2 sept. 2009

Bob Dylan

1. Bob Dylan. Depuis maintenant une vingtaine d'années que je m'intéresse à la musique populaire, Dylan demeurait un objet inconnu dont je me méfiais pour tout ce qu'il symbolisait en tant que vieille garde hippie. Il y avait bien évidemment quelques tubes (I Want You) qui ne me laissaient pas indifférent mais non, je résistais -- et la violence de ma découverte n'est pas moins révélatrice de cette résistance. Grâce à Dylan, je sais qu'il est encore possible de pleurer à 36 ans sur une chanson comme mes 16 ans me le permettaient alors. Love Minus Zero/No Limit est certainement l'une des plus belles chansons de l'histoire de la musique populaire et probablement l'un des piliers pour son orchestration -- tout le jingle-jangle, la pop twee, les arpèges des Byrds, des Smiths, des Beatles, lui doivent beaucoup; la simplicité du roulement de batterie, l'utilisation tout le long du morceau du ride forge grosso modo un style, qui va de Knives Out de Radiohead, à Some Girls Are Bigger des Smiths, les Byrds dans leur intégralité. Et puis il y a la mélodie, et puis il y a la fin du morceau. Et puis il y a
She knows there's no success like failure
And that failure's no success at all.



-

(Elle me demanda la nuit qui suivit à quoi je pensais. Et je lui dis
A cette chanson de Dylan. Et elle sembla rassurée.)

-


Queen Jane Approximately.

Mais tout cela est révélateur de bien autre chose; je disais encore Cette année 2009, c'est démentiel, rarement les choses m'auront semblé aussi simples -- et même lorsque des difficultés se présentaient -- entre autre ces deux mois terribles à creuser ma propre tombe -- il y avait toujours un moyen pour s'en sortir. On dira qu'en 2009, j'ai eu 20 ans.


2. Je reviendrai sur une analyse du projet en cours. Où comment aborder le problème par le personnage et non plus par l'histoire.

31 août 2009

ma vacance entropique

VACANCE, subst. fém.
I. Gén. au sing. [Suivi d'un compl. déterm.] État de ce qui est vacant.
A. État de ce qui est vide, inoccupé. Synon. vacuité. J'aime entre tous un petit monument votif au bord d'un chemin (...). Sa niche est vide. Je souffre de cette vacance (BARRÈS, Voy. Sparte, 1906, p. 258).

1. Le cerveau en bouillie, du papier mâché. Pas écrit ni lu une seule ligne -- hormis une bédé de Peter Bagge et ce bouquin sur le Tai-ji quan, L'enseignement de Li Guang-hua, La tradition de l'école Yang, à peine feuilleté. Et reste toujours 300 pages avant de savoir si c'est Moby Dick ou Achab qui y passe.

2. Rien.

3. Samedi soir était du grand n'importe quoi. Dimanche inexistant. Lundi convalescent à culpabiliser de cette vacuité. La réplique mémorable de Nouvelle vague: le type demande à Alain Delon ce qu'il fait et Delon répond: "je fais pitié".

4. Rien (il est important de souligner ces périodes de vide, ces journées qui défilent sans que rien ne se passe, ne se produise -- de la vie en jachère. Ne rien produire, ne plus être une machine qui concasse, forme, construit. Et avoir malgré tout le sentiment que quelque chose se joue. Et le sentiment éprouvé est peut-être autre chose, non pas de la culpabilité mais l'impuissance de ne pouvoir être maître de cette production de vide; elle dépasse totalement le corps, l'esprit; le coeur de la machine continue à produire mais la machine n'est plus en état de transcrire cette matière, de la formuler, de la rendre lisible, sensible.)

5. Ce n'est pas de la fatigue, ni de l'épuisement. Bien au contraire, je suis un corps qui déborde, jusqu'à l'excès. C'est une énergie de trop-plein qui est délivré du transcripteur.

6. Aller sur un banc près de la fontaine et regarder les passants. Devenir vieux.

7. Je me laisse pousser la barbe.



8 août 2009

Samedi (2)

Salut,

Tout va bien. C'est ce que je me disais à l'instant, assis sur mon lit, regardant par la fenêtre le réverbère s'allumer, devenir de plus en plus incandescent et finalement produire une lumière belle, orangée -- la nuit tombe, j'écoute le fameux Do While de Oval -- je me souviens du magasin où je l'avais acheté, c'était un endroit curieux, nous en parlions encore l'autre jour au pique-nique; dans la rue, il ne reste plus que le vieil homme noir qui a une fois de plus trop bu et qui marmonne ses "Obama", sous l'œil des propriétaires du magasin qui sont assis sur le trottoir, attendant on-ne-sait-quoi.

