28 sept. 2008

deux plans, une histoire, une analyse

1. (Retour sur le rêve d’hier)

Scénario: 3 personnes: A, B, C.

C demande à A & B de réaliser quelque chose, des exercices de thérapies comportementalistes (imaginons une agence qui s’occupe de manager des serial killers, soit en réinsertion sociale, soit en réinsertion “professionnelle”). C dit à ses deux patients que le plus important, pour l’instant, n’est pas vraiment le fond mais la forme. B exécute l’exercice avec sobriété alors que A panique “il me demande de faire cela mais c’est plus la forme que le fond, et si je fais n’importe quoi (ie. si je redeviens le serial killer que j’étais avant que ma névrose me freine), B et C me prendront pour un psychopathe alors que je suis avant tout un serial killer plutôt habile (du moins l’étais-je avant ma crise devant cette personne que je m’apprêtais à tuer, etc., paralysie, ressort comique possible, etc. – la femme qu’il s’apprêtait à tuer tombe amoureuse de lui et ils vivent ensemble et elle le pousse à voir un psy (C) pour qu’il se soigne.) A est lui aussi un serial killer qui se trouve dans la même position que B – scène comique: ils sont dans la salle d’attente, ils discutent de leurs problèmes de serial killer, problèmes techniques (les meilleures cordes, meilleurs sacs, comment tu nettoies ta bagnole, moi je passe l’aspiro et après je …, etc.) B est le genre serial killer classieux alors que A est plutôt en marge.

Premier plan (au sens mathématique du terme): A et la règle castratrice du “ce n’est pas très important pour l’instant”. Dans le champ d’action, B se sent à son aise parce qu’il écrit au crayon à papier (cf. mon rêve) alors que A écrit à l’encre indélébile. L’encre, c’est ce qui donne l’importance au geste – du moins le pense-t-il puisqu’il s’organise dans le temps-après et non dans le temps-maintenant. On écrit à l’encre pour rester; on écrit au crayon à papier pour apprendre (mais la question de l’apprendre se pose ici: apprend-t-on mieux en sachant que l’on peut effacer, revenir en arrière, ou au contraire, en sachant que l’on ne peut pas effacer. La gomme efface l’erreur, l’encre rend lisible l’erreur.)

Deuxième plan: la position de A vis à vis de B & C. B & C sont de connivence, ils partagent les mêmes codes, ils savent ce que signifie “ce n’est pas très important pour l’instant”. B répond à la demande sans excès, sans trop d’efforts mais sans personnalité – alors que la finalité des exercices est avant tout de re/trouver sa personnalité, sa propre expression, son dire. A n’a pas les codes – problème d’éducation, de propre regard sur soi – une évidente auto-dépréciation qui le pousse à geindre et à se poser en victime.

Résolution de A (au sens mathématique) au premier plan: crayon à papier ou encre ? Faut-il répondre à cette demande d’une manière stupide et “petite-bourgeoise” (crayon à papier) ou faut-il s’engager (encre) comme si l’exercice s’inscrivait au-delà de l’instant (par delà l’instant).

(J’aime beaucoup cette phrase: “le plus important pour l’instant, c’est la forme” comme on dirait “le plus important pour Pierre, c’est la forme”.

Résolution de A au second plan: ne pas prendre la voie de la victimisation ni celle de l’accusation (c’est pas moi c’est les autres). S’en sortir par l’augmentation de la puissance d’agir.

2.

Ce rêve est un sommet de cuculisation gombrowiczien. Comment dois-je me comporter et le trouble que jette la remarque du correcteur – j’ai d’ailleurs utilisé le terme correcteur et non celui de surveillant alors que dans le rêve, le personnage était plutôt celui du surveillant. Mais c’est en définitive un correcteur, celui qui sanctionne, qui biffe.)

3.

-- Le trouble vient de ne pas savoir s’il faut écrire au crayon à papier ou à l’encre.

-- Avec un ordinateur, banane! me répondit-il.

27 sept. 2008

comme

1. En réalité, c’est une question d’intensité, de distance entre deux points. Toi tu fais des choses en pensant au temps bien-après alors que ces choses là s’inscrivent dans le maintenant.

2. Cette nuit, j’ai rêvé que j’étais à khâgne, ENS ou un truc comme ça; c’était le premier devoir surveillé de l’année; des documents étaient donnés aux élèves et il fallait écrire quelque chose à partir de ça – il s’agissait d’articles de presse qui parlaient grosso modo de Londres. Mon voisin de table était un ancien camarade de lycée (Pierre jesaisplus)– l’idée même du petit bourgeois des petites villes de province que j’avais connu durant mes études – petit pull en laine, chemise vichy, etc. Très inspiré, il remplissait feuille sur feuille, écrivant au crayon à papier alors que je peinais à comprendre ce qui était demandé, doutant de la qualité de mon écriture – petite et serrée, encre noire donc ineffaçable, à l’inverse de la mine en papier. Son air assuré me déstabilisait et les heures passaient, tétanisé. Puis un correcteur dit: “vous savez, dans ce genre d’épreuves, le plus important n’est pas le contenu, mais le style, la façon d’écrire. Après, à la fin de votre cursus, à l’examen final, évidemment que l’on tiendra compte du contenu, mais dans ce cas-là, …” Ces propos m’achevèrent.

Pour moi, c’est un nœud inextricable. Un jour, cette phrase a été dite et le trouble dans lequel elle m’avait jeté à l’époque se représente à moi maintenant.

En premier lieu, on impose un sujet, donc on demande un engagement sur le fond. Mais en réalité, ce n’est pas important, l’essentiel est la forme. Alors pourquoi donner ces documents s’ils ne sont pas importants. Comment voulez-vous que j’écrive quelque chose de bien si le sujet n’est pas important – parce que s’il n’est pas important, j’ai le pouvoir de faire n’importe quoi mais ce n’importe quoi, vous n’allez pas l’accepter parce que ça sera effectivement n’importe quoi. En définitive, cette phrase “ce n’est pas important” est une saloperie de règle castratrice – ce que tu fais, ce n’est pas important, mais ça ne veut pas dire que ce que tu vas faire devra être n’importe quoi – ne devra pas être le produit de quelque chose de très intime (lâcher-prise, caca, cri primal, improvisation – même autour du sujet imposé) – juste des sottises très petite-bourgeoises qui seront sans importance et dont le traitement, la manière de procédé sera jugée avant tout. Après, on verra de quoi tu es capable (ie. “ce que t’as dans le ventre” – pour filer très adéquatement l’idée du caca-création).

Evidemment, j’écris avec une encre qui ne s’efface pas. Lui peut effacer, c’est même ce qui fait sa force, au regard du correcteur. Les deux sont de connivence, chacun dans leur rôle alors que ma place est déjà en-dehors du jeu parce que les règles sont faussées -- “on te juge, mais pas sur …”

(…)

Le plus incroyable, c’est de me rendre compte à l’instant même de la résistance que je produis pour ne pas “voir” que le problème n’est pas cette histoire de règles mais du jeu de rôle de la scène (l’élève, le maître et moi); cette idée de relativité entre deux points, la distance entre deux points. Mon petit laïus de la victime qui pendait à mes lèvres m’écœure finalement. Il y a une sortie (et pas “de secours”, comme je l’avais écrit et que je corrige fissa) à ce genre de système – non pas en refusant ou en détournant le système des règles “ce n’est pas important, fais ce que l’on te demande ou non”, mais en reconsidérant les rôles et en trouvant une posture – et surtout pas celle de l’impuissance, celle de la victime.

3. (…)

4. Elephant, Alan Clarke.

26 sept. 2008

dans les cafés

Tu étais la fille indolente, tu lisais des auteurs américains, des philosophes allemands, des poètes russes, sans forcément tous les comprendre, peut-être parce que tu lisais dans les cafés comme d’autres vont au théâtre, en spectateur surveillant d’un regard absent si l’une de leurs connaissances ne les voient pas ici. Et c’était bien moins le bruit des petits crèmes s’entrechoquant contre les verres de bière qui te distrayait, que l’attention que tu portais à la curiosité des clients à ton égard. Tu t’installais là, à la petite table dans le coin, à côté de la vitre donnant sur la rue, et après avoir disposé ton paquet de cigarettes à la portée de ta main, après avoir déplacé la tasse de café et le cendrier, tu te penchais sur ce livre à la recherche du mot auquel tu t’étais arrêtée quelques temps auparavant, dans ta chambre de jeune fille indolente. Puis tu lisais et quelques lignes après, tu relevais la tête à l’affût d’un détail qui clochait. Tu n’étais jamais satisfaite de la disposition des éléments autour de toi. Alors tu détachais tes cheveux, posais l’élastique en mousse sur la table et prenais une cigarette en rapprochant le cendrier. Tes yeux allaient des entrées et des sorties à tes cuisses où reposait le livre écorné, et le texte te venait ainsi par pointillé, son sens ne prenant jamais réellement forme à tes yeux tant ton attention était écartelée entre l’univers des mots et le son de la clochette qui retentissait à chaque ouverture de porte. Et quand le café se vidait, à cette heure où les ouvriers ont fini d’engloutir leur serrano-beurre et reprennent leur travail, tu abandonnais ton regard dans la ruelle de l’autre côté de la vitre, une main sur ce livre comme une bouche ouverte, dont tu ne savais que faire puisque plus personne ne pouvait assister à ta lecture, éprouvant dès lors tout le poids des livres qu’il faut lire pour être dans le monde, et la solitude qui va avec.

20 sept. 2008

l'ultime anachorète du règne animal

1. A propos des chiens qui s'habillent en loup.
Il fallait en parler, un jour, de ces chiens. Ce ne sont pas des chien-loups, ce sont des chiens qui s'habillent en loup. Le chien est un animal domestique qui aboie fort pour se faire remarquer. Le chien qui s'habille en loup, c'est un chien qui endosse le rôle de l'animal sauvage, mais qui n'a de sauvage que l'accoutrement. Mais pourquoi un tel déploiement de moyens ? Parce qu'il sait que ce qui fascine les hommes dans le chien, c'est son appartenance au règne animal, à cette lointaine relation qu'il a un jour eu avec le loup. Alors il joue de cela pour attirer viscéralement les hommes -- voyez-le se défendre de ne pas aimer la compagnie des hommes (on ne lui connait pas d'amis, pas de relation, comme un loup est supposé ne pas en avoir) mais il est toujours là, traînant dans la société sa pelisse de faux-loup, à l'affût d'un nouveau territoire à occuper, de nouveaux regards à capter. Le chien qui s'habille en loup est avant tout un chien avec une vie de chien: il est très prévisible, il est parfaitement réglé sur la vie des hommes. La finalité des moyens qu'il met en œuvre -- aboiement, traque de la proie, recherche de nouveaux territoires -- n'est pas sa survie puisque le chien se nourrit avant tout de ce que lui donne les hommes. La finalité de cette violence qu'il emprunte au loup sans en connaître les règles, les principes et les raisons, est de recevoir des coups. Et quel animal est le plus à même à distribuer de la violence sans but si ce n'est l'homme. Lui donner des coups, c'est le satisfaire dans le choix qu'il a un jour fait de prendre l'habit du loup -- cet animal par lequel le Mal se propage. Mais si vous ne lui régalez pas la croupe de quelques coups de pieds, le chien qui s'habille en loup est avant tout un brave toutou -- vous pouvez même jouer avec lui, lui donner une gourmandise, lui faire un câlin. S'il vient à trop aboyer, caressez-lui le museau, dites-lui qu'il est le plus sauvage des loups, l'ultime anachorète du règne animal. Alors il se calmera, et à vos pieds se couchera; il gémira peut-être un temps, mais après il s'endormira, roulé dans sa pelisse de faux-loup.

