16 juin 2005
mozart
2. Il y a une vraie jouissance à lâcher prise, ne pas chercher avec manie, voire hystérie -- plein de doute & d'anxiété --, la phrase parfaite. Seulement se contenter de guider mes petits personnages et prendre un malin plaisir à retarder l'issue finale qui les attend irrémédiablement.
15 juin 2005
parfois
Cela fait deux jours que je ne cesse pas de rêver, et je me faisais ce constat un peu ridicule de psychanalyste de comptoir, que c'était peut-être grâce à ces rêves-là et surtout les souvenirs que j'en ai, et ceci à toutes heures de la journée, qui me libéraient de cette chose semblable à la mélasse, étrange glue -- cocktail entre l'amertume, le "contrôle" de soi, le désintéressement, cette chose qui se colle à vous et à cause de laquelle vous ne lâchez pas prise; que c'était peut-être grâce à ces rêves-là que j'arrivais effectivement à cette rupture de soi.
J'ai recommencé à écrire. Cela semble peu de chose, et cela n'intéresse personne hormis moi peut-être (et même encore!), mais c'est une sacrée étape. Non pas de l'espoir, juste reprendre contact avec le vide et ne pas s'étouffer d'angoisse face à.
Alors c'est amusant que tu parles de rupture de soi, un peu en écho avec ce "-- et cette envie de s'échapper de ce contrôle omniprésent pour goûter à la liberté de la maîtrise; juste l'envie de faire rupture avec soi-même", écrit ici-même, il y a quelques mois.
Mais il ne s'agit pas d'espoir. Il n'y a pas ici d'espérance qui tienne. Je me dis que l'espoir, c'est juste réserver à cet instant, lorsqu'il est très tard, et que tu n'as plus de cigarette pour finir la soirée, et que tu cours au tabac du coin, avec cet espoir qu'il ne soit pas fermé; l'espoir de ne pas avoir à entamer les mégots du cendrier, à chercher sous le lit une vieille clope tombée inopportunément, s'attaquer un bout de journal et défaire les mégots un à un pour en avoir suffisamment pour la dernière clope, la meilleure roulée du monde -- et objectivement la plus dégueulasse. Quiconque à fumer les fonds de cendrier connaît le goût de cendres qu'ils laissent sur les lèvres. Autant fumer le charbon du barbecue;
-- ce n'est pas de l'espoir; celui-ci est seulement digne pour les révolutionnaires et les utopistes. C'est peut-être juste de la peur en moins, une autre couche de peur qui se décolle et tombe -- cette peur si nécessaire et que les révolutionnaires éprouvent finalement peu, puisqu'ils ont l'espoir avec eux, lorsque les CRS avancent; -- pour extrapoler et faire vite, l'espoir est (peut-être) l'origine du ressentiment.
-- cette peur qui vous rend plus minable que les autres, cette peur qui vous submerge, vous immobilise, vous rétracte du monde, et qui une fois vomie (la peur), vous rapproche de ce "un peu plus vivant". Alors vous pensez être hautain avec ce "un peu plus d'humanité" en plus, mais vous l'êtes bien moins que lorsque vous vous cachiez derrière une assurance feinte. Vous êtes simplement un peu plus humain, avec tout le ridicule et le peu de chose que cela comporte. Juste se rapprocher du peu dechose que l'on est.
Ce n'est pas tout, mais il y a concert du chéri de ma meilleure pote -- avec laquelle j'crèverai probablement.
PS:
Je n'ai pas lu la réponse que tu as faite à mon (long) message écrit l'avant-nuit dernière. J'ai toujours un peu honte de relire ce que j'écris en pleine nuit, après avoir carburé comme un idiot sur les boissons fermentées; et j'ai encore plus honte de lire les réponses qui y sont faites -- c'est un peu comme se refoutre à poil, mais sans l'ivresse; on en a les joues qui rosissent).
PS 2:
-- Il est 2h41; je viens de manger une barquette de frite hors de prix, dégoulinante de ketch-up. C'est une raison suffisante pour ne pas s'éterniser; de plus, j'ai pris un coup de tête par un ivrogne; il a visé à la tempe au lieu du front; je suis sauf et je suis saoûl.