J'aime cet endroit où je vis -- il est aussi grand que vos toilettes mais c'est la première fois qu'un lieu s'organise aussi bien autour de moi. Le soir, quand la nuit tombe, je m'assois sur mon lit et je reste là, la plupart du temps sans écouter de musique, me contentant des bruits de la rue, des discussions qui remontent de l'apéritif qu'organise le magasin du bas; le temps passe, la lumière du jour baisse, le réverbère s'allume, se remplit d'orange, de jaune; l'appartement plonge dans l'obscurité, les détails disparaissent, les espaces se désorganisent plan après plan -- ici, tout s'organise en plan et c'est grâce à cela qu'il semble s'agrandir.

Ce matin, je me suis réveillé vers 6h. Je me suis rendormi et réveillé à nouveau vers 9h30. Clara est venue pour récupérer la solution pour les bains de bouche. Nous sommes allés faire un tour; nous sommes allés dans son atelier, j'ai tiptopé quelques notes sur le piano et puis je suis rentré. Je suis allé boire un café avec Eric; Marion s'est installée à la terrasse, nous l'avons rejoint. Pryscilla passant par là et nous a rejoint également. Et puis finalement, nous nous sommes tous dispersés.

Je suis maintenant là, et j'ai le cerveau comme pris dans du béton; je n'arrive pas à rentrer dans mon fameux win.rtf -- j'aborde la partie centrale et je crois bien que cela me fout la trouille. Je galère pas mal également sur ma proposition pour Cyclocosmia -- je ne suis pour l'instant pas réellement convaincu du résultat; il manque un larsen, un bruit de fond (un souffle) qui traverserait tout le texte.

Je reste là. Ils vont tirer le rideau, dans un fracas metallique. Je sens mon cerveau se ramollir, prendre le pli de win.rtf, je prends en considération minute après minute l'espace que je dois habiter, ce territoire dans lequel je dois être pour reprendre contact avec mon boulot. Après, ça ira mieux. S'il y a blocage, cela signifie qu'il n'y a pas l'agencement nécessaire. Attendre, revoir la proposition, respirer, s'asseoir sur le lit, se plonger dans des réflexions ineptes, s'endormir, avoir faim, rester dans le silence, ne rien dire, s'ouvrir à soi, s'affranchir, être dans la volonté de s'affranchir, se défaire des pensées parasites, oublier les ingratitudes, vivre par cloisonnement, se souvenir de ce qui a déjà été écrit, chercher le rythme, et au-delà du rythme, le swing.

samedi

1. win.rtf. 10 jours.

2. Rien.

3. Un peu de vide.

4. Rien.

5. Rien.

6. Rien.

7.

26 juil. 2009

Ici et maintenant

1.
Je suis loin du flot que j'ai pu avoir en avril, lorsque j'ai commencé à écrire ces deux textes. Je passais une période difficile et ils répondaient à un profond malaise. Je ne pensais pas alors que je les conduirais où ils en sont maintenant.
En mai, je les ai laissés de côté. J'étais à Londres et puis ici & là. J'étais essoré, vidé. En juin, j'ai pris conscience qu'ils pouvaient devenir autre chose. J'y ai travaillé dessus, sans l'énergie du début, d'une façon plus mesurée, moins passionnelle, comme tout homme qui travaille quotidiennement à sa tâche. La semaine qui vient de se finir a été riche. J'ai dans l'espoir d'avoir enfin le déroulement de ma narration. Auparavant, je naviguais un peu à vue. La structure s'est mise en place, presque naturellement et je crois qu'elle fonctionne plutôt bien.
Je sors moins. Comme j'avais dit à Rachel un jour, après la mort de S., j'ai eu peur pour ma parole. L'ivresse délie la parole et je crois l'avoir mise en danger plus d'une fois. Je ne sais pas exactement ce que cela veut dire, je sens qu'il y a dans mon cas, une mise en danger de la parole. Comme un seuil à ne pas dépasser. Cela me rappelle ces concepts en systémique, les rétroactions positives et les rétroactions négatives. L'ivresse a un effet amplificateur. Je deviens un micro planté dans une enceinte. La rigueur que m'impose l'écriture de mon texte est, dans ce sens, bienvenue.
Les deux dernières soirées ont été très drôles. Vendredi, c'était chardonnay, musique cocktail, j'étais lone dancer. Hier soir, crémaillère. On s'amusait à doubler les discussions des autres. Et puis quelqu'un vient nous parler et je lui parle. Il me demande si je suis encore dans le doublage. -- Non, là, je ne suis pas dans le doublage. Je ne me double pas. Mais si tu veux, je peux me doubler, m'autodoubler. "Alors là, tu vois, je vais, blablabla...". L'idée est énorme. Un film avec le type qui subitement change un peu sa voix et se double pour déphaser la situation.
Je crois que j'en ai rien à foutre. Lorsque je disais, à propos du concert de vendredi soir de Thiaz Itch, que c'était de la musique pour rendre les enfants totalement hystériques et que si j'avais 4 ans, je me roulerais par terre avec eux, c'était une manière pour moi de me persuader de ne pas le faire. C'est la limite.
Alors oui, moins sortir parce que cela épuise le corps, la parole, les relations. Je ne crois pas au concept de la fête continuelle, de l'orgie permanente. Les hédonistes sont des crétins. Je ne suis pas pour l'épuisement. On en revient à ces questions de rétroactions positives & négatives. Et puis le rituel de la fête est important et toutes les occasions ne sont pas bonnes. Je garde le souvenir de fêtes qui étaient incroyables. Pas de ces consommations qui finissent dans le caniveau -- quoique la soirée avec H. & P. qui a fini dans un club pseudo-VIP et où le mollosse est venu me voir pour que j'arrête de danser, c'était assez ubuesque.