2. Dialogue autour de Damiens.
-- Quelle est ton ambition sur ce texte?
-- Je ne sais pas. Plus j'avance et moins je comprends où me mènent les récits. Je dois t'avouer que ces champs qu'ils explorent me conduisent à avoir certaines idées curieuses que je n'avais pas auparavant. J'ai le sentiment de perdre toute cohérence. Mais je le vois plus comme un système qui se réorganise que comme un système qui s'égare -- pour reprendre Spinoza, qui se réforme. Je réforme mon entendement. Il arrive un jour où la musique dodécaphonique sonne à notre oreille harmonieuse. C'est de ça, dont il s'agit.
-- Alors ton histoire autour de Damiens n'est pas seulement un pastiche des romans d'aventure du XVIIIème mais aussi un champ d'exploration personnel, intime.
-- Oui, c'est ma propre intimité que je creuse et qui me laisse voir bien malgré moi la violence et la puissance, une violence pas forcément glorieuse et une puissance pas forcément rationnelle. Mais la puissance n'est pas rationnelle. La puissance conduit le corps à la consomption. La puissance est une illusion et le pouvoir en est une projection pratique... Je comprends mieux, grâce à notre dialogue, la fin de mon récit. La puissance est (certaienemnt) une illusion. C'est à creuser. Epiphanie et consomption en devenir.
-- Dis-moi, on a l'air connectés tous les deux?
-- Oui, on est bien connectés.

3. J'ouvre ton corps pour en détacher chacune des veines avec la délicatesse d'une dentellière.

4. "Tu ne me sembles pas avoir le vent dans le dos. Et je suis une voile".

11 sept. 2008

Orchesterstücke op. 10

0. Mon corps pris dans la chorégraphie balbutiante du tai-chi -- une allumette qui rêvait être un élastique.

1. Perez était un chien et il conduisait un tout-terrain.

(...)

6. Note de bas de page:
Lors d'une formation, j'avais rencontré un type, ex-taulard mis au cachot durant 20 ans pour (selon ses propres termes) "une erreur", lequel prétendait avoir aux yeux 11/10, là où mes mirettes ne dépassent guère les 4/10. Et lisant l'étonnement dans mes yeux lorsque je regardais les lunettes qu'ils portaient sur le nez (un nez percé de deux gouffres desquels explosaient comme des feux d'artifice des bottes entières de persils poilus, noircis au mauvais tabac) -- mon étonnement donc, face aux lunettes qu'ils portaient, il me répondit qu'elles lui servaient à atténuer sa vue bien plus que parfaite. Encore méditatif, je songe à ses lunettes atténuatrices, à ses 20 ans de prison pour "une erreur", à son hélicoptère, à ses berlines allemandes, à ses villas sur la côte et je me dis en pointant mon index droit sur la tempe droite et en lui imprimant de petits cercles concentriques, "mythomane, comme Alain Delon" (récemment lu une interview de Delon dans laquelle il dit "vous savez, j'ai joué dans 15 "classiques", vous comprenez pourquoi à présent je suis un peu sélectif". Il n'est pas prétentieux, son génie n'est qu'un symptôme de mythomane. Alain Delon ne brille que lorsqu'on le place au côté d'une source lumineuse. Il n'est pas lumière, il est phosphorescent.

9 sept. 2008

September song

1. Retour à la maison.

2. Cyclocosmia, là: x

3. On écrit un texte (3 tomes, une feuille, une somme) afin de pouvoir écrire le suivant -- lequel est finalement le même, à peu de choses près -- du vocabulaire, une posture, quelques livres lus, une trame, un autre récit, une autre matière, pour finalement raconter toujours la même merde.

4. Les grands hommes étaient des petits hommes qui voulaient être des grands hommes.

5. Les vieilles archives de 1997: tout ce charabia sans fin qui défrichait au lance-flamme -- on y trouve même de la noise (comme diraient nos amis du labo de poésie expé d'en face)

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L'introduction s'avère toujours décevante alors pourquoi ne pas commencer par un bruit blanc, l'un de ces bruits qui bien avant de déchirer les tympans réduit à zéro la mémoire de nos sens.


6. J'étais dans un parc près de Westminster Station -- quelque chose comme ça; le soleil ne donnait pas fort, des hommes d'affaire mangeaient des sandwiches en lisant le gratuit du jour (et vous, vous êtes apparus encore, une nouvelle fois comme une cible à atteindre, et cette fois-ci, je vous ai eus en plein dans le mille; vous n'étiez pas subitement devenus moins forts, mais j'avais compris que je m'étais trompé jusqu'ici: ce n'était pas l'innocence, ni la naïveté qu'il fallait endosser pour vous atteindre, mais dépasser le cynisme -- et garder le majeur en l'air encore quelques instants dans votre direction, en sémaphore --).


20 août 2008

a

1. Nous avions échangé des dizaines de lettres -- certaines très naïves, d'autres laissaient passer une certaine tristesse. Nous nous sommes retrouvés chez elle -- l'appartement était assez grand, un lit au milieu de la pièce, un bureau, des livres, une radio, des cassettes. Très vite, nous nous sommes rendus compte que nous ne pouvions pas nous parler. Nous restions au lit, allongés l'un à côté de l'autre, en communiquant par écrit dans un cahier que nous gardions entre nous. Ensuite je suis reparti et nous nous sommes encore écrits; et puis nous ne nous sommes plus écrits. Elle a certainement dû garder ce cahier. Tout était inconcevable; le mot dit était déjà un crime -- et le silence, dans son appel au repli, était la preuve éclatante de cette culpabilité.

2. Naïveté -> nihilisme -> ataraxie -> naïveté -> nihilisme -> ataraxie -> ...

3. Maintenant nous nous perdons quand il le faut -- dans l'acceptation des limites de nos volontés; nous ne sommes plus naïfs; tu as ce sourire quand tu lui ouvres la porte de ton appartement


et ma bouche cesse de parler, tu tournes la tête pour me regarder et ce n’est pas ton visage que je vois, ni ton sourire ni même tes yeux qui suivent le mouvement de tes bras, mais bien la forme que prend mon corps entre tes mains – tu me moules, me malaxes à l’exactitude de tes membres, sculptes mes bras à la longueur de tes bras et formes mes lèvres en un sourire quiet, rond et isolé de tout langage, sous la paume de ta main mes joues glissent glabres, de ta poitrine tu aplatis mon ventre se rétractant là, modèles mes doigts et en affines l’épiderme avec tes lèvres, sensibles éprouvent ta langue ciseleuse qui s’échappe sirupeuse, prends chair et forme, sensations chaudes et passives, mes jambes s’effilent patiemment, sortant d’une masse compacte qui se fond dans la tienne. Et tu creuses au milieu de ce corps

4. Les lieders de Webern.

5. "Le chapitre se termine par le récit d'une visite que le garde des sceaux, accompagné de trois à quatre seigneurs de la Cour, parmi lesquels, et sous un masque très-transparent, figure M. le maréchal de Richelieu, aurait rendue à l'exécuteur des hautes œuvres en son logis, sous prétexte d'examiner les chevaux destinés à l'écartèlement, et dans le but unique de les échanger contre d'autres dont le peu de vigueur devait prolonger les tortures du supplicié."

13 août 2008

Contre les chevaux

1. Rien.

2. Reprise de l'histoire autour de Robert Damiens, en guise de pause dans la labeur des centres commerciaux (H) -- tout effacer & tout refaire. La fin est prometteuse bien que le propos m'échappe totalement -- qu'est-ce que ça raconte, qu'est-ce qui se dit, c'est quoi, tu veux dire quoi là?
-- Je ne sais pas. Je suis comme ça. C'est le genre de choses qui me tiennent.
-- Qui te tiennent? Ou qui t'échappent?
-- Qui me dépassent et me portent parce que je sais que ça sera ça jusqu'à la fin. On ne naît pas presque mort et on ne décide pas d'échapper de ça sans que cela affecte un peu ta vie, ne crois-tu pas ?
-- Va.
-- Alors Contre les chevaux.

3 juil. 2008

#11

... et les nouveaux petits camarades à l'école leur demandaient où était leur maman et ils se taisaient, n'osant répondre ce qu'il (leur père) leur avait dit sur le tarmac, parmi les malles et les valises que les bleus portaient dans les soutes de l'avion affrété par l'armée "non, elle ne vient pas, elle reste ici, elle ne peut pas venir avec nous, non pas qu'il n'y a pas la place pour prendre toute la terre où elle se trouve, mais, mais, mais..., mais on ne déplace pas les morts et si on veut malgré tout les avoir à côté de soi, alors il faut rester où ils sont et s'enterrer avec; mais nous devons avancer, bien que cela ne soit pas elle (votre maman) qui nous freine -- les morts ne freinent pas, ce sont les vivants qui se donnent toujours des raisons (bonnes ou mauvaises) pour ne pas faire ou faire ce qu'ils ont à faire, les morts sont là parce qu'ils le devaient, et nous, nous nous battons contre ce que nous devons faire, ou non".

25 juin 2008

le centre, la périphérie

1. Le récit ne pouvait pas tenir; il n'est pas un personnage central -- bien qu'il soit le personnage principal -- il vit en périphérie d'une personne. Il lui fallait un centre, et ce centre, c'est moi -- et si Woody Allen interprète certains de ses personnages, alors pourquoi ne deviendrais-je pas l'un des miens -- cette entreprise littéraire commence à me plaire sérieusement!

2. J'ai demandé aux cartes si je devais récrire toute ma première partie et elles m'ont répondu "non, ce n'est pas nécessaire". Devrais-je continuer en tenant compte de ma présence.

2. Rien & tout.

3. Le Parrain 1, mais pas Le Parrain 2. Comme les américains disent: "BIG FUCK OFF".

4. L'esquive: je ne suis pas là où tu m'attends et quand je suis là, tu ne me vois pas.

10 juin 2008

Alors elle vint et alors elle tomba sur moi

Alors elle vint et alors elle tomba sur moi
la face rouge, la face verte -- les cheveux collés par la pluie sur ses joues vertes, comme des trainées filandreuses -- des rivières d'or filant à travers la verdure de sa peau et remontant jusqu'au creux des tempes (l'ivresse m'avait conduit à y poser un doigt -- "ça va pas là, ça va pas là" je répétais en tapotant (et tu riais -- et tu étais saoule -- et nous étions saouls -- et j'étais déjà saoul du son de ta voix, de ton Verbe -- de cette langue que nous formions, l'un & l'autre confinés dans nos mots, dans cette soupe -- salement saouls, nous avons parcouru la ville -- nous les gueules rouges, hululant tournant sur nous, tournant & faisant tourner la terre à la force de nos mollets -- comme un globe roule sous deux doigts en ciseau -- nous les gueules rouges, nous les gueules vertes -- "des roseaux, des roseaux" dis-tu alors en tombant sur le pas de la porte, "des roseaux", oui, tu te pliais comme du roseau et j'ai grimpé sur tes épaules et puis ensuite tu as grimpé sur mes épaules et j'ai continué tu as continué et nous sommes arrivés si haut qu'il nous faisait mal de redescendre, qu'il nous faisait mal de redescendre -- et c'était ça, nous comprenions, nous comprenions, nous les faces rouges, nous les faces vertes, ...

Lundi

1. Rien.

2. Rien.

3. Rien.

1 juin 2008

de la boxe

1. Scott Walker, the Drift.

2. "Toi, t'es un gros con, toi, t'es un gros con". Il s'approchait de moi en me faisant des doigts d'honneur. Je l'ai regardé, éberlué -- ici, je trouvais la première fois de ma vie un sens à ce mot --, et puis j'ai avalé ma coupe de champagne et puis je suis rentré chez moi -- et j'ai entr'aperçu toute la portée d'un par delà Bien & Mal -- les rôles avaient été donnés, et si j'avais été jugé, je l'avais été par contumace; mais il n'y a pas eu de barre, ni d'avocat, ni de juge avec son marteau, pas de salle des pas perdus, juste un code d'honneur qui m'a prêté le rôle du salaud. Mais faudrait-il aussi savoir de quel code d'honneur il s'agit ici, de quoi parle-t-on. Ah oui, de l'honneur des doigts.

3. La boxe est aussi l'art de l'évitement -- éviter les coups, c'est choisir ceux que l'on veut bien prendre et assumer.

22 mai 2008

Nx

1. De la fatigue, du bruit, de la course -- de la course du temps et de ma course dans les couloirs où foncent sur moi les gens qui sortent -- j'esquisse un pas, je les évite, laissant derrière moi une traîne de lumière en suspens quelques secondes et qui disparaît comme j'ai déjà disparu dans l'escalator. La lumière jaune écrase les visages des passagers, tire leurs traits jusqu'au sol et dans lesquels ils se prennent les pieds -- l'un tombe, le suivant le suit, le suivant du suivant le suit à l'identique au sol, nous tombons les uns après les autres dans un flot de râles, de bave -- les gueules déchirées.