13 juin 2005
31 mai 2005
2. Ne pas faire grand'chose de ses journées.
3. Travailler sur la colonne; se dire que cela ne mènera à rien; se dire qu'il faut le finir -- mais se demander "pourquoi faut-il" toujours.
4. Réaliser combien certaines personnes sont bêtes. Et ne tirer aucune fierté de s'estimer moins bêtes qu'elles, puisque toute notre intelligence repose sur le constat que nous sommes avant tout des crétins.
5. Habib est toujours dans la boue, coincé entre deux pages blanches.
6. Réaliser combien il est vain de se forcer de rentrer dans le regard de l'autre -- surtout lorsque celui-ci exerce un pouvoir d'autorité le plus souvent lié à du chantage. Et devoir en admettre les conséquences -- alors se sentir petitement humain, et la fierté ne peut que reposer sur l'idée que nous sommes avant toute chose des crétins -- bien plus que l'autre, hélas (voir 4.).
7. La stupidité est contagieuse; elle sape les bases de notre crétinerie et soudainement nous nous demandons si nous ne sommes finalement pas un peu moins stupide que la moyenne. Se laisser emporter par le sentiment exaltant que nous sommes un peu plus intelligent que nous le pensions est terriblement dépressif -- parce que nous réalisons à quel point tout cela n'a pas de sens; et que le crétin-absolu a nettement moins de remords que le crétin-moyen.
3 mai 2005
dialogue #1
A. -- Alors maintenant il faudrait s'échapper de l'idée de l'écriture comme étant la seule finalité du geste; la finalité n'est pas d'écrire mais de raconter une histoire.
B. -- C'est un peu simpliste, ne trouves-tu pas ?
A. -- C'est bien sûr plus compliqué que cela; disons que les deux finalités s'entremêlent, se font la course, parfois l'une (l'écriture) prend le dessus sur l'autre (l'histoire). Ne pas seulement raconter une histoire, mais faire également acte d'écriture. La littérature élitiste s'arrête souvent à l'écriture elle-même, oubliant souvent le sujet; il y a même souvent peu ou pas de sujet.
A. -- Tu t'égares. Revenons au but que tu te définis. Tu crois qu'il y a vraiment un but aussi limpide, aussi simple -- excuse-moi de te contredire tout le temps, mais cela m'est nécessaire pour que toi-même tu sois clair lorsque tu commenceras ton entreprise. S'il suffisait de raconter une histoire, tout le monde serait capable de le faire. En ce qui concerne l'écriture, c'est un peu plus compliqué, mais avec un peu d'entraînement, tout le monde peut y arriver.
B. -- A écrire ? Ou à bien écrire ?
A. -- Mmh... à bien écrire. Ecrire n'est pas bien écrire, comme dire "aimer quelqu'un" ne revient pas à dire "bien aimer quelqu'un".
B. -- Oui, il y a de cela. On peut raconter une histoire en la bien-écrivant.
A. -- Tu vois bien que ça devient plus compliqué, ceci d'autant plus lorsque tu me reproches que ce que je viens te donner à lire est "bien plus de l'écriture que de la littérature". Je ne vois pas trop pourquoi je passerais plusieurs mois, voire plusieurs années à seulement bien-écrire cette histoire.
B. -- Mais peut-être que la littérature n'est que cela, n'est rien d'autre que cela. Pour paraphraser un metteur en scène dont j'ai oublié le nom...
A. -- Clouzot...
B. -- Ouais, peu importe (d'ailleurs comment savais-tu que j'allais dire cette citation -- des rires éclatent dans l'assistance --). Il a dit "pour faire un bon film, il faut, premièrement, une bonne histoire, deuxièmement, une bonne histoire, troisièmement, une bonne histoire". Peut-être que la littérature n'est que ça, et il ne faudrait peut-être pas la mettre sur un piedestal, ce n'est qu'une histoire avant tout.
A. -- Ouais mais comment tu racontes cette histoire est foutrement important. C'est à travers cela que tu pourras raconter autre chose que cette histoire. L'intérêt n'est pas délayer les quelques lignes qui résument ton histoire en un bouquin de 200 pages, c'est de donner à lire une espèce d'indicible.