2.
La découverte des films de Bergman va de paire avec ce travail. Bergman, Henze, Feldman, le trio qui accompagne l'écriture.



J'aimerais beaucoup participer à Cyclocosmia III et je dois réfléchir à la contribution pour le projet de Pascale. Si je compte le projet inachevé autour de Damiens, commencé en septembre, plus d'autres bêtises écrites ici & là sous couvert d'anonymat, plus ce boulot-là, l'année aura été fertile.

3.
Deleuze disait que Spinoza se lisait dans les scolies. Je crois que la société actuelle se lit dans les commentaires que les internautes laissent sur les articles des journaux en ligne.

4.
Assez stupidement, je me donne jusqu'à mes vacances pour finir la seconde partie de mon texte. Encore une date à ne pas tenir. Un peu las de vivre avec un chronomètre posée sur la tempe.
-- Qu'est ce que la vie moderne?
-- C'est vivre avec une montre posée sur la tempe.
Je rêve de campagne, de paix, de solitude et de silence. Vieux, je serai l'homme que vous voyez assis sur un banc, dans un parc. Ou alors j'investirai la maison de ma grand-mère et en ferai ma Farö lotoise, ma tannière. Nous ferons l'amour une dernière fois dans l'herbe avant de mourir.

3 juil. 2009

Clef de voûte

1. Alors tu persistes à croire que cela est encore possible. Tu n'as pas compris que l'histoire est finie, qu'il est trop tard pour arriver à quoique ce soit.

2. Un jour, j'écrirai une histoire qui parlera de toi. Ca pourra commencer ainsi:

Tu recherches la perfection avec des bombes et une bétonneuse. Tu construis un monde aussi idéal que tu peux l’imaginer, mais poussé par des lois que toi seul connais, tu le détruis, le ramènes à la poussière. Et puis tu en reconstruis un autre qui se veut plus beau que le précédent, plus intelligent, plus juste, que tu détruis et remplaces par un autre, un peu plus proche de cette idée que tu t’en fais, sans voir que sur les cendres de ces mondes que tu as terrassés, tu ne cesses de reconstruire toujours le même.

Un jour j'écrirai un livre sur ces personnes face auxquelles on se retrouve seul. Tu ne te soucies pas de savoir ce que je deviens, tu te soucies de toi te demandant ce que je deviens.

3. Et ce n'est pas ma démission envers le monde. Je m'occupe de moi, après avoir passé du temps tourné vers les autres, et ceci dit en dépit de ce que l'on a bien voulu me faire croire -- je garde ici une certaine rancœur, louable et nécessaire pour ne plus me faire piéger à nouveau par plus égoïste que celui qui veut s'occuper de lui, c'est-à-dire celui qui ne cesse de se placer dans une relation de besoin.

Alors je prends mon temps, un temps qui ne s'inscrit dans aucune vie, dans aucune relation. Et tout autant cette idée avait pu me sembler terrible, effroyable, parce que je la percevais via l'aspiration mortifère de l'ascétisme, autant maintenant je la perçois, à première vue paradoxalement, s'inscrivant dans le monde, faisant face à lui, et non plus le dos tourné. Tes bras ouverts ne sont qu'une invitation au repli sur soi, à cette idée de la horde qui s'oppose au monde parce qu'elle s'élabore sur la peur et la perfection.

4. Ils construisaient des cathédrales à l'image qu'ils avaient de Dieu -- et ils en étaient également dans sa crainte. C'est dans ce sens que je peux dire que vous vivez dans une cathédrale.

29 juin 2009

lundi -- deux trois choses que je sais d'elle

1. Reprise de win2 & win3 point rtf. La dizaine de jours loin du manuscrit a été bénéfique. Alors que je me sentais au bout du bout de ce que je pouvais lui faire dire & penser, j'ai ouvert la focale et un autre territoire s'est ouvert à moi -- non point trop ambitieux pour ma petite expérience en la matière, mais qui offre un champ intéressant. J'embrasse maintenant une autre étendue de la réponse que je pouva is (me) donner lorsque je me demandais de quoi je parlais ici. Le propos était concentré jusqu'alors en un point que j'ai creusé jusqu'à en arriver au fond -- tout autant du mien que celui de mon personnage.
Blam, Blam, Blam, Blam, Blam, Blam, Blam, Blam, Blam, Blam, Blam, Blam il fit glisser l'arme sur son visage. Blam.