2. Marcher toujours sur le même terrain vague comme s'il s'agissait de notre tombe que nous foulerions, pour bien tasser la terre qui la recouvre -- nous serions les fantômes aux chaussures lourdes, délaissés de la Cité, errants sans direction, entrant dans les appartements, et assis là dans un coin, nous regarderions vivre celles & ceux qui nous ont laissés partir -- sur les terrains vagues comme poussent des coquelicots dans les ornières, nous errerions d'immeuble en immeuble, pissant debout contre les murs, crachant sur ta gueule.

19 mai 2008

Transfiguration du centre commercial

1. Le centre commercial de Bergen, dans le New Jersey, abrite une église dans laquelle les clients peuvent s'y recueillir, entre deux achats.

2. Le récit circulaire: ne pas aller d'un point A à un point B, mais aller d'un point A à un point B pour en venir à un point A', point A transfiguré; le cycle se forme (apparaît) en raison de la transfiguration des éléments au point A (centre commercial, H, ville, etc.)

3. Le métro tombe en panne et puis repart. Une fois dehors, à une dame "c'est le genre de journées à la fin de laquelle vous êtes content d'avoir une assurance"; la dame regarde d'un oeil suspicieux.

4. Le lancement d'une nouvelle barre chocolatée pour le petit-déjeuner -- en présence d'une mascotte.

5. La transfiguration du centre commercial en corps vivant, chiant, suintant, pleurant.

18 mai 2008

dénuder les fils

1. Fantaisie militaire. Albert Ayler s'est finalement suicidé.

2. H: passer par le devenir-femme pour redevenir-homme. H se transforme en femme pour devenir un homme -- et se révéler pleinement dans la colère qui va le conduire au passage à l'acte. C'est en tant que femme qu'il va se révéler humain (Homme? homme?)

(Professeur Schreber)

3. Où Comment dans South Park, professeur Garrison s'affirme gay, devient par transformation Madame Garrison, jolie femme hétérosexuelle qui redevient gay-lesbienne. Pas seulement une bonne blague; un juste retour des choses.

4. Revenir à soi, c'est revenir aussi à l'habitude -- jeu d'actes répétés à l'identique qui ne lassent pas. Où comment on peut se coltiner tous les matins la même ration de biscottes, le même bol de nescafé au lait concentré sucré, ceci pendant 40 ans jusqu'à mort s'en suive -- une vie consacrée à la chicorée Leroux, à la Marlboro, aux bâtons d'encens après la cuisine, à la tisane, un corps entièrement lavé au savon de Marseille de la naissance à la disparition, jusqu'à usure de l'épiderme -- jamais on ne se lasse de toute cette consommation habituelle de produits de consommation habituelle et qui est à 90% (stat' molle) le contenu des grandes surfaces.

4b. Se définir par les habitudes les plus invisibles -- en dresser la liste.

[ ] Journée en mousse / [ ] Journée en carton

1. Se tourner dans tous les sens -- ne rien dire & entendre l'autre qui parle tout seul /s'il n'y a pas de solution.../ -- ouvrir les yeux et se retordre encore en fil de fer -- rouvrir encore les yeux (on ne sait plus quelle heure il est, c'est l'heure où tout commence à couler de partout et on n'a pas assez de mains ni de courage pour tout rattraper, ça coule sur les épaules, la gueule, le corps, ça déborde de toute part), ça vient et on le prend comme tel -- des vérités qui s'énoncent (être une merde, tout est vain et tout ce qui a été dit est inutile, tout ce qui a été fait ne valait rien (et on énonce le je) et je ne suis rien, je suis celui qui prétend, qui prétend rien, qui ne sert à rien, ne *te* sert à rien, n'a rien fait, ne fait rien de lui ni des autres, ne bouge pas, se pose dans le ridicule -- et toi qui apparais alors dans le champ des autres, où les nuances entre les personnes n'existent plus, le monde se répartissant en deux groupes distincts, eux (vous) et moi

(et on sait que cela ne va pas durer parce que derrière les oreilles, il y a un système de sécurité qui va reprendre la main, qui va relativiser la situation mais là, à l'heure qui ne figure pas sur la montre, on dégueule, on continue les yeux ouverts, on ne se donne plus de limite)

(on se dit) tout cela n'est rien, ne vaut rien, ce sont les autres qui ont raison -- les vautours, les parasites qui dévorent les humains et les lombrics qui bouffent les cadavres -- on se dresse: tenir droit, tenir ferme, dans la patience -- et ils se précipitent et ils ingurgitent et on reste témoin de nos infimes désastres, impuissants. La rage sourde se terre

(on se dit) qu'on ne figure sur aucune carte, que nous ne sommes ni des montagnes ni des mers, ni des rivières et ni des plaines, ni des villes et ni la maison où l'on a grandi et encore moins le lit dans lequel on va mourir un jour, nous sommes des roues voilées qui allons sur ces cartes, dans ces lits, dans ces maisons -- loin du monde où les autres figurent, et auxquels on ne peut pas parler, parce que notre corps s'arrête là. Alors nous allons, sur nos territoires en nous forgeant un destin -- rationalisant là nos idées, moulant une histoire que l'on parcourt avec une délectation morbide

(on se dit) on périme. Alors toi qui apparais dans le champ des autres, tu te recroquevilles à nouveau /s'il n'y a pas de solution.../ tu disais, et je me retourne encore une fois.

(on se dit) tout est vain et ils ont raison. Tu es un imposteur.

(on déroule le bras, on referme les yeux, on place la jambe gauche sous la jambe droite) on ne se dit plus rien.

2. La logorrhée.

3. [ ] journée en mousse / [ ] journée en carton

4. Comme un mur qui rencontre la tête.

13 mai 2008

Naissance du boxeur

0. Un boxeur qui ne sait pas danser est un boxeur condamné à finir à terre.

1. Ses bras se contractent autour de son visage -- avec ses poings, il arrête les attaques de son adversaire, mais parfois un coup franchit la barrière -- il saigne à l'arcade, il s'essouffle, reprend sa respiration tout en resserrant l'étau autour de son visage -- ses yeux se plissent et il tend le poing gauche qui bute sur les avant-bras de l'autre -- il frappe & encore il bute & il frappe et ses jambes sautillent -- il tourne autour comme l'on danse autour d'un feu -- il garde ses distances et la distance qui le sépare a la longueur de son bras (ne pas trop s'approcher, ne pas en être trop loin, garder la mesure en dansant autour -- un compas qui tourne et trace des cercles, garde ta gauche, garde ta gauche, frappe, et garde ta gauche -- dans les cordes, il le pousse et l'autre vacille, il lit sur ses lèvres qu'il va le tuer, qu'il va l'écraser -- maintenant il s'approche encore plus et la distance qui les sépare est si faible qu'il sent son souffle sur son visage -- tue-le, tue-le -- il est à découvert mais n'a pas le choix, il bourre le visage sur lequel ses poings rebondissent, sur son ventre contre lequel ils s'écrasent -- l'autre s'accroche, mais l'arbitre les sépare (il y a toujours une bonne âme pour séparer deux ennemis, non pas pour que le combat cesse mais pour que les deux parties puissent se voir à nouveau, se regarder droit dans les yeux et s'abattre l'un sur l'autre dans la plus totale des raisons).

2. Il faudra revenir sur cette histoire, ne pas l'oublier -- ne pas l'oublier, c'est m'en souvenir chaque fois que des éléments identiques se mettront en place afin d'acquérir des réflexes de survie (une part de l'instinct est paralysée) -- garde ta gauche, garde ta gauche, frappe & frappe.

3. La conspiration ne se prépare pas au fond d'une cave mais en place publique.

4. La nausée, Sartre.

5. La psychothérapie de groupe consiste en un dortoir rempli de divans disposés en soleil autour d'un fauteuil; les patients s'allongent, tête vers le thérapeute assis au centre du cercle, et parlent tous ensemble (ou non) -- sur son carnet, le thérapeute note la mésentente.

11 mai 2008

Trouver l'animal

Le cheval? La vache? La poule, l'oie, le cochon? La girafe...? ... le crocodile...? Mmh... plutôt un volatile, une bête qui peut disparaître dès que le danger arrive -- pas obligatoirement un oiseau rapide, plutôt même un oiseau bien lourd, un bien qui-sait-pas-trop-volé. Exit donc le pigeon (quoique), exit la colombe (non). Alors?, le serin?, le pinson, le rouge-gorge, l'hirondelle? Mmh,... le coq, la poule -- tiens, intéressant, bien qu'elle ne vole pas vraiment et que ses horaires ne correspondent pas avec l'individu. Exit donc la poule, au regret. Et puis son plumage n'est pas des plus rutilant. On gardera tout de même l'aiguisé du bec et la rapidité à l'attaque fourbe. Mais l'animal doit être beau, attirant. Des couleurs vives, des longues plumes. Et un quelque chose d'intelligent bien que pas vraiment capable. Un truc lourd, avec des couleurs, un semblant d'intelligence, qui sache voler mais plutôt pataud. Mais oui! C'est le perroquet!

17 févr. 2008

papier crayon

1. Prendre des notes sur un carnet, avec du papier et un stylo.

2. gerry, 2 types dans le désert.

3. Tenir un blog qui n'est suivi par personne (ni même par moi).

4. Faire le gerry.

5. La tentation de Nicolas Sarkozy d'en venir à la martyrologie. Ou comment en mettant du mystique dans ses propositions (le devoir de mémoire pour les enfants de cm2 -- entendu à la radio, de sa bouche: "faire cadeau de la mémoire"; mais on ne fait pas "cadeau" de la mémoire, la mémoire se transmet, se porte), du mystique, il va en arriver à la morbidité fascinante que des régimes fascistes aimaient entretenir. Le devoir de mémoire comme outil/instrument pour se rattacher aux ressentiments historiques, ce terreau duquel émerge l'aveuglement pour une cause. Ouvrir les yeux maintenant et ne surtout pas déconnecter.

25 janv. 2008

bashfr

1. H. est entré dans la banque et il ne devrait pas tarder à en sortir.

2. La proposition est bonne: dans un garage, une cave, une chambre, un groupe prépare quelque chose avec patience; leurs mains travaillent vite mais leurs visages sont concentrés, parfois l'un raconte la dernière blague à la mode, les autres rient. On boit un café, on repense encore à une meilleure solution on devrait peut-être faire comme ça, ça me rappelle cette théorie, oui, c'est ça, je te le ramène demain si je le retrouve. Quand il est trop tard, l'un s'endort dans le canapé, l'autre rentre chez lui, se pose une dernière question en enfilant sa veste, un autre prépare du café "j'ai fait du café" dit-il à ceux qui restent. On reprend où l'on s'était arrêté, on reprend la conspiration. Nous serons des héros de guerre.

3. Le raisonnement analogique, l'analyse systémique -- quelque chose m'avait plu, il y a dix ans, dans ce bordel systémique (positive feedback, negative feedback, etc.); reprendre le dada là où je l'avais laissé.

4. Ne pas s'effondrer.

5. mmh!...


[15:03] vento:
taing c't'sieste
[15:03] vento: j'adore trop ça dormir dans les chiottes
[15:03] vento:
[15:04] david: tu devrais faire clodo alors!
[15:04] david: c une réalité au quotidien ça !

21 janv. 2008

Tout-terrain

1 Ne pas assez dériver. Pratiquer le tout-terrain.

2. Glenn Branca: nous devions être en 1994, en juin, la fête de la musique; nous avions sorti les amplis en face de Phonodisc et pendant plus d'une demie-heure, nous avions joué le même accord -- peut-être même que les cordes de nos guitares étaient accordées sur la même note, mais je doute. Je me souviens très précisèment que Michel Cloup s'était arrêté et nous avait regardé d'un air dubitatif. Parfois les noms de mes acolytes me reviennent (Pascale Rivière, Louis Rou(h)au(d) (?), Guillaume Desanges, et.)

3. Selby, Waiting period.

14 janv. 2008

Retour à la boue

1. 2007.

(Ai retrouvé le mot de passe)

2. Un an et plusieurs mois sans écrire. Comme si internet obligeait à ce qu'un site -- un blog, une page personnelle, un myspace, un bidule, un truc -- soit en perpétuelle activité, soit la proie du diktat de la perfusion/profusion. Alors que l'absence est aussi un propos -- c'est un grand classique. Ne jamais le fermer même en la fermant. Un trou, c'est une bouche qui ne dit rien.

