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7 févr. 2011

Note de note

A la réécoute, une fois de plus par le plus grand des hasards, de Bye Bye Pride des Go-betweens, est revenue cette note écrite dans le journal de bord du bouquin. Un an plus tard, à trois semaines près.

12/01/2010
J'écoute les Go-Betweens qui me replongent dans mes 17 ans -- j'ai pris le disque au hasard hier soir. J'aime beaucoup la chanson Bye Bye Pride. Elle est très simple, presque piètre mais la générosité qui en sort l'emporte au-dessus du lot de toutes ces chansons pop écrites sur trois accords. Comme cela faisait très longtemps que je ne l'avais pas écoutée, j'avais oublié la mélodie finale -- j'avais seulement gardé le souvenir du frisson qui me traversait à 17 ans, quand la chanson se finissait -- j'avais oublié la mélodie mais pas le sentiment de légéreté. Une légéreté déchirante. Ca me rend nostalgique, un peu triste -- et d'un autre côté, je me dis -- comme à l'époque -- que je dois faire quelque chose de tout cela. L'un de deux leaders est mort dans son sommeil, à 48 ans.
Hier soir, je suis revenu à pied du taï-chi. Je suis passé sur le pont et je n'avais plus le vertige. Quelque chose a bougé, une fois de plus, une colère comme une boule de poils que j'ai avalée -- pour laisser la place à une autre grossir jusqu'à ce que je l'ingurgite, encore. On ne fait que ça, avaler des boules de poils.
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Tu ne diras rien. Tu n'écriras même pas une lettre d'amour. Tu te tairas. Tu garderas ton mensonge, tu voudras qu'il te sauve, qu'il te reconnaisse comme un monstre, une idole -- toutes les idoles sont des monstres, et la Nature les a jugé inacceptables et les a donc rejetés. Alors ils sont devenus des dieux. Dans le jardin des dieux.
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(A l'époque, des chansons de Go-betweens, tout le monde préférait celles de Robert Forster -- et moi secrètement, je préférais celles de Grant McLennan, moins torturées, plus émouvantes. C'était le Paul du groupe, et personne n'ose avouer qu'il préfère Paul à John. En lisant sa biographie, je découvre que nous sommes nés le même jour.)



13 janv. 2011

Aime-moi deux fois

1. Le livre sur Albert Ayler -- quand l'ai-je vraiment découvert, pas lors de cette soirée avec l'écoute de sa version de Summertime, mais plutôt la rencontre, une rencontre comme il en existe peu -- cela se résume certainement à Faulkner, Ayler -- soit à eux deux le bruit et la fureur -- et puis Spinoza -- soit l'opposé aux deux précédents -- mais l'est-il vraiment, opposé aux deux autres?

1b. Toujours cette idée du faux départ: il n'y a pas de première fois absolue, ou alors il s'agit d'un coup de foudre et cela se consume nécessairement -- le temps qui s'écoule entre les deux départs, entre le faux départ et le vrai départ guide la rencontre, donne le temps (bien que passé, ce temps rentrera dans l'histoire commune, c'est un flottement, théâtre de variations, de désir, de naissance du désir, de révélation du désir, d'ajustements, de prises de position que cette première rencontre aura initié et qui feront que la seconde rencontre sera possible ou non, sera le début ou l'avortement d'une histoire). La révélation, le temps de la révélation, similaire au traitement de la photographie argentique, et en opposition, le numérique qui ne laisse pas de temps à la révélation, l'image apparaît immédiatement, dans sa fulgurance, instantanée, sans histoire, sans ce temps entre la prise et l'apparition. (J'aime bien comment ils racontent leur rencontre: -- la première fois, c'était ce soir-là, dans cette boite -- non, c'était à un autre moment -- oui, c'était la première fois mais ce n'était pas la vraie première fois, la vraie première fois, c'était quand, ici, là.)

"Love me two times" dit la chanson.




2. La question de l'affranchissement -- y revenir, à propos de Christophe, sa musique. Les miens.

3. Janvier, le vacillement perpétuel, en équilibre, d'un côté de l'autre. Papa s'en sort encore une fois de plus.

5. "Toi aussi t'es parfois difficile à cerner." Si au moins on savait jusqu'où l'on s'étend, jusqu'où l'on peut aller.

3 janv. 2011

Fin / Début - Début / Fin

1. C'est comme ça à chaque vacances, il faut s'y remettre, retrouver les fils que l'on avait tendus, les petites galeries que l'on avait creusées et dont nous seuls en connaissons l'existence. Et puis ensuite régler le sort de tous -- et certains vont finir à la poubelle, à regret: pas assez de souffle, ils ne tiendront pas la longueur.

2. Prendre des notes comme un jeune éperdu trace avec la pointe de sa chaussure des ronds dans la poussière, avant d'embrasser sa belle-aimée.