2a. J'en reviens à mon idée: la littérature (l'acte d'être en littérature) est une question d'espace, de territoire. Proust était un mineur, sa plume était une pioche et sa bougie une lampe frontale: il creusait la phrase, auscultait l'image, à la façon de la caméra de Visconti dans Mort à Venise. La phrase creusante dessine un territoire hors de la narration -- des galeries, des replis, des sans issues, des raccourcis qui peuvent conduire à un autre point de la carte puis s'en échapper; hors du regard, elle a sa vitesse, sa liberté -- parfois jusqu'à l'excès de sortir de la carte, du territoire (-- comment ça ?, je me suis un peu éloigné de l'histoire, -- comment ça ? j'ai dépassé les pointillés qui définissent la surface du territoire de mon histoire ?). Cela n'en reste pas moins de la littérature -- puisque celle-ci se nourrit de ces galeries, de cette infime broderie intérieure, ce forage de l'idée.

2b. En découle cette question du plan, laquelle devrait être considérée comme le travail du montage cinématographique.

-- Respecte la grille, bordel!, entend-t-on dans les salles de répétition. -- La grille, je l'emmerde.
-- Et si je mets cette idée face à celle-ci, cette scène à cette autre scène, à ce point de vue, que va-t-il en sortir.


Ici, on touche à l'expérimentation dans la littérature. A ne pas confondre avec ce que l'on nomme parfois "littérature expérimentale", laquelle, très souvent, n'est pas littérature mais s'arrête à de l'écriture -- ou la beauté du geste l'emporte sur la portée du geste. Je préfère entrer dans un musée et voler un Duchamp que monter une exposition à base de ready-made. L'un, c'est du vol, l'autre, ce n'est que du pillage.








3. Alors j'ai cessé de lire pendant quinze jours. Et lorsque j'ai ouvert la focale et que j'ai vu le territoire qui s'ouvrait à moi, j'ai préféré sortir boire une bière. Sur les conseils d'une rencontre, j'ai abandonné Moby Dick version Jean Giono pour Moby Dick version Armel Guerne, laquelle est d'un autre tonneau.


Melville
Call me Ismahel.

Traduction de Giono
Je m'appelle Ismaël. Mettons.

Traduction de Guerne
Appelons moi Ismahel.




4. Mettons.

20 juin 2009

win2 & win3 point rtf

Arrivé à cet âge-là, tu avais passé toute ta vie à aimer la même personne. Cet amour avait été si violent que tu avais cru pouvoir un jour en mourir.

Quand tu réalisas que cet amour ne pouvait que prendre place dans cette histoire-que-tu-écris, la fatigue te submergea; tu tombas dans un lourd sommeil et dormis durant plusieurs heures. A ton réveil, tu te sentis soulagé; tu avais faim, et au lieu de prendre des notes, tu sortis profiter du soleil pour manger quelque chose en terrasse.

28 mai 2009

jeudi

C'est à toi maintenant. Tu peux être fier. On va te demander pourquoi. Il n'y a pas de raison à donner. Jamais. Donner des raisons, c'est se mettre dans la position du coupable. Il n'y a pas de culpabilité. Le mot même ne devrait pas venir à l'esprit. Ne rien dire. Agir ainsi, sans avoir à s'expliquer. Parce que ce qui sera demandé sera moins une explication qu'une mise à l'épreuve. Une mise à l'épreuve de ce que tu es. Au passage, il ne manquera rien pour te déclarer malade, ou fatigué ou je ne sais quoi d'autre qui te placera, évidemment, sur une échelle de valeur. Toi, malade, toi, dingue, toi irresponsable. Mais il n'y a pas d'échelle. C'est cela qui est le plus dur à admettre. Surtout lorsque l'on passe sa vie à voir le monde en regardant ses pieds. Verticalement.

Allez vous faire foutre.

Un jour, on s'endormira sans "se refaire le match". On aura assez appris pour être là quand il le faut. Uppercut droit, défense haute, un gauche, une droite, on enverra KO au tapis en moins d'un round. Parce que l'on n'aura plus le moindre ressentiment. Ils seront des ennemis pour des bonnes raisons.

15 mai 2009

Luc Moullet à la Cinémathèque de Toulouse

1. Un court-métrage de Luc Moullet, Essai d'ouverture.
1ère partie


2nde partie



2. Je voulais voir Luc Moullet, ce type dont j'avais seulement vu l'un de ses court-métrages, dans lequel il dansait comme dératé sur une plage, au son du tube proto-électro Pop-Corn.

Il nous présente son film, Le Prestige de la mort.


Puis, vinrent les questions-réponses.




3. Si, par le plus grand des hasards, vous êtes la jeune femme qui pose la question "à propos du parasol" -- et dont on peut entendre les petits rires si charmants sur le second enregistrement --, n'hésitez pas à me contacter -- il me semble que nous avons raté quelque chose ce soir-là.

11 mai 2009

le portrait de l'homme creux

1. win.rtf.