3. Après des tergiversations, revenir à H.; toujours dans la boue, le pov' Habib qui rumine sa colère. Un jour, promis, il va vomir.

4. 2008.

1 juil. 2007

juillet

1. Les voitures brûlées sur le trottoir d'en face.

2. L'idée serait de faire l'un de ces héros dont les traits se retournent contre lui-même -- il échapperait pour ainsi dire à l'image qu'il renvoie; le modèle se déplacerait du portrait fait.

31 oct. 2006

la voisine (2)

1. Aujourd'hui, elle était en retard -- du moins fallait-il qu'elle pense l'être pour devoir traverser l'avenue en trotinant. Elle a écouté de la musique sur un lecteur portable de cédés, après avoir sauté la plage 4, elle a écouté à deux reprises la plage 6. Je n'ai par contre pas su ce dont il s'agissait. Elle avait cette fois-ci un cartable en simili-cuir; elle n'est pas descendue à l'arrêt habituel; elle avait ses cheveux attachés en chignon. Elle aurait des doigts de violoniste.

2. L'ecueil à éviter: la digression transgressive; garder la ligne droite, ferme. Réintroduire Habib dans son milieu, sa vie au quotidien, les voisins, les connaissances, les rapports qu'il entretient avec les autres. Introduire un voisin, une voisine, quelqu'un qui sera l'oeil neutre, dépourvu de tout affect, de toute émotion -- un oeil comme une caméra, jugeant à tout va et qui ne dit rien, mais n'en pense pas moins.

30 oct. 2006

les digressions

1. Elle habite dans le quartier; je l'ai observée quelques secondes descendre la rue, marchant d'une allure un peu voûtée, comme déjà âgée. Dans le bus, suite à la descente de plusieurs passagers, nous nous sommes retrouvés face à face -- séparés par la présence d'un autre passager, debout, et qui avec son bras cachait une partie du visage de la jeune femme; ce qui m'a permis d'observer plus en détail et ceci sans être vu, sa bouche -- petites et fines lèvres sur lesquelles glissent un sourire que je ne soupçonnais pas --, un menton rond, des petites fossettes et ses doigts qui tenaient un biscuit chocolaté qu'elle mangeait à deux mains comme un petit écureuil.

2. J'ai commencé Les trois amours des soeurs Piale de Richard Millet. Ses digressions m'ont permis de prendre conscience que la digression ne doit pas être un hasard d'écriture mais un point vers lequel l'auteur amène, à son insu, le lecteur; lui donner une information, faire naître une émotion dans les sentiers battus du récit principal.

10 juil. 2006

L'envergure

1. Douleur à l'oeil gauche; dormi à poil, très mal -- la gorge sèche, mon lit encombré par des hordes d'italiens qui ne cessaient de tomber comme des feuilles, entraînés par Francis Huster. Je me souviens de cette phrase terrible de Robert Walser dans je ne sais plus quel bouquin: "l'italien est moyen". J'ai définitivement décidé d'arrêter de regarder les Sopranos et ne consacrerai plus mes loisirs télévisuels à regarder Plus belle la vie.

2. Nous n'avons pas signé de contrat, mais c'est tout comme: http://www.angstrom-records.net/

3. La douleur à l'oeil gauche est insurmontable; je vais fumer une cigarette.

24 mai 2006

non

Tu peins, tu composes, tu sculptes, tu écris, tu blâmes le monde de n’être qu’une grande surface, tu exposes, tu dis, tu inventes, tu chantes, tu crées ton présent en un théâtre sans spectateur, tu classes, tu tries, tu coupes, tu cisailles et colles des bouts de papier sur une feuille blanche, tu cut-ups et tu souffles dans un tube, et d’un bout de verre tu en fais une pièce unique, et tu brûles, et tu joues, et ton cœur bat comme tu entres en scène, tu crées un présent en un théâtre sans spectateur, et l’on t’applaudit, te félicite, t’encourage, tu existes parmi des millions comme toi, tu est nous et nous sommes infidèles à l’histoire qui n’est plus qu’un grand sac où la main plonge et en sort un morceau peint, composé, sculpté, écrit, retravaillé jusqu’à l’appropriation comme un vol qui aura la valeur de celui qui l’aura volé, samplons, agissons là, peignons, composons, sculptons, écrivons, blâmons le monde, exposons, disons et inventons, chantons-nous le cœur rempli d’une foi aussi puissante que notre impuissance à ne pas voir que tout cela n’est que de la merde.

23 mai 2006

ackles

1. A la recherche du Candy man mythique, tomber sur un titre qui n'a aucun rapport et qui caresse l'oreille comme elle tord fébrilement les tripes, Candy man par David Ackles, illustre inconnu songwriter américain des années 70.

2. Retrouver le courage pour me remettre au dac.

3. Avant tout, il y a le Nom. Avant tout, il y a le Nom -- bien plus que celui que l'on a, mais celui qui nous représente, et celui à travers lequel le Nom nous représente (?).

4. Rechercher le sens en tout cela; ce n'est pas assombrir inutilement des journées entières, mais c'est rechercher ce dont on est fait et qui mène, invariablement. A la suite de cela, il y a la liberté de penser, de juger, d'agir comme bon il nous semble. Mais avant, il y a cette perte de sens, et se saisir de ces instants comme un acrobate de son trampoline, même s'il a le sentiment, durant un court instant, de tomber dans le vide.

18 mai 2006

861

1. Acharnement sur le BWV861; il est maintenant plus délicat -- mais je n'en suis qu'à la 5ème mesure et la route est longue de 20.

2. Avoir trouvé le nom et se sentir enfin en sécurité -- et sentir celui-ci comme une porteuse.

17 mai 2006

mercredi

1. Avancement dans Faction.

2. Au travail, ce sont les vacances; fumer une clope, jouer à un jeu, écrire, faire semblant.

3. David Chatenay vit maintenant à San Francisco, il a une moto et va à des concerts de Sigur Ros; Yann Romagnoli est marié, a deux enfants, et fait des photos très jolies. http://www.photo.net/photos/yannromagnoli.

4. Moi, je vis à Toulouse, j'ai un vélo hollandais, je n'ai pas d'enfant, et je fais aussi des photos http://www.flickr.com/photos/90531613@N00/

5. Toute la journée, je fais de la calligraphie; j'en suis à la lettre S, que je trace assez rapidement, dans le plus pur style de l'écolier appliqué. Et je me dis, en revenant de la machine à café, que j'apprends à écrire.

6. Comme des millions sur terre, je passe ma journée à regarder les culs et les nibards.

16 mai 2006

ex-girlfriend club

1. Je répétais mon BWV861 que j'avais siffloté toute la journée, quand je me suis arrêté subitement; à dire vrai, je me suis arrêté quelques secondes et puis j'ai frappé du poing gauche le piano (mi-fa-sol), et de l'autre main j'ai tenu trois notes mécaniquement, dans la plus claire des lucidités et ceci pendant plusieurs minutes, peut-être même pendant des heures, voire des années (je ne me souviens plus), le temps passait vite, enfermé dans ma rage et cognant sur les notes et ces mots comme ces notes cognées qui revenaient "rien sera toujours, rien sera toujours, rien sera toujours, rien sera toujours".

2. Le titre Ex-girlfriend club sur le dernier album de Television Personalities est effroyable -- combien sommes-nous là dans la rage la plus sourde, la plus muette. Alors nous faisons du rock.

15 mai 2006

sortie du tunnel

1. Je ne sais plus où j'ai écrit cela -- je me souviens juste de l'avoir pensé, et j'ai dû le penser si fort que j'ai l'impression d'avoir donné à cette pensée fugace tout le poids des mots écrits --: l'année 2006 a enfin commencé, le jeudi 11 mai 2006, l'année 2005 a pris fin. Bonne année!

2. J'envie ce type (Trondheim); je passe tous les jours sur son blog, et je me dis que j'aimerais avoir sa capacité de production; il fait quoiqu'il arrive, avance comme un bulldozer.

3. Ai regardé tout le week-end la seconde saison de Curb your enthusiasm, c'est rudemment bien.

4. Ai commencé à prendre des notes pour Faction (titre provisoire). Dans l'idée saugrenue d'aller plus vite, je me dis que ça serait bien que je réalise une petite application qui me permettrait d'écrire; et je me rends compte une fois de plus que c'est une manière détournée pour ne pas m'y mettre réellement. La barbe!

29 avr. 2006

deux choses

1. Elle n'a pas tort, finalement, de se chercher un nom, de vouloir s'en approprier un. Un jour, on deviendra un autre parce qu'il n'est pas possible d'être celui que l'on ne reconnait pas, à travers celui que l'on nous approprie à tort, à notre encontre. Peut-être est-ce finalement ça, rentrer dans la clandestinité, dire: "ce nom, ce n'est pas le mien, et ça, je ne peux pas le faire sous mon nom; celui qui porte ce nom ne peut pas faire cela, il n'en est pas capable". Un exemple risible, mais symptômatique, révélateur de cette aspiration humaine se retrouve dans les comics: un jour, un journaliste, un fils à papa, décident de devenir un autre, non pas pour cacher leurs méfaits, leurs actions; ces actions, ils ne pourraient pas le faire sans ce pseudonyme, cet autre nom qui leur révèle comme un masque leur véritable puissance. Spiderman n'est qu'un pauvre minable, Batman n'est qu'un névrosé richard. Et William Falkner n'est qu'un ivrogne incapable d'écrire l'oeuvre de William Faulkner, et Pessoa avait dans son placard des costumes, des vies différentes qui lui ont donné une plume. Alors entrer dans la clandestinité et devenir un autre, parce que c'est dans ce territoire où les choses se passent -- où l'on doit se frotter; le travail n'est pas d'être là, avec ce nom de carte d'identité, lourd comme un repas de famille de fêtes de fin d'année, mais d'être en dessous, pleinement nous même, monstrueux et honnête.

Et puis plus tard, on redeviendra celui que l'on est, au pire, cela sera au-dessus de la date de naissance et de la date de décés, sur la tombe, un nom dans du marbre. "Il a écrit des livres et il est mort".

2. L'épreuve du divorce et la garde de l'enfant; aujourd'hui j'ai compris ce que j'éprouvais: la rage des pères auxquels on leur refuse de voir leur enfant. Tomber dans l'amertume après une injustice est un signe de faiblesse; c'est tout autant réconfortant que c'est lamentable. A l'heure actuelle, je pourrais en venir à la violence; mais j'apprendrai beaucoup plus en me concentrant sur la rage, et prendre cela non comme un affront mais comme une déclaration -- non pas spécifiquement contre la mère de notre "enfant" mais -- contre l'empire de la Dévoration -- et celle-ci n'est pas une singularité de l'esprit capitaliste, il existe partout, chez les cocos, les totos, les anars, les fachos, partout où l'être humain traîne les guêtres de l'arrogance colonialiste, impérialiste "qui n'assume rien". La violence ne serait donc pas la réponse et répondre par l'arrogance -- qu'il soit à travers le silence ou le déni -- n'est également pas une solution; on y perd notre dignité, la fierté d'être resté aussi longtemps debout; et cette réponse-là -- agir par la violence, la destruction arrogante -- est vaine parce qu'elle détruit cette impatience, ce frein rongé durant tout ce temps. La réponse à cette merde, c'est de ne surtout pas baisser la tête, que cela soit pour rentrer dans le tas où pour se lamenter du mal fait. Garder la tête haute; non, non pas garder la tête haute, parce que nous l'avons déjà haute tenue, visant au loin.

27 avr. 2006

de

1. L'inexistant. Alors on se met dans la position de celui qui n'existe pas, que l'on ne voit pas, ne veut pas, celui qui se réduit à un petit scrupule dans la tête de celui qui fige un instant son regard et tourne la tête, reclus dans son arrogance, continue son chemin, fait son film où il est acteur d'une histoire qu'il espère être le héros -- et celui qui reste là sourit, se repend, se tâte le corps, pourrait sombrer dans l'amertume.

2. Mais ne sombrera pas dans l'amertume; cela se fera avec la rage ou ne se fera pas. Dans le scrupule de celui qui a tourné la tête, poussent déjà les racines de la tragédie qui se jouera un jour.