B. -- Attention, tu te perds là, dans des concepts fumeux d'écrivains élitistes.
A. -- Mais tu sais très bien qu'un bon livre (ou un bon film) ne s'arrête pas à une histoire.
B. -- Ouais, mais avant de rentrer dans cela, il faudrait déjà que tu comprennes que tu écris un roman, et pas un bouquin de philosophie, ni un essai. Tu peux évidemment aborder d'autres sujets, à travers cette histoire, mais n'oublie pas que tu es là pour raconter avant tout une histoire. Et si possible, une bonne histoire.
A. -- Je pense qu'elle est bonne.
B. -- Ouais, moi aussi.
A. -- Ouais. D'ailleurs, aux dernières nouvelles, il va y avoir un procès; il a contre lui dix chefs d'accusation. Ca change un peu la donne.
B. -- Ce n'est pas très grave non plus, tu n'es pas obligé de suivre la réalité.
A. -- Ouais, et ça ne répond pas aux questions que je me pose.
B. -- (en reposant son verre après en avoir bu une gorgée) Je crois que tu fais fausse route. Ton premier essai n'était que de l'écriture parce que tu n'avais pas grand chose à dire. Il n'y avait pas réellement d'histoire, pas assez de matière pour faire une histoire. Toi-même tu as du mal à le définir, et c'est un bon symptôme de ce qui manque dans ton bouquin.
A. -- Ouais, c'est symptomatique.
B. -- Et je crois que tu fais fausse route, tu t'empêtres dans des faux problèmes, peut-être par peur de commencer. Dans ton premier essai, il n'y avait pas d'histoire. Alors cesse de douter de tes capacités à raconter une histoire puisque tu ne l'as pas encore fait. En ce qui concerne, l'écriture, tu n'as pas trop à douter; fais attention à tes tics, évite de te répéter -- mais cela ne devrait pas être possible si tu racontes une histoire bien foutue, on se répète lorsque l'on a rien à dire de plus.
A. -- Ouais.
B. -- Et donc tes questionnement reposent sur "comment raconter cette histoire". Par où commencer, par quoi.
A. -- Ouais?
B. -- Pour cela, je n'ai pas de réponse à te donner, ni même de piste. Faudrait déjà que tu te dises ce que tu veux raconter à travers cette histoire...
A. -- Ah, tu vois! On y arrive, à cette indicible.
B. -- Je ne parlerais pas comme cela. Je me demanderais quelles sont les grandes lignes que tu veux dégager de cette histoire "pourquoi il a fait ça, dans quel état il a fait ça, ce qu'il en retient, etc". C'est ça qui définira l'angle de vue que tu veux aborder.
A. -- Ouais, mais mon problème, c'est que je veux aborder pas mal d'angles de vue.
B. -- Tombe pas dans ce travers; faut pas que ça devienne un fourre-tout. Et puis tu risques de te perdre. Choisis les grandes lignes, quitte à avoir des regrets de ne pas en avoir abordé d'autres. Tu pourras les aborder dans les plis de ton histoire, mais choisis une grande ligne de force, voire deux, mais pas plus.
A. -- Ouais, tu as probablement raison. Et après ?
B. -- Après, je ne sais pas.
A. -- Et comment je fais moi ?
B. -- Tu veux un autre demi ?
A. -- Ouais, et après j'y vais.
B. -- Ok.
29 avr. 2005
plongeon
2. Bien mieux qu'un joint, bien mieux que Dieu, c'est le jazz des année 1920.
3. Il a fait beau aujourd'hui.
4. C'est bien la première fois que je me dispute pour des raisons métaphysiques (!).
5. Habib est définitivement jazz.
19 avr. 2005
South Park
c'était "arrogant" d'aimer cette série.
Alors que c'est l'un des rares produits télévisuels qui abordent frontalement le monde actuel, et avec une sagesse rare, démontrant, par l'absurde -- et ici, je fais référence à l'épisode /Ya n'a dans le ventilateur/ de la 5ème saison --, démontrant, donc, par l'absurde que la vulgarité n'est pas dans la grossiéreté énoncée, dite, mais dans la grossiéreté agissante. Et l'analyse qui y est faite des Etats-Unis est dors & déjà à prendre au sérieux, compte tenu que l'Europe a 50 ans de retard sur ce pays.
FU2 sur frcd, compte tenu de l'actualité récurrente que l'on peut y trouver à propos de /Team America/ et son discours final bien plus désespéré qu'amusant sur les têtes de noeud, les trous du cul et les 'tites chattes.