2. Millepertuis.

3. Rien.

4. Jouer encore à ce jeu pourrait être amusant; mais, on dit qu'un jour, une souris de laboratoire dit à une autre souris de laboratoire: "il est vraiment idiot ce type (en parlant du grand-chercheur), quand j'appuie sur ce bouton, il me donne un bout de fromage".

5. Un amour de Swann. La saisissante soirée chez Mme de Saint-Euverte. Gilberte.

6. Rien.

7. Plus que le rien, le vide.

8. Perdre des territoires d'une ville & devoir en trouver des nouveaux.

8b. Nous sommes encore des animaux; l'évolution de nos personnalités (ou la confirmation) passe par une acquisition de nouveaux territoires: déménagement, changement de ville, de pays, de restaurants, de cafés, nous sommes en transhumance vers d'autres lieux. D'autres s'enferment: ils deviennent des piliers. Nous sommes des nomades; nos territoires sont ceux que les autres veulent nous céder, ou bien mieux, ceux que les autres ne pourront jamais trouver, tant ils demandent une acuité, un flair, qu'ils ont cessé depuis longtemps d'affiner. Nos travaux, nos doutes, nos joies -- ah la joie! --, nos libertés, nos délivrances, nos atroces limites que nous nous révélons, n'ont de cesse de nous apprendre à affiner nos instincts. Finalement, leurs territoires ne sont que des enclos, sécurisés et sécurisant, limités à répondre à des besoins très précis pour des satisfactions très précises. Les nôtres, sont ceux que nos pas peuvent parcourir.

8c. Je n'insisterai pas. Rassure-toi. Je n'irai pas plus loin. C'est toi-même qui sera à l'origine de ton massacre. Puisque c'est ça qui te tient en vie.

8d. Les piliers ne comprennent pas les bourrasques. D'ailleurs, ils ne bougent pas.




8e. Le vent: Soutine. Un jour, une amie m'a dit: tu es le groom de Soutine.

Il te faudra encore quelques jours po...

Il te faudra encore quelques jours pour retrouver cette liberté de penser,
enclos dans un sentiment qui dépasse la finitude du corps
- ce corps qui entre dans un dialogue avec un autre corps -,

un sentiment qui repose sur ce dialogue précisément
- dans cet espace ouvert par le dialogue -
& t'emprisonne dans un souvenir d'existence possible,

(mille existences s'ouvrent et se referment à chaque baiser)

non pas l'attente de l'autre
mais de cet instant qui ne vient pas
- et qui pourrait être le pas suivant
sur un chemin
(tout chemin s'achève un jour,

alors sans trop y croire
tu poursuis l'idée que cet instant qui se fait attendre
pourrait bien exister;
(tomber sous le charme d'une autre existence,
non pas réellement l'attente de l'autre,
ni même d'un quelconque désir,
mais cette course au travers de toi-même
fuyant ces temps morts remplis de rien
qui forment ton existence



- soudain un silence envahit ton appartement,
le silence de ta voix qui ne parle pas,
de ton corps qui bouge à peine,


L'amour
- ou tout ce qui peut s'en rapprocher
puisque le travail ou l'amitié sont égaux
dans l'asservissement qu'ils proposent -


t'empêche de penser - ou de rêver;

ne pas t'induire dans des pensées qui ne sont pas tiennes

puisque tu bloques l'horizon du langage
à quelques mots


(tu te souviens du rêve de la nuit dernière,
une société qui par une manipulation du cerveau
(un petit cavalier placé à un endroit judicieux)
limiter la capacité de penser,
de poursuivre les raisonnements)



et comme les personnages de ce rêve,
à présent tu ne penses plus, à ton grand désarroi, qu'à elle.

Non pas amour, mais quelque chose se rapprochant
du silence qui desserre
l'étau de deux corps.

6 mai 2009

bouts (2)

Demain je te raconterai les pyramides
Demain je te parlerai de ces jours qui seront des devenirs,
quand les vins auront été vomis à se retourner l'estomac,
quand les cigarettes ne seront plus que des cendres,
- des mégots pulvérisés dans des verres à pied,
- et les bouches pâteuses,
- et les langues lourdes et blanches,
quand les corps se réveilleront de ces sommeils de malaise de tête qui tourne,

Petit bouchon qui flotte,
au-delà des rivages.

4 mai 2009

Le nez, les yeux et ton front qui se plisse

2. C'est comme l'histoire de ce type qui découvrit un jour qu'il s'ennuyait; avant ce jour-là, il avait le sentiment d'avoir toujours quelque chose à faire; et puis vint cette journée du 20 avril 2007; il avait fini son yaourt, une molle paresse s'était emparée de lui, il alla boire un café. A la terrasse, fixé sur sa chaise, il regardait les filles passer. Il se retourna vers l'intérieur pour jeter un œil sur la pendule du café. D'autres filles passèrent; il se retourna encore vers la pendule -- l'aiguille avait bougé mais bien moins que le nombre de filles, de cuisses, de culs qu'il avait pu mater, l'air de rien --; en revenant à la rue, il croisa son reflet dans la porte du café et il ne se reconnut pas: il avait un trait à la place des yeux et un bec à la place de la bouche, "bordel! je ressemble à Trondheim", s'écria-t-il. Il décida de s'intéresser à la musique. Comme il ne connaissait aucun artiste et n'écoutait jamais la radio, il commença par la lettre A. Aujourd'hui, il est à ABBA, et demain, il va mourir.