3. Mais on sait où l'on est, maintenant. Dans quel secteur cela se passe. Et sachant dans quel secteur cela se passe, il n'est plus nécessaire d'y jeter le moindre regard, là où le repus de suffisance ne cesse névrotiquement, hystériquement de se chercher dans le regard de l'autre -- fût-il ignoré la plupart du temps. Dans son coin, l'inexistant avance, sans amertume, la rage marquant son allure.

25 avr. 2006

Privé

1. J'ai l'imagination fertile, celle qui pousse à se parer des habits du misérable, du méprisé.

2. Ce soir, reprise de Habib dans un aveuglement -- ne pas savoir ce qui s'écrit. Mais ça m'a l'air de sonner juste -- pour une fois.

3. Cette satanée époque qui n'en finit plus de ressembler à une vieille dame qui sur son lit de mort, ne cesserait de regarder dans un miroir, le regard qui traversera son visage à l'instant de sa mort -- saisir cet instant par goût du sinistre apitoiement. Ne pas participer à cette mascarade. Rien. Nada. Ne pas céder sur ça.

18 avr. 2006

Accorder

Relecture des premières pages de Habib; elles me sont aussi étrangères que si je n'en avais pas été l'auteur. Rien ne m'intéresse parce que je n'entends rien derrière, aucune voix, aucun souffle qui parle, seulement des mots qui s'alignent, racontent une histoire. Peut-être ne suis-je pas fait pour ce genre de récit -- dont je voudrais qu'il soit tragi-comique, subtile, où le héros serait à mourir de rire et d'une absurdité abyssale.

Et puis vient la réflexion suivante: peut-être que l'écrivain devient lorsqu'il n'est plus dans un souci d'écriture. Peut-être (ah ce fameux peut-être qui dynamite les doutes et assagit les certitudes) suis-je là en train d'écrire une histoire, et non de faire de l'écriture -- puisque tel est ce projet, qui est avant tout de raconter une histoire.

Rien n'est fini.

2 janv. 2006

rewind

A acheter (par ordre d'importance):
- une nouvelle paire de lunettes,
- des étagères,
- une carte-mémoire pro duo de 1Go,
- une guitare électro-acoustique,
- un concert de David S. Ware

En tête:
- Habib,
- La gourmette de l'homme-tronc,
- Matsakis

6 oct. 2005

Bérurier noir

1. Mal à la gorge.

2. Avec du recul sur l'époque, les disques de Bérurier noir sont loin d'être mauvais. Bien plus que cela, ils sont historiquement importants. Tragiques, grotesques, ils sont révélateurs de ce que les années 80 a été: la fin des squatts, l'émergence et la mort d'une certaine idée de l'alternatif. Les années 70, post-68 n'ont jamais été alternatives; tout ceci n'était que flan situ, de la mise en spectacle égoïste, égocentrique. Les punks de la clique à Pacadis n'étaient que des clubbers hypes, tellement stupides qu'ils préféraient s'en foutre et tourner à l'héroïne. Les béruriers noirs, leur boite à rythme drm16, leur guitare et leurs cris, sont musicalement a-typiques, avec quelques brûlots comme jamais la France n'en aura jamais produit -- peut-être faudra-t-il attendre Noir désir pour avoir à nouveau envie de lever le poing comme un manifestant excédé, prêt à la révolution, à la nuance près que la révolution de Noir désir était romantique, poétique, petit-bourgeoise, accessible parce que réalisable dans l'hypothétique monde-poétique; l'idée de la révolution bérurière était réaliste parce qu'elle s'ancrait dans la réalité et sonnait comme déjà jouée, futile, une futilité surenchérit par l'idée de la fête, du grotesque, du pitre absolu. Danser sur les décombres parce qu'il n'y a plus rien à faire, durant ces années 80, tout est déjà fait (ou bien: la guerre est déjà finie depuis longtemps). Comme s'acharner sur un cadavre qui ne bouge même plus.

30 sept. 2005

rien

1. Les journée courtes.

2. Le clavinova, sa place dans l'appartement et dans la journée.

3. L'autre & et le nous.

4. Chercher un travail.

5. La difficulté de se suffire de cela.

11 sept. 2005

la place inoccupée

Entre Habib, les deux filles, le banquier & son sous-fifre, il manque un type: Dieu.

8 sept. 2005

rien

1. Rien.

2. -- être écrasé par tout ce qui nous entoure, ne rien mener à bien, et dans le désarroi le plus total, se rendre compte que tout cela est vain, que tout cela n'est qu'une illusion de plus. Nous ne sommes pas des grands hommes, peut-être nous ne sommes même pas des hommes, à peine des petits animaux qui se promènent la tête pleine d'idées, de rêves qui s'éparpillent tout autour de nous et que nous enjambons lorsqu'ils se dressent face à nous, en montagne blanche d'éternel. Nous n'avons pas la force de nos rêves. Engoncés dans nos certitudes, il nous a fallu du temps pour comprendre que le miel que nous goûtions était du vin aigre, que l'histoire que nous nous inventions se suffisait à elle-même dans cette vie où nous ne prendrons pas pied. Là-bas elle se poursuit, continue son chemin et lorsque certains parfois l'atteignent, nous ne pouvons cacher notre rancoeur. Alors nous dans l'air salé, les poumons broyés par le vent des côtes, le soupir de la mer reflue à nos paupières clignotantes, "non je ne pleure pas, c'est le sel" nous disons, nous ne sommes des hommes que lorsque nous sommes un arbre qui ne veut pas plier sous les rafales.

Alors nous voudrions revenir à ces choses bêtes que les enfants ne goûtent pas tant ils se fascinent à être des pirates sur une mer inconnue. Il n'y a que les adultes qui croient à la douceur du soleil, aux courbes d'une fille, à la caresse de la sieste. Nous aimerions des vagues -- des petites vagues qui viendraient lécher notre peau tout le long -- nous aimerions des vagues à l'écume asserrée autour de nos chevilles. Et regardant l'océan avaler nos pieds, nous ne pourrions nous empêcher de plonger nos yeux dans l'infini azur, comme cracher ce que nous ne pouvons pas avaler.

3. Cette semaine: Zulma & Corti de retour à la maison.

4. Ai décidé d'en finir avec toute la matinée de Habib. Pour me faire une idée.

4. Rien.

7 sept. 2005

rien

1. L'automne.

2. Morne & terne.

3. Rien.

4. Revoir Habib, le reconsidérer, comme celui face au cynisme & au mépris, dans le désarroi que cette parole provoque tant elle semble sonner si juste, si parfaite, si impeccable -- cette parole cynique; non pas la naïveté, parce que la naïveté ne peut pas exister dans cet univers-là coulé dans le béton. Y croire encore.

5 sept. 2005

la ville en carton

1. Aller-retour à Blagnac. Se surprendre à parler à voix haute, à insulter les petites résidences couleur pate d'amande, aux formes dégueulasses.

2. Entretien avec Syl., erasmusienne de ma promo. Tendue, un peu triste, le boulot a l'air ennuyeux, sans grand intérêt. Il ne m'en faut pas plus.

3. Lecture de Jusqu'à Faulkner de Bergounioux, clairvoyant & judicieux. Magnifique comme un pays qui se meurt. Et cette lecture est d'autant plus intime que Bergounioux a fréquenté le lycée où j'ai été. Je me dis que pour saisir Faulkner, il est peut-être nécessaire d'être passé par là, par la campagne, les petits mots des petites gens, les potins, les destins qui s'arrêtent au seuil du canton, où l'horizon est la grande ville, la grande ville dont on en revient silencieux ou menteur, cachant les trésors que l'on y découvre parce que l'on ne partage pas ces choses qui n'ont pas de prix à ces personnes qui les jugent sans valeur, pour lesquelles cela vaut bien moins que rien puisqu'elles n'ont jamais eu le droit d'exister.

4. Magnifique comme un pays qui se meurt.

1 sept. 2005

journée

1. Longue journée, manque de sommeil.

2. Contact pour un autre boulot. Lettre de réception de Rouergue.

3. Des convictions.

faire le point (.)

1. Ai rêvé de l'enterrement de mon père: j'étais dans ma chambre; il y avait ... assise sur mon lit avec laquelle je discutais. Je lui demande si elle connaît un type, elle me répond que Lu. l'a connu mais qu'il est taré; elle me parle d'un autre type, avec insistance.

Le rêve digresse sur une séance de répét' où Ch. me demande si j'utilise pour les rythmes de la delay "c'est pas mal aussi" (...)

Dans le souvenir que j'ai des séquences, on revient à l'enterrement. Visiblement, Ch. est là pour l'enterrement. Ma mère a une photo de mon père à l'hôpital, sur laquelle il est assis dans un lit, habillé en blanc; il ferme les yeux (comme sur certaines photos ratées); il est encadré (tête, buste) d'une halo blanc; ma mère dit que c'est le docteur qui a placé un miroir, pour que la photo puisse être prise. La photo est assez travaillée (arty), recoloriée à la main (les parties noires, avec des petits tirets, des coups de pinceaux).

Il y a ma soeur et mon frère; je discute avec ma soeur; on se dit que c'est libérateur -- comme un poids qui tombe enfin. L'enterrement est strictement réservé aux très proches (ici, on n'inclue même pas la famille; on se dit qu'il faudrait inclure les amis proches; c'est là que Ch. apparaît).


Le rêve digresse (ou se mêle, ou il s'agit d'un autre rêve), une espèce de course poursuite à travers/filigrane/basée sur Ulysse de Joyce. (...) il y a un petit chien nain, style bâtard qui s'appelle Silo et qui porte un petit pull blanc/jaune/crème sur lequel il y a marqué/pas marqué Logic; l'ensemble (pull+chien) s'appelle syllogisme. Dans mon rêve, je me dis qu'il faut que je regarde dans un dictionnaire pour savoir ce que veut dire syllogisme. (...)


SYLLOGISME, subst. masc.
A. LOG. Raisonnement déductif rigoureux se fondant sur les rapports d'inclusion et d'exclusion des propositions sans qu'aucune proposition étrangère soit sous-entendue:
Les hommes, qui se mettent toujours en garde contre l'imagination qu'ils n'ont pas, se confient plus volontiers aux écrivains qui bannissent des discussions philosophiques le talent et la sensibilité, comme s'il n'étoit pas au moins aussi facile de déraisonner (...) avec des syllogismes qu'avec de l'éloquence. Car le syllogisme, posant toujours pour base qu'une chose est ou n'est pas, réduit dans chaque circonstance à une simple alternative la foule immense de nos impressions, tandis que l'éloquence en embrasse l'ensemble.



Je suis avec un type, et nous cherchons quelque chose. Il y a des tentatives, et chaque tentative -- qui correspond à un épisode du livre -- se solde par une conclusion/un rêve/un dessin animé (un dessein animé) où il y a un ou plusieurs petits trombones (les bouts des trombones étaient les yeux, avec pupilles et sourcils) qui résument comme des logos cette tentative. J'ai le souvenir très précis que l'un de ces dessins m'avait fait rire, à propos du timbre; l'un des trombones était en U et l'autre, également en U, frappait dessus, comme un diapason. Il y avait une plaisanteries/jeu de mots sur le "timbre" (ou résonance) qui se produit du côté de l'une des branches mais pas sur l'autre; je ne me souviens plus de la blague, mais j'avais trouvé plutôt ça pertinent -- dans le style "quelle est la différence entre un homme et une femme ? -- c'est blablabla (ahahahah)"

On se dit avec le type que les tentatives/aventures sont longues et compte tenu de l'épaisseur du bouquin, on est loin d'avoir trouvé. Il y a avec nous d'autres personnes; l'ambiance est "début de siècle" -- un type porte un chapeau-melon, épaisse moustache --, un peu comme une petite bande de bourgeois/allumés (genre Philéas Fogg) qui sont également à la recherche de cette chose -- qui s'avère être une personne; comme un meurtrier, mais ce n'est pas aussi violent, il s'agit d'une personne, de retrouver sa "classe" sociale ("c'est le fils machin")

(...)

28 août 2005

a

1. Il entre -- ils le savent parce que la porte vient de claquer, comme toutes les fois qu'il entre ou qu'il sorte. Il s'installe à table, les autres arrivent, un à un. Il (lui) demande à l'autre (lautre) d'aller se laver les mains parce qu'elles sont sales, alors même que les siennes (à lui) sont noires de graisse.