"Pussies don't like dicks because pussies get fucked by dicks. But dicks also fuck assholes. Assholes that just want to shit on everything. Pussies may think they can deal with assholes their way. But the only thing that can fuck a asshole is a dick, with some balls. The problem with dicks is they fuck too much or fuck when it isn't appropriate. And it takes a pussy to show them that. But sometimes pussies can be so full of shit that they become assholes themselves. Because pussies are a inch and half away from assholes. I don't know much about this crazy crazy world, but I do know this. If you don't let us fuck this asshole we're going to have our dicks and pussies all covered in shit. "
14 avr. 2005
togi
-- peut-être s'agira-t-il d'une photographie tombée d'un carton lors d'un déménagement; alors je me souviendrais de l'instant où cette photographie aura été prise, dans un pays étranger où nous étions bien plus explorateurs que simples touristes, où tu aurais conduit ce garçon qui était déjà un homme et que j'étais alors, toi l'exploratrice et moi le casanier, m'extirpant de cet enclos où tu étais venue me chercher et dans lequel je t'avais faite prisonnière bien malgré toi -- malgré ce pouvoir de séduction que j'ignorais alors avoir sur toi --,
-- toi & moi sur cette photographie, toi plus grande que moi et moi plus petit que toi -- nos épaules aux largeurs différentes mais nos sourires benoîts identiques de jeunes amoureux que nous ne serions alors plus, nos cheveux enneigés de cotillons et des boas de guirlandes en papier autour de nos cous,
(et je repensais alors à ce stupide acteur juif qui s'était marié plusieurs fois avec des filles plus grandes et plus belles que lui) -- et c'était une raison suffisante pour me sentir plus fort que les regards que l'on pouvait nous jetait -- plus fort que ce regard que je jetterais lorsque je retrouverais un jour cette photographie --
un jour, je découvrirai cette photographie, prise au hasard d'une soirée, et je nous entendrais dire "c'est n'importe quoi!, nous faisons n'importe quoi" et après avoir entendu cela, je reverrais ton visage que je voyais quand j'ouvrais mes yeux, quand ma machoire me faisait mal tant j'aimais t'embrasser,
"c'est n'importe quoi!, nous faisons n'importe quoi!" et nous nous embrassions dans la douleur de nos dents entrechoquées et ton menton rougi par ma barbe drûe,
"c'est n'importe quoi! -- ouais, c'est n'importe quoi!"
Ouais! , c'est n'importe quoi! c'est n'importe quoi comme tout ce qui n'est plus concevable. Et comme tout ce qui n'est pas concevable -- le magicien qui découpe son assistante en deux, les extra-terrestres, Dieu
& le Diable, l'Amour & l'Amitié, la guerre et le parfum inné des filles,
-- tout ce qui n'est pas concevable -- les filles amoureuses de vous, les garçons amoureux de vous --, la gentillesse des vieilles dames,
-- tout ce qui n'est pas concevable -- l'intelligence dans le regard des chats, l'Humanité & l'origine du monde,
-- tout ce qui n'est pas concevable -- toi & moi, et l'un sur l'autre, le bleu du ciel & le reflet de la mer qui ne ferait qu'un,
-- "c'est n'importe quoi!" nous nous écriions, là dans l'alcôve de nos chambres --
-- et comme tout ce qui n'est pas concevable, nous vivions ces instants avec l'imprudence nécessaire pour savourer avec justesse ce qui est inconnu.
5 avr. 2005
**** (3)
**** (2)
Pour paraphraser Klossowski, qui a dit "Le jour où le jeune écrivaincorrige sa première épreuve, il est fier comme un écolier qui vient degagner sa première vérole", je dirais "le jour où le jeune écrivainécrit son premier livre, il est comme un écolier qui vient de découvrirla masturbation". Je n'en suis qu'à la branlette, mais j'aimerais bienchoper la vérole ;-)
Je vais tenter de dresser la liste des analyses/remarques/interrogationsqui me restent sur les bras après cette expérience, dans l'espoir qu'enles couchant ici, à l'oeil libre des lurkrices(-keurs) &contributrices(-teurs), je pourrais enfin me libérer et prendre distanceavec, puisque ces interrogations me bloquent et me frustrent de pouvoirpasser à autre chose.