3. Goûter la vie dans ce qu'elle a de plus proche, de plus liant. La simplicité est une mise en équilibre, autant du présent que du passé. Le silence n'est pas l'indicible, c'est au contraire le-dit.

4. Une archive remontée des archives de 2000 (originale ici), à nouveau archivée: http://blogovento.blogspot.com/2000/12/lycee-cabanis-dortoir-3.html

16 déc. 2010

La musique du hasard

1. Reprise de l'Ethique et la vivifiante appendice de la partie 4.

2. Comme un cocon qui se sculpterait de lui-même.

3. Le corps dénudé du comédien est un habit.

4. Ouverture d'un carnet bis -- et se dire que ce ton n'a finalement plus lieu d'être.

5. Attendre les fêtes que cela passe.

6. Etre à nouveau comme un aveugle qui retrouverait la vue.

7. Les doigts sont des crayons qui dessinent des volumes.



28 nov. 2010

Note de fin de soirée

1. Il a dit: "Avec l'Europe, il n'y a plus de frontière, mais les frontières apparaissent aux portes des grands magasins, avec ces types de la sécurité qui te guettent comme des douaniers."

2. Social Network. Le type vide, transparent, on peut prétendre lire en lui tant il apparaît simple, en adolescent qui boit des bières avec ses potes et les filme dans la piscine. S'acharner à croire que son moteur est la rupture avec sa copine, c'est chercher une résolution un peu simpliste, c'est continuer à le percevoir comme un garçon transparent, presque vide. Il aurait les ambitions de son accoutrement -- au même titre que les personnes qui l'entourent, les "beaux gosses", les futurs financiers dans l'habit est l'image de leurs ambitions. Il ne faut pas s'arrêter à ses vêtements pour définir ses ambitions. Sa transparence est finalement opaque, trouble. Il est vide et il fait le vide autour de lui. Il mange du code. Il transforme la réalité, les réseaux sociaux en code. Il encode la réalité des relations -- j'aime, le mur, avec qui je suis, célibataire, c'est compliqué, etc. Faire un logiciel, un site comme Facebook, cela demande une analyse préalable de la réalité, comprendre comment le monde fonctionne. Il existe autant de compréhension du monde qu'il y a d'individus. Sa démarche est relationnelle, avec des paliers non-binaire -- la notion dans Facebook du "c'est compliqué" est géniale parce qu'elle laisse l'ouverture au chaos, avec un détachement taoiste. Avec Facebook, même le pire devient impondérable. L'effet addictif "je l'ai mis sur Facebook", on s'en détache, c'est là, c'est mis là, je peux faire autre chose maintenant. Une empreinte est une trace laissée par le poids de la personne qui marche, et c'est son poids (matériel) qui reste, avant la disparition. Comme si un appareil photographique avalait les couleurs des objets qu'elle prend -- il me semble qu'il y avait une campagne de publicité pour Kodak où quand les types prenaient des photos, les objets devenaient blancs "les voleurs de couleurs". Pour devenir transparent.
Le héros est un branque -- cf. ma page sur le prochain Coqtail, sur les branques (https://blogger.googleusercontent.com/img/b/R29vZ2xl/AVvXsEjOgWsfc61AOJn0_q8KHZcElLhuHhlJu1Q0ldZoggj2uqyMKFIhYnR5HrqSe763Ym6CFRgxkeBKp85XqWevoB9TKUON4zTliPP3HghxjyTpbiD5mQqYMz_5ZsBXHBv48YwXEcmGPw/s1600/15.jpg). Un idiot transparent opaque qui construit une machine. Facebook est un monstre et le dernier plan, où il demande en ami la fille qui l'a rejeté, où il appuie sans cesse sur F5 pour rafraîchir la page afin de savoir si l'ajout a été effectué est à voir comme un docteur Frankestein qui exciterait son monstre pour savoir si il bouge, si cela marche, si cela marche aussi pour lui. Si finalement, lui aussi est capable d'avoir des amis. C'est peut-être moins la fille qu'il teste que lui "est-ce que je suis normal, comme les autres, est-ce que je peux avoir des amis sur Facebook". Cf. l'épisode de South Park sur Facebook 0 friends (avec ce pluriel immuable, abyssal).
Autres points intéressants: le rafraîchissement (la simultanéité, le temps de latence); il mange du code. Le vide qu'il fait autour de lui, le vide qu'il semble avoir en lui (le tao), le long plan (le plus long du film, à l'ouverture) sur son trajet entre le café où il est éconduit et sa chambre, comme si c'était durant ce trajet que tout se passe, la machine qui marche en pensant, au pas de guerre.