3. En écartant le rideau, elle libéra une guêpe prisonnière qui, apeurée, traversa la pièce et disparut dans l'obscurité du couloir. Elle la suivit du regard, espérant qu'elle ne vienne pas à voleter près du canapé en cuir – ce canapé où les stations y sont longues, où l'imagination se perd dans la mémoire, jusqu'à ce que la mémoire devienne elle-même l'imagination d'un temps qui n'a pas eu lieu – ai-je été là, l'ai-je rêvé, suis-je encore là, fallait-il que je sois là ? L'insecte disparut dans l'ombre d'un couloir, elle se retourna sur la rue, regarda par la fenêtre, le voisin avait déjà disparu, l'après-midi était du printemps, l'heure était à la poussière.

Rêves

1. (Aujourd'hui, grasse matinée) Je suis dans la rue; je cherche un timbre; je trouve un distributeur de timbre (je m'étonne d'en trouver un dans la rue), il ressemble à horodateur; je mets de la monnaie, j'appuie sur le bouton Etranger/Europe (je suis en Russie, ou Pologne ou approchant); des pièces tombent en quantité, qui débordent de la machine puis quand je veux les prendre, elles disparaissent (elles sont avalées par la machine comme un aspirateur) et à la place, il y a 2 euros 50-60; le timbre est de 0.50 euro. J'ai deux lettres: une que je veux envoyer et une autre sur laquelle je veux coller une image -- auparavant, je suis passé dans un magasin pour acheter une grande vignette autocollante de Groucho Marx; je vais aux abords d'un lycée pour poser mes lettres et coller mes affaires sur les lettres; le timbre est autocollant, épais, plastifié et vert; il est mal imprimé, le pré-découpage ne correspond pas aux bordures du timbre; le découpage est en S; je m'étonne de ça et de son épaisseur plastifiée; derrière la grille du lycée, il y a un père avec deux de ses enfants; un troisième est à côté de moi; ce sont des pré-ados de bonnes familles, "à mèche"; je pose la lettre et colle le timbre; mes lettres glissent derrière la grille; d'autres ados cherchent à s'en emparer mais je les retiens; l'un me tient la main; comme j'ai quelque chose d'énorme dans la bouche (entre le chewing-gum et une grosse boule de glaire) je cherche à lui cracher/déposer dans la main; en voyant ça, il relâche ma main; un enfant à côté de moi a pris mon image de Groucho Marx et l'a pliée en deux, collant un côté sur l'autre; je m'énerve contre lui et appelle son père qui a disparu; je récupère mes lettres et m'éloigne de la grille; un jeune homme, dans les 25 ans, est là; il me demande ce que je fais là; je lui demande qui il est, si c'est un élève ou un pion, ou un flic; il me dit qu'il va me dire mes droits; je lui demande s'il me prend pour un pédophile ou quelque chose comme ça et que c'est n'importe quoi; je lui raconte ce que l'enfant a fait de mon autocollant et aussi l'histoire des lettres; il me parle mais je m'en vais; je rejoins mon hôtel; je croise une dame, la cinquantaine; je l'ai déjà vue avant tout ça, elle était là, mais elle jouait un autre rôle; il y avait aussi une autre dame, plus jeune mais elles se ressemblaient; au début, elles avaient des rôles définies et à la fin, arrivée à cette partie, elles ont interchangées leur rôle; la voix-off laisse entendre ce qu'elle pense à propos de l'autre dame: "quelle conne"; je lui demande quelque chose, où se trouve la boîte aux lettres; c'est une russe; elle est un peu plus grande que moi, habillée d'un long manteau, le visage ridé; je la remercie et fais quelques pas avant de me retourner; je reviens vers elle et l'embrasse sur les lèvres, puis de manière plus appuyée; elle sourit et s'amuse de cela; on se salue, partant chacun de notre côté; je lui dis "à bientôt" et elle comprend la blague et s'en amuse d'un clin d'œil, parce qu'elle sait qu'on ne se reverra plus.



