rendre compte qu'en lâchant un peu de leste, de prendre de l'aisance dans mes mouvements me rend plus gracieux, il est toujours possible d'arriver à bon port.
10 juil. 1999
Insensatez
Celles et ceux qui connaissent cette chanson peuvent s'imaginer cette humeur particulière qui vous traverse parfois comme une vague. Celle d'avoir le sentiment que l'on a conscience de tout. Nous vivons au cœur d'un silence et aucun mot ne peut nous atteindre. Nous nous replions, nous nous engageons dans rien, rien n'existe si ce n'est cette sensation d'être pleinement le croisement, d'être à cet instant précis où l'on éprouve cet émoi, au croisement des déceptions, des joies, des espoirs passés, toutes ces choses qui nous ont conduit à ces secondes où l'homme se referme sur son présent, prenant conscience de sa réalité sans l'inscrire dans le Devenir, ne lui offrant aucune chance, ne lui faisant présager aucune douleur, aucune mésaventure. Nous vivons alors pleinement le deuil de notre vie et le silence s'impose à nos lèvres. Nous ne disons rien parce que nous ne pouvons rien dire. Nos yeux se replient lentemment sans soif de voir, parce que voir c'est déjà se projeter dans la réalité et l'on refuse toute réalité si ce n'est celle qui nous rempli et qui est nôtre.
"Ne souffle pas, cela pourrait faire envoler cette plume qui vient de se poser sur ton bras" dit-elle. Elle prit une olive, l'enfila dans sa bouche, ses lèvres se refermèrent, son menton velouté nacré.
Je bats lentement avec ma tête le tempo, mes mains glissant sur le clavier, ta bouche n'est pas loin mais elle souffle, elle souffle lentement, j'aurais préféré que tu sois morte, j'aurais eu moins peur de t'embrasser, j'aurais eu moins peur de ta réaction, j'aurais eu moins peur de ton amour parce qu'il m'appartiendrait totalement, il serait mon imagination, c'est ainsi que tu m'aimerais, comme je l'imagine. Tu n'existerais pas et je pourrais t'aimer totalement, entièrement, sans crainte de me voir rejeter, sans cette peur de ne pas être aimé pleinement, dans toute son intégralité, sans cette peur que l'autre puisse éprouver un amour différent que celui que l'on peut avoir.
Insensatez.
Il y a nul dégoût, nul ennui, nul regret, nul remord. Cette impression que toute fin est un point de départ.
Tu t'allonges ici et là et tu disparais tout le temps. C'est ainsi que je te perds. Tu n'existes pas. Tu glisses, tu es transparente, à peine visible lorsque l'on garde les yeux grands ouverts et deviens si réelle quand les yeux se referment. Qui es-tu, où vas-tu ?
Cette impression que toute fin est un point de départ, mais le point de départ de quel chemin ? Le soleil se lève à l'horizon et c'est toujours vers lui que l'on marche inlassablement, vers l'éveil, vers la naissance puis vers la continuité.
L'affiche du Sacrifice dans le hall du cinéma. Un arbre squelettique. Ta main se pose sur ma peau, au dehors on entend quelques voitures passer, nous ne disons rien parce que nous ne pouvons rien dire. Nos yeux se replient sur ce que nous ne possédons pas.
Appelle-moi parce que je suis une mort qui n'en finit pas de s'éteindre. Se mouvant en dessous, un autre sentiment que je ne possède pas parce que sa grâce, sa force pourrait dévaster ce qui meurt en moi. Et je ne veux pas mourir d'amour d'une autre, je veux mourir de moi-même comme l'on meurt d'une déception amoureuse, d'une blessure grave et profonde. Un déchirement. Se déchirer parce que l'on se désunit de l'autre, l'autre que l'on aimait, qui nous a déçu parce qu'il ne nous aime plus, ne représentant plus rien à ses yeux, juste une image fanée, incolore. Se déchirer à soi-même, mourir à soi-même, mourir de soi-même, se séparer de ce que l'on fut, cette image que l'on voulait garder, cette blessure qui n'en finit pas de s'ouvrir quand on songe à ce que l'on ne sera pas, que l'on ne sera jamais. Admettre au moins cette réalité. Faut-il changer pour devenir un autre, un simple glissement pourrait suffire. Il n'est peut-être pas nécessaire de tout déchirer.
Ma place n'est pas dans la solitude, dans le repli, dans la tristesse des sociétés. Ma place est dans le commun des mortels. Que l'on aime pour ce qu'ils sont. Ma vie se réduit à un choc violent entre le silence et l'amour.
"Ne pleure pas, ce n'est pas la peine, ça n'en vaut pas la peine, ça n'en vaut pas la peine. Viens ici, va là, réduis toi à ce que tu es, non pas à ce que tu veux être."
"Ne souffle pas, cela pourrait faire envoler cette plume qui vient de se poser sur ton bras" dit-elle. Elle prit une olive, l'enfila dans sa bouche, ses lèvres se refermèrent, son menton velouté nacré.