23 juin 2010

Liste des choses qui énervent

1. la femme qui entre dans le compartiment vide et qui vous demande sans politesse si c'est le bon train -- vous lui répondez, elle n'écoute pas votre réponse, va s'asseoir et entame une discussion téléphonique -- le genre que l'on repère de très loin, avec cette perpétuelle demande d'être rassurée sur tout et n'importe quoi, à savoir si c'est le bon train, si son fils qu'elle a laissé à la maison dort encore -- lequel décroche et répond qu'il ne dort plus, qu'il ne dort évidemment plus puisqu'elle vient de le réveiller -- la personne qui en a juste rien à foutre du monde dans lequel elle vit tant que celui-ci répond à ses inquiétudes -- le monde vu comme un parent rassurant, non comme un ami, un amant, voire même un ennemi, mais juste comme ce parent qui répond à tous les caprices et ne cesse de conforter dans une position de servitude. Ce qu'il y a d'étonnant dans cette réflexion sur le vif, c'est que la femme qui est entrée dans le compartiment ce matin, avait en main un petit thermos, parfait substitut du biberon.

2 juin 2010

Sangre, la nostalgie, écrire et lire

1. Sangre de Escalante -- ou comment les mexicains jettent les morts à la poubelle.

(Il est difficile de savoir si c'est l'imagination ou le contexte judiciaire qui a tenu la main de l'auteur pour la fin du film -- le cadavre d'une femme est vulgairement jeté dans une décharge publique; 2666 de Bolano rappelle les effroyables assassinats de femmes que le Mexique a connu durant la même période que celle du film, et il me semble évident que cette scène ramène le film à la réalité la plus crue -- alors même que l'empaquetage de la victime paraît surréaliste tant le personnage garde son sang-froid.)


2. La nostalgie.

12 oct. 2009

L'océan

Tu dessinais avec ton doigt des cercles sur ma peau, tu chantais et je prenais en bouche ta main. Et avec un peu d'imagination, nous pouvions entendre une fanfare jouer dans le jardin. Quand tu as ouvert la fenêtre, le vent a soufflé les pétales des fleurs séchées que je t'avais offertes le siècle dernier. Tu me dis alors je n'ai pas connu plus ample sensation depuis que j'ai été à l'océan avec mon fils. Je me suis pris pour l'océan. Tout ça, ça s'est passé le jour où je me suis pris pour l'océan. C'était le jour où je me suis pris pour l'océan.


29 sept. 2009

Je ne veux pas devenir une table

1. Toujours tenté par quelque chose de très noire, très noire-noire. Ah la belle aventure, l'effroyable beauté noire du monde obscur qui sombre dans les plus profonds abîmes. T'en oublierais presque que tout cela est une farce, une bien belle farce. La parfaite oscillation du monde. Le monde est une danseuse.
"Je veux devenir une table, je veux devenir une table", criait-il en tapant dans la balle de ping-pong.
2. Il n'y a pas grand monde à sauver dans toute cette histoire. Peut-être l'oncle (le parrain), la fille, et tout le reste, c'est que dalle, pas tripette. Le plus dur, ce n'est pas pour ceux qui restent, c'est pour ceux qui partent.

3. Revenir à la joie, à la belle humeur, à tout ce qui rend le corps plus léger & le pied agile. http://bastardisaddic6.blogspot.com/2008/06/4.html

19 sept. 2009

V

Au début tu ne comprends rien, tu dis que t'as chaud, qu'il fait froid, ton corps tremble, tu as des vertiges, tu as vomi toute la nuit et le matin tu ne te sens pas si bien que ça -- tu aurais espéré mieux mais tu ne regrettes rien, tu n'es pas déçu, tu ne t'attendais à rien, c'était devenu tellement tellement tellement tellement ennuyeux, ça aurait pu continuer longtemps, à te parler à te dire un jour le roi viendra et je porterai ses fripes, un jour je traverserai les mers d'un seul pas des choses comme celles-ci que personne n'entendait, c'était sur une petite scène, c'était une estrade éclairée par les écrans des téléphones portables, les spectateurs rivés sur les viseurs des appareils photo -- et maintenant tu te retrouves là, sans les choses dont tu parlais mais avec sur les bras les mots que tu utilisais, Mon Dieu, je comprends rien, tu vas vomir, tu reviens, tu fais un tour, reviens, pars, tu lèves les bras, retournes tes mains, tu fais l'idiot, ça te fait marrer, tu t'allonges, redeviens sérieux un instant, t'as ce mauvais goût au fond de la gorge, l'amertume te relie avec la fin de ce qu'il y avait avant, mais tu sais que lorsque tu ne seras plus amer, tu seras un vagabond, tu porteras ses fripes, tu auras sa maison, tu auras son soleil et ses nuits, tu seras le roi.


9 sept. 2009

Sans surprise

1. Tu prends une voie et pour moi, elle est sans surprise. J'avais préfiguré la direction que tu as prise dans des notes pour une nouvelle dont je t'avais fait part du contenu et que tu n'avais certainement pas écouté. Rien ne m'étonne. Je ne suis pas triste de te voir partir dans cette direction; tu dois y trouver ton réconfort, après des années d'une solitude qui a toujours été ta croix. Ce jour où j'ai eu cette idée, je n'étais pas devin; comme le dit le personnage principal du dernier Allen "J'ai une vision globale". Il n'est pas si dur de savoir ce que certains vont devenir. Leur vie est dessinée en eux, en creux, dans leurs démarches, dans ce rapport qu'ils ont avec l'existence. Je ne suis pas exempt de cela. Il y avait chez toi cette peur du monde qui t'a rendu certainement malade. Tu as trouvé des amis qui te comprennent au-delà de la parole et des signes. Je doute que tu sois à présent guérie mais je sais que tu vas mieux.