L'une des difficultés a été de garder une cohérence stylistique tout aulong de l'écriture. Dans l'écriture de textes courts, il est possible depasser d'un style, d'un phrasé, à un autre; mais cela n'est pas vraimentpermis sur des dizaines et des centaines de pages -- sauf si le bouquinque l'on écrit s'appelle /Ulysse/ et que l'on s'appelle James Joyce.
Certes, je conçois toujours cette idée de pouvoir apporter desvariations sur le rythme, sur des changements dans la manière d'aborderla narration, mais celles-ci doivent rester cohérentes, c'est-à-dire,soutenir cet ensemble qu'est le style -- style bon ou mauvais, là n'estpas la question. Ceci peut paraître un peu ridicule à constater, mais aucours de cette expérience, j'ai dû dégrossir ma manière d'écrire,l'affiner, la forger, c'est-à-dire, devoir *contrôler* le geste -- cequi, en plus d'être frustrant, ramène l'épreuve du "long" à courir unmarathon avec des chaussures coulées dans du béton.
Dans cette difficulté, entre également la question du tic; sur un textecourt, les tics n'apparaissent pas forcément aux lecteurs ni même à sonauteur, mais sur une longue distance, l'abus devient flagrant, cecid'autant plus lorsqu'il n'est qu'une béquille pour l'auteur las. Je saisque j'ai énormément abusé, entre autre, de la tournure "bien moins que...", devant me résoudre à revoir pas mal de pages tant cela devenaitalambiqué jusqu'au grotesque; et je doute avoir fait le tour de mesalambics :-). Dans ce cas précis, c'était l'une des résultantes dusyndrôme de Hugo, c'est à dire pisser de la ligne en pensant écrire lechef d'oeuvre -- comme si finalement la tenue d'un "flot" était synonymede qualité. Ces points étant à revoir, à corriger à plusieurs reprises,ceci pousse la lassitude jusqu'à l'écoeurement, au découragement. Maisétrangement, j'estime avoir bien plus appris à écrire en récrivant qu'enécrivant simplement; et c'est peut-être là que le coup porte et blesse.
L'autre difficulté que j'ai rencontrée a été de savoir comment raconterce que j'avais à dire: jusqu'où dois-je aller ? que dois-je omettresciemment ? telle digression est-elle vraiment utile ? qu'apporte-t-elle? est-elle en cohérence avec l'intérêt du livre que l'on veut écrire ?Par exemple, pour un polar, faut-il s'attarder sur la couleur de la robede la dame en noir (sic) ? J'ai dû couper dans le texte, le resserrer àcertains endroits, devenir un monteur de cinéma qui selon les séquencesqu'il choisit, pourra donner des couleurs différentes à son film. Ce quirajoute une couche au travail besogneux de "post-production".
Cette difficulté est d'autant plus difficile à surmonter lorsque l'on aécrit essentiellement des textes courts -- le plus souvent des hybridesentre la nouvelle et de la prose --, textes courts dans lesquels uneseule idée est exposée, une seule chose est à dire; sur un texte long,il est difficile de ne pas s'enliser dans cette idée à laquelle ons'accroche parce qu'on la juge démentiellement géniale -- un autresymptôme du syndrome de Hugo. Il en est de même pour les images et lesmétaphores -- lesquelles, lorsqu'elles se rapportent toujours au mêmesujet, deviennent bien moins une licence poétique qu'un tic effroyabled'auteur à imagination courte.
Actuellement, les questions que je me pose sont:
- de savoir comment aborder mon histoire; qu'est-ce que je veux dire àtravers cette histoire, sans avoir à l'écrire -- parce que dans cecas-là, il sera plus simple d'écrire directement un essaisocio-philosophique branlant;
- par quel biais amener mon propos; selon quel plan, sur quelle structure;
- comment vais-je raconter cette histoire, en connaissant ma manièred'écrire et mes automatismes;
ces questions posées afin d'éviter le travail laborieux, besogneux de"post-production".
Mes dernières interrogations m'ont permis d'aboutir à cette idée qui mesatisfait plutôt, qui est la différence fondamentale entre le contrôleet la maîtrise -- et ceci me convient d'autant plus que cette conclusioncorrespond tout autant à l'approche de l'écriture qu'à ma manière devivre, d'être *vivant*.