2. (Autre nuit) Je marche le long d'une route, une ligne droite (exactement la route qui conduit de V? à St-D.) mais en plus étroite; des voitures me dépassent; la circulation est dense, très dense; ce sont des voitures des années 30-40, très grosses, très luxueuses; une voiture percute une autre sous mes yeux; la voiture percutée tirait un traineau et un landau; tout se passe vite, la voiture repart; dans le traineau, il y avait un bébé qui a été projeté dans le fossé; je le prends et le mets dans le landau; je le ramène chez mes parents; ils n'habitent pas dans leur maison mais une maison très années 30, fauteuils en cuir, ambiance cognac; on se dit qu'il faut prévenir les parents de l'enfant, parce qu'ils vont s'inquiéter; on déduit qu'ils sont en vacances dans l'un des hôtels de la région; je suis au téléphone et je cherche à composer le numéro; je n'y arrive pas, je me trompe toujours dans la composition du numéro, parce que je fais l'effort de me rappeler s'il y a un indicatif ou pas; ma mère m'apporte un autre numéro "plus récent" d'un hôtel dont je sais qu'il n'y a pas d'indicatif à composer, mais je n'y arrive toujours pas; je m'y reprends des dizaines de fois mais je m'arrête toujours au milieu parce que je me rends compte que je me suis trompé; je me sens impuissant à ne pas pouvoir composer ce numéro.

21 avr. 2009

Une belle journée en France

PARIS (Reuters) - Enseignement de la Marseillaise aux immigrés, incitation au respect du drapeau et éducation civique pour étrangers : le gouvernement français entend adopter bientôt un programme d'action pour promouvoir le "patriotisme".

Le ministre de l'Immigration et de l'Identité nationale Eric Besson a laissé entrevoir mardi des mesures en ce sens qui seront prises sans doute en juillet prochain, lors d'un comité interministériel à l'intégration.

(...)

PARIS (Reuters) - La justice française a interdit l'exposition de cadavres humains "Our body, à corps ouverts", donnant raison à deux organisations de défense des droits de l'homme, apprend-on auprès de leur avocat.

(...)

Les forces de l'ordre ont interpellé mardi matin 194 personnes lors d'une vaste opération contre l'immigration clandestine dans la région de Calais. Parmi les migrants d'origine pakistanaise, iranienne ou irakienne, 44 ont été placés en garde à vue. D'après la préfecture du Pas-de-Calais, cette intervention a permis de révéler la présence de nombreux mineurs parmi les migrants, ainsi qu'un état d'insalubrité préoccupant sur les lieux. Cette opération visant à démanteler les filières d'immigration clandestine intervient à 2 jours de la visite du ministre de l'immigration, Eric Besson. (SWISS TXT)

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Ca sent le brun.


19 avr. 2009

Eric et Henri

T'es mort. Voilà, les choses sont faites. D'un point à l'autre: entre Séb et toi, un hiver a passé. D'un côté, une grande fête pleine de vie, de rires, de pleurs, Seb sur son surf qui récite la lettre de Guy Moquet et de l'autre, l'anonymat, le secret. Eric, tu es mort il y a trois semaines, et personne ne semblait être au courant.

Ta mère, la psy, t'avais placé en hopital psychiatrique. Tu es mort là-dedans, paraît-il. Je me souviens des tableaux que tu avais offert à E. Je me souviens aussi de cette soirée où tu m'as dit qu'on devrait faire de la musique ensemble, que tu apprenais la clarinette. Tu avais le regard vide de Syd Barrett. Toi aussi, t'avais forcé sur la dose. La micropointe t'avait dévoré le cerveau. Mais on dit que t'avais déjà des problèmes avant. Que cela n'avait fait qu'empirer les choses. On donne toujours des raisons pour excuser nos manquements. On t'a laissé filer, c'était comme joué d'avance. T'étais revenu de Amsterdam détruit. Les autres t'avaient abandonné. Tu errais dans la ville, on se croisait. On discutait un peu. Tu fais quoi, tu deviens quoi. Moi dans ma névrose, ma solitude, toi dans ton monde que tu regardais les yeux vides et tristes. Stéphane t'accueillait de temps en temps, quand tu avais des permissions de sortie. E. & B. allaient te voir, là-bas. C'était les seuls. Ils allaient à Albi te voir, les dimanches. J'avais eu l'occasion de les suivre, mais je m'étais défaussé au dernier moment. Je suis aussi un petit homme.

L'annonce de ta mort scelle, par un curieux hasard, la fin de ma lecture de Acid Test, qui parle de trips sous LSD. Tu arrives là, après 6 mois d'un long tunnel que j'ai creusé pour m'éloigner du dècés de Séb. Tu boucles la boucle.

Depuis quelques jours, je lis un peu partout la disparition de Henri Meschonnic. Un nom que je ne connais pas. Tu ne devineras jamais, Eric, ce qui vient de se passer. Dans le tas de livres qu'il y a au pied de mon matelas, j'ai trouvé un bouquin de Henri Meschonnic. Ca s'appelle Nous le passage, c'est de la poésie. C'est ma soeur qui me l'avait donné avec toute sa bibliothèque, quand elle faisait sa crise mystique. Ce sont des courts poèmes. Comme il fait beau, je vais aller lire ce livre sur un banc.

Je t'embrasse Eric.