2. J'aimerais ne pas devenir juge de cela.


3. Quelques notes à propos du bouquin de Cormac McCarthy Méridien de sang:
  • mise en miroir avec La horde sauvage de Peckinpah -- où l'on retrouve Holden, non plus personnage (le juge) mais acteur (William). Les deux oeuvres balisent une période de l'histoire américaine, traversée de part en part par la violence.
  • la Bible: le style "biblique" de McCarthy; cette terre est l'Enfer -- l'image récurrente du volcan, de la faille d'où s'échappent des animaux (chauve-souris) et laissent des empreintes (l'histoire racontée par l'un d'eux où il fait référence aux traces de diablotins). 
  • la figure du juge et celle des éclaireurs.
4. Reprise du travail sur win.rtf, après deux semaines et demi sans une ligne, sans consacrer une seule seconde de réflexion.

5. C. & les nuits folles. Retourné au cinéma & à la lecture. L'étrange rapport au sentiment amoureux, la désacralisation de l'affectif. Où comment être confronté à l'étroitesse de son esthétique. Whatever works. Le dernier Allen ne délivre pas une morale. Il s'évertue à briser les dimensions du Bien & du Mal. On pourrait parler d'éthique.

31 août 2009

ma vacance entropique

VACANCE, subst. fém.
I. Gén. au sing. [Suivi d'un compl. déterm.] État de ce qui est vacant.
A. État de ce qui est vide, inoccupé. Synon. vacuité. J'aime entre tous un petit monument votif au bord d'un chemin (...). Sa niche est vide. Je souffre de cette vacance (BARRÈS, Voy. Sparte, 1906, p. 258).

1. Le cerveau en bouillie, du papier mâché. Pas écrit ni lu une seule ligne -- hormis une bédé de Peter Bagge et ce bouquin sur le Tai-ji quan, L'enseignement de Li Guang-hua, La tradition de l'école Yang, à peine feuilleté. Et reste toujours 300 pages avant de savoir si c'est Moby Dick ou Achab qui y passe.

2. Rien.

3. Samedi soir était du grand n'importe quoi. Dimanche inexistant. Lundi convalescent à culpabiliser de cette vacuité. La réplique mémorable de Nouvelle vague: le type demande à Alain Delon ce qu'il fait et Delon répond: "je fais pitié".

4. Rien (il est important de souligner ces périodes de vide, ces journées qui défilent sans que rien ne se passe, ne se produise -- de la vie en jachère. Ne rien produire, ne plus être une machine qui concasse, forme, construit. Et avoir malgré tout le sentiment que quelque chose se joue. Et le sentiment éprouvé est peut-être autre chose, non pas de la culpabilité mais l'impuissance de ne pouvoir être maître de cette production de vide; elle dépasse totalement le corps, l'esprit; le coeur de la machine continue à produire mais la machine n'est plus en état de transcrire cette matière, de la formuler, de la rendre lisible, sensible.)

5. Ce n'est pas de la fatigue, ni de l'épuisement. Bien au contraire, je suis un corps qui déborde, jusqu'à l'excès. C'est une énergie de trop-plein qui est délivré du transcripteur.

6. Aller sur un banc près de la fontaine et regarder les passants. Devenir vieux.

7. Je me laisse pousser la barbe.



8 août 2009

Samedi (2)

Salut,

Tout va bien. C'est ce que je me disais à l'instant, assis sur mon lit, regardant par la fenêtre le réverbère s'allumer, devenir de plus en plus incandescent et finalement produire une lumière belle, orangée -- la nuit tombe, j'écoute le fameux Do While de Oval -- je me souviens du magasin où je l'avais acheté, c'était un endroit curieux, nous en parlions encore l'autre jour au pique-nique; dans la rue, il ne reste plus que le vieil homme noir qui a une fois de plus trop bu et qui marmonne ses "Obama", sous l'œil des propriétaires du magasin qui sont assis sur le trottoir, attendant on-ne-sait-quoi.

J'aime cet endroit où je vis -- il est aussi grand que vos toilettes mais c'est la première fois qu'un lieu s'organise aussi bien autour de moi. Le soir, quand la nuit tombe, je m'assois sur mon lit et je reste là, la plupart du temps sans écouter de musique, me contentant des bruits de la rue, des discussions qui remontent de l'apéritif qu'organise le magasin du bas; le temps passe, la lumière du jour baisse, le réverbère s'allume, se remplit d'orange, de jaune; l'appartement plonge dans l'obscurité, les détails disparaissent, les espaces se désorganisent plan après plan -- ici, tout s'organise en plan et c'est grâce à cela qu'il semble s'agrandir.