Il ne s'agit évidemment pas d'une conclusion fourre-tout, et je laconçois avant tout comme une étape, tout autant dans le processus del'écriture que d'être *vivant*.
C'est d'ailleurs étrange comme l'histoire que je veux actuellementraconter entre en adéquation avec cette idée de contrôle et de maîtrise;comme si la pleine résolution de cette conception d'être agissant,d'être vivant, d'être écrivant, devait passer par l'écriture de cettehistoire; bien moins écrire pour "choper la vérole" que pour s'accomplirsoi-même. Ceci dit pompeusement, mais qui n'est pas sans importance pourmoi.
Petite notule: ces quelques remarques sur une expérience d'écriture sont très terre à terre en comparaison aux réflexions de Blanchot, Barthes, etc; elles interrogent bien moins l'écriture que la manière d'écrire.
Mais n'est-ce pas là que se situe le nerf de la guerre ? L'écriture doit se placer sur un périmètre autour d'un sujet qu'elle devrait se refuser
d'aborder; en somme, en revenir à ne pas écrire ce qu'il y a à dire, mais à le faire dire, comme l'on presse un fruit pour en tirer le jus. Ce qui renvoie à toute la difficulté d'écrire: qu'ai-je à dire, à transmettre, à travers cette histoire, sans que je sois obligé de l'écrire, sans que cela s'apparente à un essai ou à une énumération de faits.
**** (1)
Moi > Mmh.
Bruno > Je n'y ai pas cru.
Moi > (Oui, surtout eux; il arrive toujours ce moment où il n'est plus possible de rester figé là sur ce point de chute -- c'est curieux, les heures qui ont suivi cette mini-réponse étaient pleines d'une certaine tristesse -- alors nous buvions des verres et je demeurais comme déshérité d'un temps connu où les choses étaient différentes -- où il n'y avait effectivement pas ces gens-là, où il n'y avait rien d'autre que l'illusion d'une existé vivant; peut-être était-ce vrai et peut-être cela l'est maintenant moins, malgré les apparences; mais les filles embrassent les garçons, et ça les rend idiots; alors "les choses ont bien changé depuis", comme si je marquais là l'observation, le constat, du chemin tracé brouillé depuis -- et cette envie de s'échapper de ce contrôle omniprésent pour goûter à la liberté de la maîtrise; juste l'envie de faire rupture avec soi-même)
4 avr. 2005
The Byrds - I See You
Alors les filles embrassent les garçons -- et il faudra admettre que tu m'as prise par surprise -- et moi qui ne faisais rien à tes côtés, seulement te regarder comme je t'ai découverte un jour en hiver (cet hiver-là, encore chaud du son des bombes et des cloches, de l'émoi qui nous traversâmes quand vint enfin la révolte) -- qui ne faisais rien seulement te regarder et boire, seulement boire et te regarder, et n'être qu'un idiot n'osant à peine effleurer tes jambes du bout de mes chaussures (alors je t'ai vue) --*** -- alors je t'ai vue -- souriante et belle --
-- et tu ne cessais de parler de cet amoureux dont j'en aurais été presque jaloux si je ne t'avais pas vue -- si je ne t'avais pas vue me voir là, long et impassible, me touchant les cheveux, m'écoutant comme si j'étais le meneur d'une Révolution -- mais si je n'étais pas le meneur de la Révolution autour de nous, je l'étais de la mienne (alors je t'ai vue, et tu étais cette barricade que je devais enfin prendre bon gré mal gré -- alors je t'ai vue) --
-- et peu importe si le lendemain il me fallait dormir dans les toilettes de ce bureau que j'occupais pour presque rien, -- juste pour y trouver un peu d'intimité, et me dire "et lorsqu'elle entra, il se demanda s'il n'avait pas jusque-là gardé ses yeux baissés, durant toutes ses soirées qu'il avait passé avec elle, à boire tout deux et ivres jusqu'à oublier les pas de danse qu'imposait la musique -- alors juste bouger son corps comme on agite ses jambes pour retirer un pantalon trop étroit, bouger son corps pour s'en défaire --, le regard fuyant, ne la voyant pas jusque-là -- n'y voyant à dire vrai que celle qu'elle voulait laisser voir, juste une surface exhubérante ironique & cassante, mal