2. Le plus impressionnant est de se rendre compte que le pouvoir qui s'exprimait-là n'avait aucune ascendance, aucune prise; ce n'était ici qu'un caprice, une tentative désespérée de pouvoir -- et qui fonctionnait évidemment dans l'instant, mais une fois cela passé, une fois que la porte avait à nouveau claqué, le pouvoir n'existait plus. Il n'existait pas. C'était un Dieu en contre-plaqué. Et maintenant, il est de pacotille.

25 août 2005

du patafix dans la saucisse

1. Fait:
- envoyé le manuscrit (Rouergue)
- envoyé cv (trop tard)
- rdv à l'asso
- lecture de la bio. sur Faulk.
- ai réfléchi à l'autre bouquin

2. A faire:
- ménage
- réparer la platine (oublier la solution de la patafix)
- trier les disques
- Habib
-
retrouver les scripts php
- faire manuel d'utilisation
- réfléchir sur ce qui rend
- finir paperasse (& mise à jour chez E.)

3. Morne lassitude. Le voisin-bricoleur finira au bout d'une corde.


24 août 2005

du patafix dans le moteur (2)

1. Retrait du patafix. Retour au 33trs version 45trs. Reste à trouver la bonne vitesse.

2. Kook est mort. Un de plus. Après Steiner & pH. Moi aussi un jour je disparaîtrai laissant derrière moi des tonnes de messages idiots sur des forums idiots.

3. Achat en vynil de Blasé de Archie Shepp, de f#a#etc. de Godspeed.

4. A faire:
- envoyer cv
- envoyer manuscrit
- mise à jour chez E.
- trier les disques
- faire paperasse

5. Fait:
- envoi loyer
- tentative réparation de la platine
- réception & feuilletage d'une biographie de Faulkner
- rendez-vous à l'asso.
- achat d'enveloppes, de stylos
- achat d'une revue, café, manger -- pas de sieste
- lettre de motivation, mise à jour du cv

6. A faire pour demain:
- envoyer lettre de motivation & cv
- faire paperasse
- envoyer manuscrit
- trier les disques
- mise à jour chez E.

(ce qui est kif-kif pareil que ce matin. Grr.)

7. Hier:
- Z. m'a appelé hier soir. Ca m'a collé directement une migraine. Non, je n'ai pas envie, et je n'ai pas envie de donner d'explication. Mais pourquoi ? J'ai changé -- oh la belle bleue!
- passage du morceau-tro-bien sur Qbase

8. Ca fait 19 ans que j'écoute Brotherhood de New Order.

9. Rien.

23 août 2005

du patafix dans le moteur

1. La beo tourne au ralenti -- du patafix dans dans le moteur.

2. Redécouverte des disques de Barry White, de Felt -- me souviens encore exactement du solo de Good morning to you. C'est n'importe quoi.

résumé

1. Do slap your bass, dad.

2. Résumé:
a. les crétins, les idiots, les impuissants
b. le contrôle, la maîtrise
c. les hystériques
d. reste à résoudre: ce qui rend impuissant, qui se dit en nahuatl classique, TLAMICTIANI

1. ~ celui qui tue, immole des animaux, boucher (Car. ).
Esp., el que mata bestias, como el carnicero, Carochi Arte 44r.
Angl., butcher (K).
2. ~ ce qui rend impuissant.
Esp., that which causes impotence. Est dit des cacamatl. Sah11,231.

http://sites.estvideo.net/malinal/tl/nahuatlTLAMI.html

21 août 2005

à la dérive

1. Juché sur mon lit superposé -- je dominais de mon perchoir cette soirée d'un mercredi après-midi pluvieux; mes camarades de chambrée entraient & sortaient, revenaient de la douche, buchaient leurs cours, copiaient les devoirs; je lisais Le bruit & la fureur de William Faulkner. Matthieu m'avait même demandé ce que je lisais; Le bruit & la fureur, avais-je répondu, c'est vraiment bien, il écrit ce que pense le personnage.

Je n'arrive pas à savoir à quelle mesure ce livre m'avait impressionné alors. Je crois que je l'ai oublié durant une dizaine d'années, jusqu'à la lecture du Domaine, que ma soeur m'avait donné avec tout un tas d'autres livres -- laquelle m'avait également donné, quelques années plus tôt et quelques années plus tard après ma première lecture du Bruit & la fureur, l'album de la Pléiade, alors même que j'avais oublié ce livre-là, cet auteur-là.

La relecture -- la 3ème -- de ce livre est toujours impressionnante -- comme être face à une masse vivante, inextricable, si complexe qu'il devient nécessaire d'oublier ce qui a à lire pour le comprendre -- chercher à le comprendre dans le moindre de ses recoins, c'est perdre son temps; il n'y a rien à comprendre -- et le résumé en quelques lignes -- l'inceste, la jalousie, le suicide, la haine --, c'est finalement le réduire à peu de choses, c'est passer à côté de l'essentiel. Il n'y a rien à faire face à, si ce n'est se sentir assez minable.

2. Week-end, où comment faire la synthèse de ce qui a été vécu et tirer les leçons en faisant de tout cela un champ de ruine sur lequel il n'y a plus qu'à réinventer une autre manière d'exister, par nécessité. Il n'y a enfin plus d'amertume, seulement de la rage face aux bouffeurs de cervelles hystériques.

14 août 2005

caféine

1. Comme s'il n'y avait pas d'autre solution pour écrire que d'être sous tension, concentré sur le point qui s'ouvre et déverse en bloc tout ce qui n'avait pas été prévu sur le plan de travail -- alors concentré, délier les ramifications, les mettre en marge -- sous le coude -- et s'énerver sur un stylo qui n'écrit plus qu'en pointillé, asséché.

2. Relecture de Lumière d'août. Le rapprochement de la fiction et du fait divers est étonnant. "Il faudrait y mettre le feu, ça prendrait mieux avec de la graisse humaine." (approx.)

3. Relancer les envois; ne pas lâcher le morceau.

4. Ai rêvé de la série des lapins de David Lynch, dont je n'ai vu aucun des épisodes; mais je garde d'agréables souvenirs des épisodes vus la nuit dernière (l'idée centrale -- que je m'en fais -- serait celle du double-bind).

5. Ai rêvé aussi de ..., dans lequel nous faisions du vélo: nous étions sur des étranges machines, des bicyclettes-jumelles, sur lesquelles nous pédalions tour à tour, et j'avais l'agréable sensation, bien que je pédalai dans le vide -- à vide --, de faire avancer notre machine; la paume de sa main recouvrait ma main, ses doigts dans le creux des miens, comme lorsque l'on compare la taille de nos mains et s'enlacent l'une à l'autre. Peut-être n'était-ce pas la première fois que je rêvais d'elle, mais c'était la première fois que je réalisais que cela serait une bonne idée si -- ces espèces de bonnes idées qui ne semblent être que de l'évidence -- qui tombent sous le sens, qui ne sont que du bon sens.

5. Lutter contre la dictature du "il faut".

S'ériger en maître de soi, dominer la dictature que l'on s'impose. La dictature selon laquelle (analyse de ma soeur) on tue l'envie, le désir en faisant l'objet [du désir] une corvée, une épreuve. J'ai envie de ça, de faire ça, de faire ci. L'amener à ce que faire ci, faire ça, devienne une obligation qui répondrait à ce "il faut". Alors qu'il n'y a pas d'obligation dans le désir, celui-ci ne répond à aucune loi d'ordre -- la seule règle qui s'impose dans le désir est celle d'avoir du plaisir, de la satisfaction. En faisant passer l'objet du désir à un objet d'épreuve -- il me faut ça, il me faut faire ça, ci (dans le cas actuel: il faut que j'écrive deux chapitres par mois, ce qui est ridicule, il n'y a pas d'obligation à écrire, il n'y a pas d'arme pointée sur la tempe (et s'il y en avait une, cela serait moi qui la pointerais), il n'y a que du désir à voir écrits deux chapitres par mois afin d'avoir le désir de voir fini avant la fin de l'année un premier jet, pour être ouvertement content de voir ce que ça donne --,

en déplacant l'objet du champ du désir au champ de l'épreuve, le sujet (moi en l'occurence) ne devient plus un sujet désirant, qui pourrait se réaliser en réalisant ce désir, mais un sujet mis face à lui-même, face à ses capacités et ses incapacités, face à ses impuissances -- dans le cas échéant. D'où l'abandon de nombreux projets puisque ceux-ci ont été déplacés du champ du désir pour être placé dans le champ de l'épreuve. Déplacer l'objet du champ du désir dans le champ de l'épreuve, c'est avorter toute idée de plaisir. Une épreuve réussie ne procure comme émotion au mieux qu'un soulagement, au pire le dégoût d'avoir perdu son temps pour arriver à ça, le fruit d'une besogne; dans un aucun cas, il ne s'agira de satisfaction.

(En passant du champ du désir au champ de l'épreuve, il y a passage du sentiment de puissance à celui de pouvoir. Dans l'épreuve, on peut, on a le pouvoir; dans le désir, on veut, on a la volonté. Babioles au demeurant nietzschèennes, mais qui semblent tomber sous le sens, finalement.)

Alors l'envie, la besogne & la volonté.

L'objet une fois déplacé dans le champ de l'épreuve, les forces à mettre en oeuvre pour l'atteindre tiennent le plus souvent de la besogne que du plaisir. Ce n'est que du bien faire, du faire "mieux que mieux que ce qu'il est", de la besogne dégoûtante que l'on s'impose sans péril, sans liberté, sans grâce, ce travail cyclique et répétitif où le plaisir n'est que celui du monomaniaque, du Sisyphe. Il y a d'ailleurs dans ces manoeuvres onanistes pour "bien-faire" un étrange rapport au monde, à l'entour. On (se) bricole la machine dans l'espoir que cela satisfera (l'entour), le plaisir n'est éprouvé que par procuration. En bidouillant ça comme ça, ça devrait plaire -- même si ceci ne se dit jamais ouvertement, il y a souvent dans la phase monomaniaque du projet cette idée qui traîne, comme une tentative d'ouverture au monde, d'idée d'être sur la place publique, où l'objet devient totalement une épreuve -- "ça doit plaire, faisons des concessions" --, alors qu'aux yeux du sujet, il est un pur objet de désir, qu'il bichonne besogneusement. Ici, dans l'imaginaire de l'exposition sur la place publique, le désir n'est plus l'objet, mais ce qu'il provoquera sur l'entour. Nous sommes ici hors-sujet de l'idée originale, qui n'était que d'avoir envie de faire quelque chose, du désir très personnel de faire quelque chose, pour se satisfaire très personnellement, sans moralité, sans ambiguité, sans honte.

(Je souris maintenant au souvenir de ce que j'écrivais, il y a des années, sur la volonté, que j'écrivais sans réellement avoir conscience de ce que cela représentait, et dont je prends conscience de ce que cela entraîne. C'est d'autant plus intriguant que cela n'a abouti qu'à un nième projet avorté parce que pétrifié à l'idée qu'il était insurmontable.

Je n'ai de volonté ni celle de faire, ni celle de devenir et en accord avec cette dernière ni celle d'aimer, de manger, ni même celle de mourir. Sans désir de développer au devant de ma personne une étendue de possibilités au travers lesquelles je pourrais y déployer une nouvelle existence, je n'existe au regard du monde qu'en suspens, comme un doigt longeant sans la toucher une main qui n'appartiendrait pas au même corps. N’ayant plus que pour seul souhait d’en tracer les courbes, d’en mesurer les contours, avec la pudique circonspection d’un sculpteur au regard de son modèle, le doigt en suspens prolongerait chaque mouvement de cette main, s’attachant à ne pas la toucher, en tournoyant tout autour avec l’agilité frileuse d’une abeille à l’approche d’un fruit rouge. La main se laisserait subjuguer prise inexorablement dans les volutes décrites par le doigt se déplaçant par onde le long des phalanges, s’immisçant à l’intérieur de la main jusqu’à trouver refuge au creux de la paume, une paume ouverte comme un atlas offrant en lecture des lignes se coupant les unes aux autres sur lesquelles il poursuivrait sa danse. Offertes en lecture, les lignes sont les plis d’un exercice d’origami, une main devenant un poing, au sein duquel il s’en échapperait comme du sable filant entre les doigts, en laissant pour seule trace sur l’épiderme de sa geôle la vague chaleur d’un contact sans pour autant lui donner le temps d’en connaître la contenance. Repliée sur elle-même, la main se délierait en quête du doigt fugitif mais rien ne pourrait le retenir à aller ici et là, à se promener autour, à se délecter de ne faire qu’effleurer, que d’embrasser la limite de la retenue sans jamais réellement l’atteindre. Parfois par accident, puisque tout comme le silence est une parole qui requière la plus grande des circonspections l’effleurement demande infiniment plus de tact qu’une caresse, le doigt toucherait par mésaventure la peau, mais par rebond s’en écarterait aussitôt ; connaître par piqûre le contact de l’autre épiderme lui suffirait à s’en séparer craignant de s’y consumer, de se fondre en elle et d’y être absorbé à jamais comme un corps par une foule.