Ce matin, je me suis réveillé vers 6h. Je me suis rendormi et réveillé à nouveau vers 9h30. Clara est venue pour récupérer la solution pour les bains de bouche. Nous sommes allés faire un tour; nous sommes allés dans son atelier, j'ai tiptopé quelques notes sur le piano et puis je suis rentré. Je suis allé boire un café avec Eric; Marion s'est installée à la terrasse, nous l'avons rejoint. Pryscilla passant par là et nous a rejoint également. Et puis finalement, nous nous sommes tous dispersés.

Je suis maintenant là, et j'ai le cerveau comme pris dans du béton; je n'arrive pas à rentrer dans mon fameux win.rtf -- j'aborde la partie centrale et je crois bien que cela me fout la trouille. Je galère pas mal également sur ma proposition pour Cyclocosmia -- je ne suis pour l'instant pas réellement convaincu du résultat; il manque un larsen, un bruit de fond (un souffle) qui traverserait tout le texte.

Je reste là. Ils vont tirer le rideau, dans un fracas metallique. Je sens mon cerveau se ramollir, prendre le pli de win.rtf, je prends en considération minute après minute l'espace que je dois habiter, ce territoire dans lequel je dois être pour reprendre contact avec mon boulot. Après, ça ira mieux. S'il y a blocage, cela signifie qu'il n'y a pas l'agencement nécessaire. Attendre, revoir la proposition, respirer, s'asseoir sur le lit, se plonger dans des réflexions ineptes, s'endormir, avoir faim, rester dans le silence, ne rien dire, s'ouvrir à soi, s'affranchir, être dans la volonté de s'affranchir, se défaire des pensées parasites, oublier les ingratitudes, vivre par cloisonnement, se souvenir de ce qui a déjà été écrit, chercher le rythme, et au-delà du rythme, le swing.

samedi

1. win.rtf. 10 jours.

2. Rien.

3. Un peu de vide.

4. Rien.

5. Rien.

6. Rien.

7.

26 juil. 2009

Ici et maintenant

1.
Je suis loin du flot que j'ai pu avoir en avril, lorsque j'ai commencé à écrire ces deux textes. Je passais une période difficile et ils répondaient à un profond malaise. Je ne pensais pas alors que je les conduirais où ils en sont maintenant.
En mai, je les ai laissés de côté. J'étais à Londres et puis ici & là. J'étais essoré, vidé. En juin, j'ai pris conscience qu'ils pouvaient devenir autre chose. J'y ai travaillé dessus, sans l'énergie du début, d'une façon plus mesurée, moins passionnelle, comme tout homme qui travaille quotidiennement à sa tâche. La semaine qui vient de se finir a été riche. J'ai dans l'espoir d'avoir enfin le déroulement de ma narration. Auparavant, je naviguais un peu à vue. La structure s'est mise en place, presque naturellement et je crois qu'elle fonctionne plutôt bien.
Je sors moins. Comme j'avais dit à Rachel un jour, après la mort de S., j'ai eu peur pour ma parole. L'ivresse délie la parole et je crois l'avoir mise en danger plus d'une fois. Je ne sais pas exactement ce que cela veut dire, je sens qu'il y a dans mon cas, une mise en danger de la parole. Comme un seuil à ne pas dépasser. Cela me rappelle ces concepts en systémique, les rétroactions positives et les rétroactions négatives. L'ivresse a un effet amplificateur. Je deviens un micro planté dans une enceinte. La rigueur que m'impose l'écriture de mon texte est, dans ce sens, bienvenue.
Les deux dernières soirées ont été très drôles. Vendredi, c'était chardonnay, musique cocktail, j'étais lone dancer. Hier soir, crémaillère. On s'amusait à doubler les discussions des autres. Et puis quelqu'un vient nous parler et je lui parle. Il me demande si je suis encore dans le doublage. -- Non, là, je ne suis pas dans le doublage. Je ne me double pas. Mais si tu veux, je peux me doubler, m'autodoubler. "Alors là, tu vois, je vais, blablabla...". L'idée est énorme. Un film avec le type qui subitement change un peu sa voix et se double pour déphaser la situation.
Je crois que j'en ai rien à foutre. Lorsque je disais, à propos du concert de vendredi soir de Thiaz Itch, que c'était de la musique pour rendre les enfants totalement hystériques et que si j'avais 4 ans, je me roulerais par terre avec eux, c'était une manière pour moi de me persuader de ne pas le faire. C'est la limite.
Alors oui, moins sortir parce que cela épuise le corps, la parole, les relations. Je ne crois pas au concept de la fête continuelle, de l'orgie permanente. Les hédonistes sont des crétins. Je ne suis pas pour l'épuisement. On en revient à ces questions de rétroactions positives & négatives. Et puis le rituel de la fête est important et toutes les occasions ne sont pas bonnes. Je garde le souvenir de fêtes qui étaient incroyables. Pas de ces consommations qui finissent dans le caniveau -- quoique la soirée avec H. & P. qui a fini dans un club pseudo-VIP et où le mollosse est venu me voir pour que j'arrête de danser, c'était assez ubuesque.