fagotée drôle et idiote -- le genre de fille stupide qui peut pisser dans un broc et en jeter le contenu du troisième étage sur les passants, et se cacher et rire comme une idiote. Peut-être était-ce la fatigue qui lui fit tomber sa garde -- relevant alors les yeux sur l'inattendue --, et il vit une grosse masse de vérité, et alors tout entra en cohésion -- la pisse, le broc, les mauvaises blagues et les saloperies vachardes de la première rencontre -- et les excuses qu'il y eut lors de la seconde --, les actes et l'ivresse, la résolution et le dépit, la pertinence et la cruauté qu'assène la solitude, le malaise et la placidité du sourire, le front large --; un gros morceau de vérité (et là figé dans sa fatigue, attendant la fermeture une cigarette à la main, il se dit lorsqu'elle entra, dressée droite & emmitouflée d'une longue veste bleue, le sourire fané et timide, au-delà de la représentation de l'idiote ("-- sale garnement, sale idiote stupide qui crache sur les passants"): "elle est belle" -- pour que n'importe quel soudard tombe en extase à ses pieds" -- comme jamais il ne l'avait vue, là les yeux enfin droits face à elle et voyant la vérité, la fêlure du vernis, cet instant quand les morceaux éparpillés ici & là incohérents se rassemblent pour ne former plus qu'un bloc, alors. Alors, un jour, il faudra comprendre pourquoi il n'y a que les dingues qui l'intéressent",
-- alors un jour je t'ai vue, et puis tu m'as pris un soir par le bras -- et comme un idiot, je t'ai pris par la taille -- et alors tu as serré mon bras -- alors comme un idiot j'ai serré ta taille -- et alors tu as serré de tes doigts mon bras -- alors comme idiot je t'ai embrassé -- et mon visage de baisers a été couvert -- et ton visage de baisers a été couvert. Alors un jour je t'ai vue.
31 mars 2005
constipation
Ceci se recoupe évidemment avec la différence qu'il y a entre le pouvoir et la puissance, soit: entre le contrôle et la maîtrise du geste.
Il sera dorénavant hors de question de rentrer dans le délire de la constipation -- et S. a raison à propos du premier bouquin; j'étais bien trop dans la volonté de vouloir faire bien, peut-être parce que trop dans le respect de la littérature; et il en ressort probablement -- puisque je ne l'ai pas relu depuis -- un arrière-goût de trop-littéraire, avec cette idée de contrôler chaque phrase pour que chacune d'elle soit la meilleure possible -- d'ailleurs chose curieuse, j'ai le souvenir que les meilleurs passages sont certains monologues écrits sans trop contrôler quoique ce soit.
L'oeuvre ne repose pas sur le contrôle mais sur la maîtrise
-- le contrôle et sa perte étant l'idée actuelle et angoissante qui m'habite depuis quelques mois -- qui me guide dans des chemins tortueux, lesquels me semble être hors-limite alors même qu'ils ne sont guère, objectivement, que des petites embardées sans trop de conséquence (je repense à ce que j'ai pu dire à H., alors même que nous nous ... "mais c'est n'importe quoi" et elle de dédramatiser la situation "mais c'est rien, c'est normal"; si à mes yeux, c'était n'importe quoi, elle n'a pas eu tort de rappeler que c'était surtout normal, surtout en fin de soirée, après quelques bouteilles de vin blanc (hi!).
2. Le contrôle et les points de rupture. La crainte -- l'angoisse -- que j'éprouve à l'idée de coucher sur le papier l'histoire de Habib vient de là; bien plus que son histoire, c'est aussi la mienne qui est ici en jeu, puisqu'il s'agit de perdre tout contrôle du geste pour essayer d'en avoir la maîtrise -- puisque si Habib se doit d'être fait, c'est bien moins pour en raconter l'histoire effective que pour pouvoir passer à autre chose.
26 mars 2005
2. Mardi, couché tôt.
3. Mercredi, Levé tôt, Vitrolles, billet bidon retour tard, couché tard.
4. Jeudi, restaurant, miam.
5. Vendredi, réveil 8h par téléphone, voix métallique à-la-THX-2001-Odyssée "vou-a-vé-pa-pé-yé-vo-tre-fac-tur-de-té-lé-fon-veu-yé-la-pé-yé". A France Télécom, ça débauche sec.