8 août 2005

pooh song

1. La réjouissance. Comme une espèce d'énergie qui n'est pas cet excès curieux après lequel s'en suit la léthargie, non pas le phénomène du balancier mais la stabilité dans l'humeur. Comme un discernement entre l'envie et la volonté.

2. Habib 3/12. Plus que 9 ch., soit un peu moins de deux par mois, pour plier l'affaire en premier jet avant la fin de l'année. Assez intrigué de retrouver ce que j'aurai oublié. Mais rien n'est encore trouvé.

25 juil. 2005

Julie G.

1. Les jeunes mamans au jardin des plantes.

2. L'ennui au travail pousse à la recherche de distractions -- chercher des documents privés, ouvrir MSN Messenger et profiter du compte de Julie G. pour se glisse dans la peau d'une fille, le temps de discuter avec ses amis rencontrés sur "cara sexe" -- des crétins de premiers ordres aux visages creux du personnage débile dans 70's show -- pas que le visage d'ailleurs, le cerveau aussi. Julie G., je ne sais pas qui tu es, mais tu m'épates.

3. Songe d'une nuit d'été.

4. Ecrire sans être lisible, vivre sans être visible.

24 juil. 2005

le gambit de la reine

1. Amsterdam par Scott Walker, c'est autre chose que Brel -- même si on ne comprend rien aux paroles, mais on les connaît déjà par coeur -- ce sont les effets spéciaux en plus; bien moins l'épat' que les effets de style.

2. Se trouver une bonne guerre pour garder la tête haute, et peu importe laquelle.

3. Jeter la reine dans la gueule du fou, lui faire traverser la diagonale, et la sacrifier par stratégie; aveugler l'adversaire par une prise hors du commun -- le succès d'une bataille rend souvent aveugle l'adversaire.

4. Revenir à l'essentiel,

Seyton - La reine, monseigneur, est morte.
Macbeth - Elle serait morte un jour ou l'autre.
Un moment serait venu où ce mot eût été dit.
Demain, et puis demain, et puis demain encore,
A pas menus avancent, coulant de jour en jour
Vers l'ultime syllabe des annales du temps,
Et nos hiers n'ont tous éclairé que des sots
Sur le chemin qui mène à la mort poussiéreuse.
Eteins-toi donc, brève chandelle!
La vie n'est qu'une ombre qui passe, un pauvre acteur
Qui parade et s'agite pendant son temps sur scène
Et puis qu'on n'entend plus. C'est un récit conté
Par un idiot, rempli de bruit et de fureur,
Qui ne signifie rien."

23 juil. 2005

honeymoon killers

1. The avalanches. L'album pop parfait.

2. Honeymoon killers.

3. Rien.

4. Exercice policier de contrôle d'émeute. Des élèves policiers se retrouvent face à d'autres élèves policiers jouant le rôle de casseurs. La scène se passe sur un terrain vague, près d'un entrepôt. Les policiers jouent leur rôle, envoient des bombes lacrymogènes sur les casseurs qui jettent des pierres, brûlent des voitures. L'exercice est violent, et des policiers sont blessés. Les casseurs se retranchent dans l'entrepôt; un petit groupe de policiers s'infiltrent dans l'entrepôt. L'exercice bascule dans un affrontement violent, hors contrôle. Un membre du petit groupe est tué; des casseurs le sont également. Un policier est pris en otage, torturé. L'exercice est arrêté par le chef-instructeur. Les casseurs se démasquent et félicitent leurs collègues pour cette bonne baston. Ambiance joviale & bières qui moussent dans les mini-bus.

"hero of the war"

1. Les excuses, rien à f...

2. Rien.

3. Chercher une bonne guerre pour garder la tête haute.

16 juin 2005

mozart

1. Les symphonies de Mozart s'enchaînent dans la pièce à côté à bas volume. C'est la seule façon que j'ai trouvé pour supporter Mozart, en papier peint sonore d'une pièce où je ne suis pas. Parfois même, alors que la chaîne hi-fi continue à diffuser les ritournelles pompeusement sur-enjouées du petit génie de Salzbourg, j'allume la radio qui se trouve à mes côtés sur France Musique; Mozart est alors d'autant plus supportable lorsque la radio diffuse des pièces sombres, modernes.

2. Il y a une vraie jouissance à lâcher prise, ne pas chercher avec manie, voire hystérie -- plein de doute & d'anxiété --, la phrase parfaite. Seulement se contenter de guider mes petits personnages et prendre un malin plaisir à retarder l'issue finale qui les attend irrémédiablement.

15 juin 2005

parfois

C'est amusant. Je pensais à l'instant même à écrire quelque chose comme cela. Lié peut-être plus aux rêves que l'on a la nuit que ce rêve éveillé que l'on a parfois.
Cela fait deux jours que je ne cesse pas de rêver, et je me faisais ce constat un peu ridicule de psychanalyste de comptoir, que c'était peut-être grâce à ces rêves-là et surtout les souvenirs que j'en ai, et ceci à toutes heures de la journée, qui me libéraient de cette chose semblable à la mélasse, étrange glue -- cocktail entre l'amertume, le "contrôle" de soi, le désintéressement, cette chose qui se colle à vous et à cause de laquelle vous ne lâchez pas prise; que c'était peut-être grâce à ces rêves-là que j'arrivais effectivement à cette rupture de soi.
J'ai recommencé à écrire. Cela semble peu de chose, et cela n'intéresse personne hormis moi peut-être (et même encore!), mais c'est une sacrée étape. Non pas de l'espoir, juste reprendre contact avec le vide et ne pas s'étouffer d'angoisse face à.
Alors c'est amusant que tu parles de rupture de soi, un peu en écho avec ce "-- et cette envie de s'échapper de ce contrôle omniprésent pour goûter à la liberté de la maîtrise; juste l'envie de faire rupture avec soi-même", écrit ici-même, il y a quelques mois.
Mais il ne s'agit pas d'espoir. Il n'y a pas ici d'espérance qui tienne. Je me dis que l'espoir, c'est juste réserver à cet instant, lorsqu'il est très tard, et que tu n'as plus de cigarette pour finir la soirée, et que tu cours au tabac du coin, avec cet espoir qu'il ne soit pas fermé; l'espoir de ne pas avoir à entamer les mégots du cendrier, à chercher sous le lit une vieille clope tombée inopportunément, s'attaquer un bout de journal et défaire les mégots un à un pour en avoir suffisamment pour la dernière clope, la meilleure roulée du monde -- et objectivement la plus dégueulasse. Quiconque à fumer les fonds de cendrier connaît le goût de cendres qu'ils laissent sur les lèvres. Autant fumer le charbon du barbecue;
-- ce n'est pas de l'espoir; celui-ci est seulement digne pour les révolutionnaires et les utopistes. C'est peut-être juste de la peur en moins, une autre couche de peur qui se décolle et tombe -- cette peur si nécessaire et que les révolutionnaires éprouvent finalement peu, puisqu'ils ont l'espoir avec eux, lorsque les CRS avancent; -- pour extrapoler et faire vite, l'espoir est (peut-être) l'origine du ressentiment.
-- cette peur qui vous rend plus minable que les autres, cette peur qui vous submerge, vous immobilise, vous rétracte du monde, et qui une fois vomie (la peur), vous rapproche de ce "un peu plus vivant". Alors vous pensez être hautain avec ce "un peu plus d'humanité" en plus, mais vous l'êtes bien moins que lorsque vous vous cachiez derrière une assurance feinte. Vous êtes simplement un peu plus humain, avec tout le ridicule et le peu de chose que cela comporte. Juste se rapprocher du peu dechose que l'on est.
Ce n'est pas tout, mais il y a concert du chéri de ma meilleure pote -- avec laquelle j'crèverai probablement.
PS:
Je n'ai pas lu la réponse que tu as faite à mon (long) message écrit l'avant-nuit dernière. J'ai toujours un peu honte de relire ce que j'écris en pleine nuit, après avoir carburé comme un idiot sur les boissons fermentées; et j'ai encore plus honte de lire les réponses qui y sont faites -- c'est un peu comme se refoutre à poil, mais sans l'ivresse; on en a les joues qui rosissent).

PS 2:
-- Il est 2h41; je viens de manger une barquette de frite hors de prix, dégoulinante de ketch-up. C'est une raison suffisante pour ne pas s'éterniser; de plus, j'ai pris un coup de tête par un ivrogne; il a visé à la tempe au lieu du front; je suis sauf et je suis saoûl.

13 juin 2005

En France

En France, quand on est un chien, il est bon ton de faire caca dans la rue.

31 mai 2005

1. Regarder des autoportraits sans avoir rien à dire.

2. Ne pas faire grand'chose de ses journées.

3. Travailler sur la colonne; se dire que cela ne mènera à rien; se dire qu'il faut le finir -- mais se demander "pourquoi faut-il" toujours.

4. Réaliser combien certaines personnes sont bêtes. Et ne tirer aucune fierté de s'estimer moins bêtes qu'elles, puisque toute notre intelligence repose sur le constat que nous sommes avant tout des crétins.

5. Habib est toujours dans la boue, coincé entre deux pages blanches.

6. Réaliser combien il est vain de se forcer de rentrer dans le regard de l'autre -- surtout lorsque celui-ci exerce un pouvoir d'autorité le plus souvent lié à du chantage. Et devoir en admettre les conséquences -- alors se sentir petitement humain, et la fierté ne peut que reposer sur l'idée que nous sommes avant toute chose des crétins -- bien plus que l'autre, hélas (voir 4.).

7. La stupidité est contagieuse; elle sape les bases de notre crétinerie et soudainement nous nous demandons si nous ne sommes finalement pas un peu moins stupide que la moyenne. Se laisser emporter par le sentiment exaltant que nous sommes un peu plus intelligent que nous le pensions est terriblement dépressif -- parce que nous réalisons à quel point tout cela n'a pas de sens; et que le crétin-absolu a nettement moins de remords que le crétin-moyen.