2.
La découverte des films de Bergman va de paire avec ce travail. Bergman, Henze, Feldman, le trio qui accompagne l'écriture.



J'aimerais beaucoup participer à Cyclocosmia III et je dois réfléchir à la contribution pour le projet de Pascale. Si je compte le projet inachevé autour de Damiens, commencé en septembre, plus d'autres bêtises écrites ici & là sous couvert d'anonymat, plus ce boulot-là, l'année aura été fertile.

3.
Deleuze disait que Spinoza se lisait dans les scolies. Je crois que la société actuelle se lit dans les commentaires que les internautes laissent sur les articles des journaux en ligne.

4.
Assez stupidement, je me donne jusqu'à mes vacances pour finir la seconde partie de mon texte. Encore une date à ne pas tenir. Un peu las de vivre avec un chronomètre posée sur la tempe.
-- Qu'est ce que la vie moderne?
-- C'est vivre avec une montre posée sur la tempe.
Je rêve de campagne, de paix, de solitude et de silence. Vieux, je serai l'homme que vous voyez assis sur un banc, dans un parc. Ou alors j'investirai la maison de ma grand-mère et en ferai ma Farö lotoise, ma tannière. Nous ferons l'amour une dernière fois dans l'herbe avant de mourir.

28 mai 2009

jeudi

C'est à toi maintenant. Tu peux être fier. On va te demander pourquoi. Il n'y a pas de raison à donner. Jamais. Donner des raisons, c'est se mettre dans la position du coupable. Il n'y a pas de culpabilité. Le mot même ne devrait pas venir à l'esprit. Ne rien dire. Agir ainsi, sans avoir à s'expliquer. Parce que ce qui sera demandé sera moins une explication qu'une mise à l'épreuve. Une mise à l'épreuve de ce que tu es. Au passage, il ne manquera rien pour te déclarer malade, ou fatigué ou je ne sais quoi d'autre qui te placera, évidemment, sur une échelle de valeur. Toi, malade, toi, dingue, toi irresponsable. Mais il n'y a pas d'échelle. C'est cela qui est le plus dur à admettre. Surtout lorsque l'on passe sa vie à voir le monde en regardant ses pieds. Verticalement.

Allez vous faire foutre.

Un jour, on s'endormira sans "se refaire le match". On aura assez appris pour être là quand il le faut. Uppercut droit, défense haute, un gauche, une droite, on enverra KO au tapis en moins d'un round. Parce que l'on n'aura plus le moindre ressentiment. Ils seront des ennemis pour des bonnes raisons.

11 mai 2009

le portrait de l'homme creux

1. win.rtf.

2. Millepertuis.

3. Rien.

4. Jouer encore à ce jeu pourrait être amusant; mais, on dit qu'un jour, une souris de laboratoire dit à une autre souris de laboratoire: "il est vraiment idiot ce type (en parlant du grand-chercheur), quand j'appuie sur ce bouton, il me donne un bout de fromage".

5. Un amour de Swann. La saisissante soirée chez Mme de Saint-Euverte. Gilberte.

6. Rien.

7. Plus que le rien, le vide.

8. Perdre des territoires d'une ville & devoir en trouver des nouveaux.

8b. Nous sommes encore des animaux; l'évolution de nos personnalités (ou la confirmation) passe par une acquisition de nouveaux territoires: déménagement, changement de ville, de pays, de restaurants, de cafés, nous sommes en transhumance vers d'autres lieux. D'autres s'enferment: ils deviennent des piliers. Nous sommes des nomades; nos territoires sont ceux que les autres veulent nous céder, ou bien mieux, ceux que les autres ne pourront jamais trouver, tant ils demandent une acuité, un flair, qu'ils ont cessé depuis longtemps d'affiner. Nos travaux, nos doutes, nos joies -- ah la joie! --, nos libertés, nos délivrances, nos atroces limites que nous nous révélons, n'ont de cesse de nous apprendre à affiner nos instincts. Finalement, leurs territoires ne sont que des enclos, sécurisés et sécurisant, limités à répondre à des besoins très précis pour des satisfactions très précises. Les nôtres, sont ceux que nos pas peuvent parcourir.

8c. Je n'insisterai pas. Rassure-toi. Je n'irai pas plus loin. C'est toi-même qui sera à l'origine de ton massacre. Puisque c'est ça qui te tient en vie.

8d. Les piliers ne comprennent pas les bourrasques. D'ailleurs, ils ne bougent pas.