Je bats lentement avec ma tête le tempo, mes mains glissant sur le clavier, ta bouche n'est pas loin mais elle souffle, elle souffle lentement, j'aurais préféré que tu sois morte, j'aurais eu moins peur de t'embrasser, j'aurais eu moins peur de ta réaction, j'aurais eu moins peur de ton amour parce qu'il m'appartiendrait totalement, il serait mon imagination, c'est ainsi que tu m'aimerais, comme je l'imagine. Tu n'existerais pas et je pourrais t'aimer totalement, entièrement, sans crainte de me voir rejeter, sans cette peur de ne pas être aimé pleinement, dans toute son intégralité, sans cette peur que l'autre puisse éprouver un amour différent que celui que l'on peut avoir.
Insensatez.
Il y a nul dégoût, nul ennui, nul regret, nul remord. Cette impression que toute fin est un point de départ.
Tu t'allonges ici et là et tu disparais tout le temps. C'est ainsi que je te perds. Tu n'existes pas. Tu glisses, tu es transparente, à peine visible lorsque l'on garde les yeux grands ouverts et deviens si réelle quand les yeux se referment. Qui es-tu, où vas-tu ?
Cette impression que toute fin est un point de départ, mais le point de départ de quel chemin ? Le soleil se lève à l'horizon et c'est toujours vers lui que l'on marche inlassablement, vers l'éveil, vers la naissance puis vers la continuité.
L'affiche du Sacrifice dans le hall du cinéma. Un arbre squelettique. Ta main se pose sur ma peau, au dehors on entend quelques voitures passer, nous ne disons rien parce que nous ne pouvons rien dire. Nos yeux se replient sur ce que nous ne possédons pas.
Appelle-moi parce que je suis une mort qui n'en finit pas de s'éteindre. Se mouvant en dessous, un autre sentiment que je ne possède pas parce que sa grâce, sa force pourrait dévaster ce qui meurt en moi. Et je ne veux pas mourir d'amour d'une autre, je veux mourir de moi-même comme l'on meurt d'une déception amoureuse, d'une blessure grave et profonde. Un déchirement. Se déchirer parce que l'on se désunit de l'autre, l'autre que l'on aimait, qui nous a déçu parce qu'il ne nous aime plus, ne représentant plus rien à ses yeux, juste une image fanée, incolore. Se déchirer à soi-même, mourir à soi-même, mourir de soi-même, se séparer de ce que l'on fut, cette image que l'on voulait garder, cette blessure qui n'en finit pas de s'ouvrir quand on songe à ce que l'on ne sera pas, que l'on ne sera jamais. Admettre au moins cette réalité. Faut-il changer pour devenir un autre, un simple glissement pourrait suffire. Il n'est peut-être pas nécessaire de tout déchirer.
Ma place n'est pas dans la solitude, dans le repli, dans la tristesse des sociétés. Ma place est dans le commun des mortels. Que l'on aime pour ce qu'ils sont. Ma vie se réduit à un choc violent entre le silence et l'amour.
"Ne pleure pas, ce n'est pas la peine, ça n'en vaut pas la peine, ça n'en vaut pas la peine. Viens ici, va là, réduis toi à ce que tu es, non pas à ce que tu veux être."
22 févr. 1999
Pessoa et les artistes modernes et post-modernes (la génération à venir)
Moi, je lisais en attendant mon tour chez mon psy (cela faisait une éternité que je n'y étais pas allé, et comme d'habitude nous avons beaucoup ri, légèrement et gravement, légèrement quand il m'a sorti son téléphone portable "vous n'avez pas l'un de ces petits bijoux de la technologie moderne ?" je lui réponds que non, c'est une expansion du pénis à laquelle je n'adhère pas, gravement en disant "je ne sais pas"), je lisais donc le petit livre de Tabuchi sur Pessoa dans lequel il dit que les grands écrivains de ce siècle (celui dont on voit au fur des jours la fin approcher) avaient des vies plates, mornes, mécaniques (employés de bureaux, etc.) et se réfère à Kafka entre autre et d'autres noms bien sûr, et je me suis dit que c'était plutôt encourageant à lire pour l'artiste qui sommeille en chacun, qui chaque soir pleure sur ses deux lignes qu'il ne peut pas écrire parce qu'usé par un boulot alimentaire, incapable d'aligner quoique ce soit parce que les meilleures idées viennent durant les pauses-café, mais qu'il est trop honteux de sorti un calepin pour noter l'idée du "siècle", cet artiste qui n'ose pas tout plaquer pour devenir ce qu'il voudrait être. Le système économique et social, la sécurité du travail est un poids à prendre sur soi, une règle avec laquelle il faut jouer, ignorer les déconvenues de notre existence pour s'extasier durant quelques instants, fussent-ils vécu dans la fatigue - mais n'est-ce pas fatigué que l'on rêve le mieux ? -, des purs instants hypnotiques où l'on vit une autre vie, une vie qui se rapproche d'un livre que l'on ne peut pas écrire.
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