6. Rien.
19 mars 2005
ostinato
14 mars 2005
Jandek & nous et la fille aux bas chair
Sortir de chez soi au petit matin et écouter Jandek dans la rue – et n’entendre plus la ville qu'à travers les ânonnements de sa voix désincarnée – et se laisser déambuler porter dans les rues, au son de cette fanfare, les oreilles pleines et le corps de plus en plus vide de tout nerf – décharné à l’os, sans peau ni muscle – n’être que dans une béatitude sourde et sans fond – regarder la ville de part les yeux froids des idiots – et découvrir alors le monde dans sa dimension la plus concrète, juste des corps en mouvement comme le nôtre, du métal et des vêtements, des cheveux et des mains,
et attendre alors le bus sans regarder quiconque,
et monter dans le bus sans regarder quiconque,
et descendre de ce bus ce corps qui nous appartenait et qui devient nôtre – à Jandek & nous –,
descendre de ce bus ce corps comme une vulgaire carcasse de viande – n’être que nôtre
et diffus sans contenance, nous – Jandek & nous – allons là à la recherche d’un café, la bouche vide assoiffée de l’âcreté de la caféine, de la chaleur d’une cigarette,
entrer dans le café où résonne Jandek, où Jandek annone guttural dans notre bouche – et être finalement deux, lui & nous dans la boue, et cette ville autour qui circule à un autre rythme, les têtes pleines de soucis là où les nôtres – à Jandek & nous – sont vides de tout problème tant nous avons oublié ce qu'était l'entendement, la raison -- nous corps siamois emmitouflés dans la camisole de boue, qui chante et écoute en même temps les lamentations bêtes de cette voix qu'est devenue nôtre,
et nos yeux deviennent aussi les siens, et nos sens deviennent ses sens,
et son chant devient notre chant – mélodie sans appui à l’entrain d’un corps flasque, flasque comme le goitre lourd laiteux d’un monstre que nous trouvons beau
et nous – Jandek & nous – nous prenons la tasse au comptoir et cherchons une table à travers les miroirs, et notre corps dans les reflets et nous (Jandek & nous) parmi les visages en biais des clients attablés,
et nous asseoir là et lever les yeux sur des bottes en cuir au bout de jambes accrochées aux cuisses au bout d’une jupe noire courte accrochée à un chemisier blanc au bout d’un visage froid blond froid comme le regard inquisiteur d’une fille qui n’est pas surprise que vous la regardiez tant ce qu’elle offre à voir n’est pas laissé au hasard,
et nos sens – à Jandek & nous – la regardent et glissent sur ses jambes de cuir glissant de cette jupe, en longs bandeaux de chair – la fixent et elle nous fixe (nous, Jandek & nous) fière sans crainte de ses jambes chairs en cuir au visage froid blond court les yeux au fond du vide de nos yeux à nous – Jandek & nous –
Jandek & nous comme des bêtes idiotes devant les bas chair qui se détachent des cuisses sortant de sa jupe qu’elle relève parce que ce n’est jamais assez trop,
Jandek & nous & elle, la fille au bas et aux bottes en cuir dans un café au petit matin,
Jandek & nous & la fille qui ne pensent à rien face à face dans la démonstration,
et son regard est celui des petites idiotes qui ne pensent plus
et notre regard est celui des idiots qui ne pensent plus
n’être que des sens primaires,
froids comme la viande,
et son regard sur notre visage sans expression – à Jandek & nous – cherchant quelconque réaction,
et notre regard sur ses jambes cuisses bottes bas désincarnés,
ne pas avoir de scrupule parce que nous – Jandek & nous – ne pensons plus.
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1. Bout d'essai raté. Retenter l'expérience demain, dans la mesure du possible.
2. Habib le roi des idiots.
3. Ne plus contrôler quoique ce soit -- garder le souvenir de la fin du concert complètement déconnecté de tout ce qu'il y avait autour, revoir mes doigts aller sur les cordes sans savoir ce que cela aller rendre.
4. Apprendre à respirer.
8 mars 2005
Parenthèse. Au lit. Dormir.