8e. Le vent: Soutine. Un jour, une amie m'a dit: tu es le groom de Soutine.

4 mai 2009

Rêves

1. (Aujourd'hui, grasse matinée) Je suis dans la rue; je cherche un timbre; je trouve un distributeur de timbre (je m'étonne d'en trouver un dans la rue), il ressemble à horodateur; je mets de la monnaie, j'appuie sur le bouton Etranger/Europe (je suis en Russie, ou Pologne ou approchant); des pièces tombent en quantité, qui débordent de la machine puis quand je veux les prendre, elles disparaissent (elles sont avalées par la machine comme un aspirateur) et à la place, il y a 2 euros 50-60; le timbre est de 0.50 euro. J'ai deux lettres: une que je veux envoyer et une autre sur laquelle je veux coller une image -- auparavant, je suis passé dans un magasin pour acheter une grande vignette autocollante de Groucho Marx; je vais aux abords d'un lycée pour poser mes lettres et coller mes affaires sur les lettres; le timbre est autocollant, épais, plastifié et vert; il est mal imprimé, le pré-découpage ne correspond pas aux bordures du timbre; le découpage est en S; je m'étonne de ça et de son épaisseur plastifiée; derrière la grille du lycée, il y a un père avec deux de ses enfants; un troisième est à côté de moi; ce sont des pré-ados de bonnes familles, "à mèche"; je pose la lettre et colle le timbre; mes lettres glissent derrière la grille; d'autres ados cherchent à s'en emparer mais je les retiens; l'un me tient la main; comme j'ai quelque chose d'énorme dans la bouche (entre le chewing-gum et une grosse boule de glaire) je cherche à lui cracher/déposer dans la main; en voyant ça, il relâche ma main; un enfant à côté de moi a pris mon image de Groucho Marx et l'a pliée en deux, collant un côté sur l'autre; je m'énerve contre lui et appelle son père qui a disparu; je récupère mes lettres et m'éloigne de la grille; un jeune homme, dans les 25 ans, est là; il me demande ce que je fais là; je lui demande qui il est, si c'est un élève ou un pion, ou un flic; il me dit qu'il va me dire mes droits; je lui demande s'il me prend pour un pédophile ou quelque chose comme ça et que c'est n'importe quoi; je lui raconte ce que l'enfant a fait de mon autocollant et aussi l'histoire des lettres; il me parle mais je m'en vais; je rejoins mon hôtel; je croise une dame, la cinquantaine; je l'ai déjà vue avant tout ça, elle était là, mais elle jouait un autre rôle; il y avait aussi une autre dame, plus jeune mais elles se ressemblaient; au début, elles avaient des rôles définies et à la fin, arrivée à cette partie, elles ont interchangées leur rôle; la voix-off laisse entendre ce qu'elle pense à propos de l'autre dame: "quelle conne"; je lui demande quelque chose, où se trouve la boîte aux lettres; c'est une russe; elle est un peu plus grande que moi, habillée d'un long manteau, le visage ridé; je la remercie et fais quelques pas avant de me retourner; je reviens vers elle et l'embrasse sur les lèvres, puis de manière plus appuyée; elle sourit et s'amuse de cela; on se salue, partant chacun de notre côté; je lui dis "à bientôt" et elle comprend la blague et s'en amuse d'un clin d'œil, parce qu'elle sait qu'on ne se reverra plus.



2. (Autre nuit) Je marche le long d'une route, une ligne droite (exactement la route qui conduit de V? à St-D.) mais en plus étroite; des voitures me dépassent; la circulation est dense, très dense; ce sont des voitures des années 30-40, très grosses, très luxueuses; une voiture percute une autre sous mes yeux; la voiture percutée tirait un traineau et un landau; tout se passe vite, la voiture repart; dans le traineau, il y avait un bébé qui a été projeté dans le fossé; je le prends et le mets dans le landau; je le ramène chez mes parents; ils n'habitent pas dans leur maison mais une maison très années 30, fauteuils en cuir, ambiance cognac; on se dit qu'il faut prévenir les parents de l'enfant, parce qu'ils vont s'inquiéter; on déduit qu'ils sont en vacances dans l'un des hôtels de la région; je suis au téléphone et je cherche à composer le numéro; je n'y arrive pas, je me trompe toujours dans la composition du numéro, parce que je fais l'effort de me rappeler s'il y a un indicatif ou pas; ma mère m'apporte un autre numéro "plus récent" d'un hôtel dont je sais qu'il n'y a pas d'indicatif à composer, mais je n'y arrive toujours pas; je m'y reprends des dizaines de fois mais je m'arrête toujours au milieu parce que je me rends compte que je me suis trompé; je me sens impuissant à ne pas pouvoir composer ce numéro.

19 avr. 2009

Eric et Henri

T'es mort. Voilà, les choses sont faites. D'un point à l'autre: entre Séb et toi, un hiver a passé. D'un côté, une grande fête pleine de vie, de rires, de pleurs, Seb sur son surf qui récite la lettre de Guy Moquet et de l'autre, l'anonymat, le secret. Eric, tu es mort il y a trois semaines, et personne ne semblait être au courant.