3 mai 2005

dialogue #1

1. "Bien plus de l'écriture que de la littérature"

A. -- Alors maintenant il faudrait s'échapper de l'idée de l'écriture comme étant la seule finalité du geste; la finalité n'est pas d'écrire mais de raconter une histoire.
B. -- C'est un peu simpliste, ne trouves-tu pas ?
A. -- C'est bien sûr plus compliqué que cela; disons que les deux finalités s'entremêlent, se font la course, parfois l'une (l'écriture) prend le dessus sur l'autre (l'histoire). Ne pas seulement raconter une histoire, mais faire également acte d'écriture. La littérature élitiste s'arrête souvent à l'écriture elle-même, oubliant souvent le sujet; il y a même souvent peu ou pas de sujet.
A. -- Tu t'égares. Revenons au but que tu te définis. Tu crois qu'il y a vraiment un but aussi limpide, aussi simple -- excuse-moi de te contredire tout le temps, mais cela m'est nécessaire pour que toi-même tu sois clair lorsque tu commenceras ton entreprise. S'il suffisait de raconter une histoire, tout le monde serait capable de le faire. En ce qui concerne l'écriture, c'est un peu plus compliqué, mais avec un peu d'entraînement, tout le monde peut y arriver.
B. -- A écrire ? Ou à bien écrire ?
A. -- Mmh... à bien écrire. Ecrire n'est pas bien écrire, comme dire "aimer quelqu'un" ne revient pas à dire "bien aimer quelqu'un".
B. -- Oui, il y a de cela. On peut raconter une histoire en la bien-écrivant.
A. -- Tu vois bien que ça devient plus compliqué, ceci d'autant plus lorsque tu me reproches que ce que je viens te donner à lire est "bien plus de l'écriture que de la littérature". Je ne vois pas trop pourquoi je passerais plusieurs mois, voire plusieurs années à seulement bien-écrire cette histoire.
B. -- Mais peut-être que la littérature n'est que cela, n'est rien d'autre que cela. Pour paraphraser un metteur en scène dont j'ai oublié le nom...
A. -- Clouzot...
B. -- Ouais, peu importe (d'ailleurs comment savais-tu que j'allais dire cette citation -- des rires éclatent dans l'assistance --). Il a dit "pour faire un bon film, il faut, premièrement, une bonne histoire, deuxièmement, une bonne histoire, troisièmement, une bonne histoire". Peut-être que la littérature n'est que ça, et il ne faudrait peut-être pas la mettre sur un piedestal, ce n'est qu'une histoire avant tout.
A. -- Ouais mais comment tu racontes cette histoire est foutrement important. C'est à travers cela que tu pourras raconter autre chose que cette histoire. L'intérêt n'est pas délayer les quelques lignes qui résument ton histoire en un bouquin de 200 pages, c'est de donner à lire une espèce d'indicible.
B. -- Attention, tu te perds là, dans des concepts fumeux d'écrivains élitistes.
A. -- Mais tu sais très bien qu'un bon livre (ou un bon film) ne s'arrête pas à une histoire.
B. -- Ouais, mais avant de rentrer dans cela, il faudrait déjà que tu comprennes que tu écris un roman, et pas un bouquin de philosophie, ni un essai. Tu peux évidemment aborder d'autres sujets, à travers cette histoire, mais n'oublie pas que tu es là pour raconter avant tout une histoire. Et si possible, une bonne histoire.
A. -- Je pense qu'elle est bonne.
B. -- Ouais, moi aussi.
A. -- Ouais. D'ailleurs, aux dernières nouvelles, il va y avoir un procès; il a contre lui dix chefs d'accusation. Ca change un peu la donne.
B. -- Ce n'est pas très grave non plus, tu n'es pas obligé de suivre la réalité.
A. -- Ouais, et ça ne répond pas aux questions que je me pose.
B. -- (en reposant son verre après en avoir bu une gorgée) Je crois que tu fais fausse route. Ton premier essai n'était que de l'écriture parce que tu n'avais pas grand chose à dire. Il n'y avait pas réellement d'histoire, pas assez de matière pour faire une histoire. Toi-même tu as du mal à le définir, et c'est un bon symptôme de ce qui manque dans ton bouquin.
A. -- Ouais, c'est symptomatique.
B. -- Et je crois que tu fais fausse route, tu t'empêtres dans des faux problèmes, peut-être par peur de commencer. Dans ton premier essai, il n'y avait pas d'histoire. Alors cesse de douter de tes capacités à raconter une histoire puisque tu ne l'as pas encore fait. En ce qui concerne, l'écriture, tu n'as pas trop à douter; fais attention à tes tics, évite de te répéter -- mais cela ne devrait pas être possible si tu racontes une histoire bien foutue, on se répète lorsque l'on a rien à dire de plus.
A. -- Ouais.
B. -- Et donc tes questionnement reposent sur "comment raconter cette histoire". Par où commencer, par quoi.
A. -- Ouais?
B. -- Pour cela, je n'ai pas de réponse à te donner, ni même de piste. Faudrait déjà que tu te dises ce que tu veux raconter à travers cette histoire...
A. -- Ah, tu vois! On y arrive, à cette indicible.
B. -- Je ne parlerais pas comme cela. Je me demanderais quelles sont les grandes lignes que tu veux dégager de cette histoire "pourquoi il a fait ça, dans quel état il a fait ça, ce qu'il en retient, etc". C'est ça qui définira l'angle de vue que tu veux aborder.
A. -- Ouais, mais mon problème, c'est que je veux aborder pas mal d'angles de vue.
B. -- Tombe pas dans ce travers; faut pas que ça devienne un fourre-tout. Et puis tu risques de te perdre. Choisis les grandes lignes, quitte à avoir des regrets de ne pas en avoir abordé d'autres. Tu pourras les aborder dans les plis de ton histoire, mais choisis une grande ligne de force, voire deux, mais pas plus.
A. -- Ouais, tu as probablement raison. Et après ?
B. -- Après, je ne sais pas.
A. -- Et comment je fais moi ?
B. -- Tu veux un autre demi ?
A. -- Ouais, et après j'y vais.
B. -- Ok.

29 avr. 2005

plongeon

1. Retour d'une petite ballade dans les eaux troubles de la névrose pseudo-catho-hygiéno-moralo-fantasmatico-désoeuvrée -- où comment se faire remonter les bretelles pour une question de crottes dans les yeux, par quelqu'un qui reste aveugle sur la merde ambiante. Il y a vraiment des gens largués sur cette terre, et c'est bien pour ça que Dieu n'est pas vraiment mort -- arrête tu m'as refilé tes angoisses, j'ai besoin d'un joint. Merde. Alors comme cela, tu doutes de son existence pour prendre une montée d'angoisse.

2. Bien mieux qu'un joint, bien mieux que Dieu, c'est le jazz des année 1920.

3. Il a fait beau aujourd'hui.

4. C'est bien la première fois que je me dispute pour des raisons métaphysiques (!).

5. Habib est définitivement jazz.

19 avr. 2005

South Park

South Park, c'est le sujet qui m'oppose avec beaucoup de personnes actuellement. L'on dit: "oh oui, c'est amusant", mais dès lors que j'exprime clairement ma pensée, avouant trouver dans cette série, certes un intérêt humouristique mais surtout un intérêt intellectuel, alors tout de suite, mes interlocuteurs s'écrient "tu es sérieux ?!". Puis après m'avoir considéré avec dédain, ils s'éloignent de moi et m'ignorent, comme si bien plus qu'avoir le (mauvais) goût d'aimer cette série, je n'avais pas un sens critique suffisamment développé pour la considérer comme étant *avant tout* stupide. L'on m'a même dit que
c'était "arrogant" d'aimer cette série.
Alors que c'est l'un des rares produits télévisuels qui abordent frontalement le monde actuel, et avec une sagesse rare, démontrant, par l'absurde -- et ici, je fais référence à l'épisode /Ya n'a dans le ventilateur/ de la 5ème saison --, démontrant, donc, par l'absurde que la vulgarité n'est pas dans la grossiéreté énoncée, dite, mais dans la grossiéreté agissante. Et l'analyse qui y est faite des Etats-Unis est dors & déjà à prendre au sérieux, compte tenu que l'Europe a 50 ans de retard sur ce pays.
FU2 sur frcd, compte tenu de l'actualité récurrente que l'on peut y trouver à propos de /Team America/ et son discours final bien plus désespéré qu'amusant sur les têtes de noeud, les trous du cul et les 'tites chattes.

"Pussies don't like dicks because pussies get fucked by dicks. But dicks also fuck assholes. Assholes that just want to shit on everything. Pussies may think they can deal with assholes their way. But the only thing that can fuck a asshole is a dick, with some balls. The problem with dicks is they fuck too much or fuck when it isn't appropriate. And it takes a pussy to show them that. But sometimes pussies can be so full of shit that they become assholes themselves. Because pussies are a inch and half away from assholes. I don't know much about this crazy crazy world, but I do know this. If you don't let us fuck this asshole we're going to have our dicks and pussies all covered in shit. "

14 avr. 2005

togi

Un jour, je découvrirai une photo de nous; peut-être cela sera une personne que nous aurons eu en commun qui me la montrera, une photographie parmi tant d'autres prise lors d'une soirée, où nous apparaitrons tout deux là l'un à côté de l'autre, souriant benoîtement un verre à la main, des cotillons dans les cheveux et une cigarette en bouche, une mise au point floue sur nos vêtements comme des déguisements ridicules pour une soirée costumée (je sourirai alors en la voyant, malgré la nostalgie de notre rupture -- je sourirai malgré ton sourire sur cette photographie, des lèvres débordant de ton visage et ma gêne diffuse d'apparaître là à côté de toi,
-- peut-être s'agira-t-il d'une photographie tombée d'un carton lors d'un déménagement; alors je me souviendrais de l'instant où cette photographie aura été prise, dans un pays étranger où nous étions bien plus explorateurs que simples touristes, où tu aurais conduit ce garçon qui était déjà un homme et que j'étais alors, toi l'exploratrice et moi le casanier, m'extirpant de cet enclos où tu étais venue me chercher et dans lequel je t'avais faite prisonnière bien malgré toi -- malgré ce pouvoir de séduction que j'ignorais alors avoir sur toi --,
-- toi & moi sur cette photographie, toi plus grande que moi et moi plus petit que toi -- nos épaules aux largeurs différentes mais nos sourires benoîts identiques de jeunes amoureux que nous ne serions alors plus, nos cheveux enneigés de cotillons et des boas de guirlandes en papier autour de nos cous,
(et je repensais alors à ce stupide acteur juif qui s'était marié plusieurs fois avec des filles plus grandes et plus belles que lui) -- et c'était une raison suffisante pour me sentir plus fort que les regards que l'on pouvait nous jetait -- plus fort que ce regard que je jetterais lorsque je retrouverais un jour cette photographie --
un jour, je découvrirai cette photographie, prise au hasard d'une soirée, et je nous entendrais dire "c'est n'importe quoi!, nous faisons n'importe quoi" et après avoir entendu cela, je reverrais ton visage que je voyais quand j'ouvrais mes yeux, quand ma machoire me faisait mal tant j'aimais t'embrasser,
"c'est n'importe quoi!, nous faisons n'importe quoi!" et nous nous embrassions dans la douleur de nos dents entrechoquées et ton menton rougi par ma barbe drûe,
"c'est n'importe quoi! -- ouais, c'est n'importe quoi!"
Ouais! , c'est n'importe quoi! c'est n'importe quoi comme tout ce qui n'est plus concevable. Et comme tout ce qui n'est pas concevable -- le magicien qui découpe son assistante en deux, les extra-terrestres, Dieu
& le Diable, l'Amour & l'Amitié, la guerre et le parfum inné des filles,
-- tout ce qui n'est pas concevable -- les filles amoureuses de vous, les garçons amoureux de vous --, la gentillesse des vieilles dames,
-- tout ce qui n'est pas concevable -- l'intelligence dans le regard des chats, l'Humanité & l'origine du monde,
-- tout ce qui n'est pas concevable -- toi & moi, et l'un sur l'autre, le bleu du ciel & le reflet de la mer qui ne ferait qu'un,
-- "c'est n'importe quoi!" nous nous écriions, là dans l'alcôve de nos chambres --
-- et comme tout ce qui n'est pas concevable, nous vivions ces instants avec l'imprudence nécessaire pour savourer avec justesse ce qui est inconnu.

5 avr. 2005

**** (3)

Il ne s'agit pas de solutions théoriques, mais d'une recherche autant dans l'écriture que dans l'existence d'une certaine liberté que je n'ai pas, puisque étant sous contrôle permanent. L'idéal, sommairement,serait d'arriver à la maîtrise, comme ces musiciens qui maîtrisent leur instrument sans jamais en avoir appris de leçon; se libérer de l'instrument, quitte à en jouer d'une manière atrophiée, peu conventionnelle, au même titre que Monk jouait du piano avec trois doigts, ce qui ne l'a pas empêché de prendre son pied, et nous auditeurs, de le prendre également. Je suis convaincu d'une (de ma)nécessité au retour d'une approche primaire et purement instinctive; etpar instinct, je ne fais pas référence à du chaos, mais au coup d'éclat-- une espèce de "flot" qui serait maîtrisé, et non plus le résultat du syndrôme de Hugo. Je cause effectivement des problèmes que j'éprouve actuellement, et que j'ai exposé plus haut -- c'est à dire, mon envie de me débarrasser de ces problèmes pour obtenir une "écriture facile" comme tu le dis, même si je le formule plutôt comme la "maîtrise du geste". Et la grande question est de savoir comment lier ce "geste" à la nécessité de ne pas perdre de vue le projet final. Je doute que celasoit possible; l'écriture et la rature forme un couple fragile.