Ta mère, la psy, t'avais placé en hopital psychiatrique. Tu es mort là-dedans, paraît-il. Je me souviens des tableaux que tu avais offert à E. Je me souviens aussi de cette soirée où tu m'as dit qu'on devrait faire de la musique ensemble, que tu apprenais la clarinette. Tu avais le regard vide de Syd Barrett. Toi aussi, t'avais forcé sur la dose. La micropointe t'avait dévoré le cerveau. Mais on dit que t'avais déjà des problèmes avant. Que cela n'avait fait qu'empirer les choses. On donne toujours des raisons pour excuser nos manquements. On t'a laissé filer, c'était comme joué d'avance. T'étais revenu de Amsterdam détruit. Les autres t'avaient abandonné. Tu errais dans la ville, on se croisait. On discutait un peu. Tu fais quoi, tu deviens quoi. Moi dans ma névrose, ma solitude, toi dans ton monde que tu regardais les yeux vides et tristes. Stéphane t'accueillait de temps en temps, quand tu avais des permissions de sortie. E. & B. allaient te voir, là-bas. C'était les seuls. Ils allaient à Albi te voir, les dimanches. J'avais eu l'occasion de les suivre, mais je m'étais défaussé au dernier moment. Je suis aussi un petit homme.

L'annonce de ta mort scelle, par un curieux hasard, la fin de ma lecture de Acid Test, qui parle de trips sous LSD. Tu arrives là, après 6 mois d'un long tunnel que j'ai creusé pour m'éloigner du dècés de Séb. Tu boucles la boucle.

Depuis quelques jours, je lis un peu partout la disparition de Henri Meschonnic. Un nom que je ne connais pas. Tu ne devineras jamais, Eric, ce qui vient de se passer. Dans le tas de livres qu'il y a au pied de mon matelas, j'ai trouvé un bouquin de Henri Meschonnic. Ca s'appelle Nous le passage, c'est de la poésie. C'est ma soeur qui me l'avait donné avec toute sa bibliothèque, quand elle faisait sa crise mystique. Ce sont des courts poèmes. Comme il fait beau, je vais aller lire ce livre sur un banc.

Je t'embrasse Eric.

(Cassavetes & Falk dans Mikey and Nicky, Elaine May)

15 avr. 2009

Clavinova


1. Hier soir, dans mon sommeil, j'ai très fortement pensé à toi. Ce n'était pas un rêve, mais une présence dérangeante, des mauvaises ondes, un fantôme qui venait m'habiter. Je me souviens de m'être relevé sur mon coude, tu devais être par là, dans la pièce. Toi ou quelque chose de toi. A midi, je t'ai appelé et ça n'a pas décroché. J'ai laissé un message en disant que j'avais rêvé que tu étais entrée dans une secte & que ça me ferait plaisir d'avoir de tes nouvelles.

Ce qui c'est passé cette nuit me met dans une certaine fébrilité -- je ne devrais pas certainement. J'ai eu Vanessa qui m'a dit t'avoir vue à la piscine et que tu étais allée voir des docteurs. Et puis Gisèle a dit que tu étais venue répéter la semaine dernière. Ça m'a rassuré. Ce soir, je me suis un peu remis à mon piano en plastique (le clavinova est au piano ce que la poupée gonflable est à la femme)


"t'es aussi sensuelle qu'un clavinova"


au clavinova parce que j'ai trouvé une petite mélodie qui tourne sur un accord de sol & de do, et je ne trouve pas la suite. Je retrouve la puissance d'un Sol et d"un Do. C'est bon signe ça.

J'ai eu ma mère au téléphone qui m'a dit, très discrètement, que ses petites affaires d'articulation devenaient un peu plus sérieuses. J'avais deviné à la voix sur son message que quelque chose n'allait pas vraiment mais on fait comme l'air de rien "je vais pas lui foutre la trouille". Ma mère me sait sensible. Je deviens une petite grand-mère a-t-elle dit en riant. J'ai pensé à toi et à tes épaules qui se bloquent. Le monde autour de moi perd en souplesse. Je vais retourner au taï-chi.

2. Depuis quelques jours, je repense souvent à S. Depuis sa disparition, c'est peut-être la première fois que je me retrouve enfin un peu seul, sans avoir quelque chose à faire pour me distraire de cela. C'est bien. Pas envie de sortir. Juste chouiner dans mon coin. Parce que c'est bien de chouiner, aussi, de temps en temps.

3. Je me souviens des cours de piano que tu me donnais. En échange, je te donnais un texte que j'écrivais dans la semaine. Après le cours, on sortait s'acheter un sandwich qu'on mangeait sur un banc. On se disait au revoir de la main, à samedi! A samedi! on se faisait, tout fiérot.