(Cassavetes & Falk dans Mikey and Nicky, Elaine May)

15 avr. 2009

Clavinova


1. Hier soir, dans mon sommeil, j'ai très fortement pensé à toi. Ce n'était pas un rêve, mais une présence dérangeante, des mauvaises ondes, un fantôme qui venait m'habiter. Je me souviens de m'être relevé sur mon coude, tu devais être par là, dans la pièce. Toi ou quelque chose de toi. A midi, je t'ai appelé et ça n'a pas décroché. J'ai laissé un message en disant que j'avais rêvé que tu étais entrée dans une secte & que ça me ferait plaisir d'avoir de tes nouvelles.

Ce qui c'est passé cette nuit me met dans une certaine fébrilité -- je ne devrais pas certainement. J'ai eu Vanessa qui m'a dit t'avoir vue à la piscine et que tu étais allée voir des docteurs. Et puis Gisèle a dit que tu étais venue répéter la semaine dernière. Ça m'a rassuré. Ce soir, je me suis un peu remis à mon piano en plastique (le clavinova est au piano ce que la poupée gonflable est à la femme)


"t'es aussi sensuelle qu'un clavinova"


au clavinova parce que j'ai trouvé une petite mélodie qui tourne sur un accord de sol & de do, et je ne trouve pas la suite. Je retrouve la puissance d'un Sol et d"un Do. C'est bon signe ça.

J'ai eu ma mère au téléphone qui m'a dit, très discrètement, que ses petites affaires d'articulation devenaient un peu plus sérieuses. J'avais deviné à la voix sur son message que quelque chose n'allait pas vraiment mais on fait comme l'air de rien "je vais pas lui foutre la trouille". Ma mère me sait sensible. Je deviens une petite grand-mère a-t-elle dit en riant. J'ai pensé à toi et à tes épaules qui se bloquent. Le monde autour de moi perd en souplesse. Je vais retourner au taï-chi.

2. Depuis quelques jours, je repense souvent à S. Depuis sa disparition, c'est peut-être la première fois que je me retrouve enfin un peu seul, sans avoir quelque chose à faire pour me distraire de cela. C'est bien. Pas envie de sortir. Juste chouiner dans mon coin. Parce que c'est bien de chouiner, aussi, de temps en temps.

3. Je me souviens des cours de piano que tu me donnais. En échange, je te donnais un texte que j'écrivais dans la semaine. Après le cours, on sortait s'acheter un sandwich qu'on mangeait sur un banc. On se disait au revoir de la main, à samedi! A samedi! on se faisait, tout fiérot.

10 avr. 2009

Pommade

T'as la mémoire courte; en d'autres temps, toi aussi tu étais en plein dedans et l'air de rien, je prenais garde. Peut-être aurais-je dû être plus démonstratif pour avoir un juste retour des choses. Rares sont les personnes qui perçoivent ces attentions, presque invisibles. La bienveillance, l'attention sont bien peu de choses dans la plupart des relations; pour être bien vu, il faut du démonstratif, du "je te passe la main sur l'épaule" qui coûte peu et rapporte beaucoup à l'ego. celui qui panse se gargarise souvent; il ne soigne pas seulement la plaie de l'autre, il se passe également une jolie pommade. Ego, ego, ego. Accroché à ton ego, hang on to your ego comme dit la chanson. Je sais très bien que tu n'attends qu'une chose: c'est que je te dise que je passe une période difficile et alors tu te mettras en quatre pour me soutenir, y allant de ton discours, de tes méditations compréhensives sur le monde, plus quelques conseils paternalistes. Et ce n'est pas cela que j'attends de mes relations. J'ai déjà un père & un frère.

En dépit d'une certaine tristesse qui m'envahit parfois, tout cela me rassure. Ce n'est finalement pas moi qui déraille. On est toujours tenté de se remettre en question, c'est dans la nature des choses. Ceci jusqu'au jour où l'on se rend compte que ce n'est pas nous qui faisons n'importe quoi mais bien l'autre, en face. La pommade que tu passes, ce n'est pas mon problème, c'est le tien; que tu agisses ainsi pour dorer ton image, te donner une bonne conscience, c'est ton problème. Qu'il n'y ait rien en retour des services rendues et que cela me rende fou, c'est un autre problème auquel je dois trouver une issue; et elle se trouvera toute seule, j'en suis certain. Mais je ne vais pas revenir sur ma manière d'agir pour avoir des retours. La non-démonstrativité que j'applique dans mes relations et ma manière d'agir, elle me convient parfaitement, je suis en phase avec. Et je souligne en phase parce que je me suis posé la question maintes & maintes fois. Il y a peu, je disais à une personne "j'aime bien faire l'idiot" et elle m'a répondu qu'elle s'en était rendue compte, ie. qu'elle avait capté mon petit jeu. C'est ce genre de remarques qui me permettent de croire encore à l'existence de personnes capables de percevoir un minimum de finesse. Je sais qui j'ai aidé et ces personnes le savent. J'en ai soutenu d'autres et elles ne le savent pas. C'est leur problème. La relation humaine n'est pas une économie marchande; tu passes de la pommade comme d'autres tirent un trait vertical sur une feuille, écrivant d'un côté Crédit, de l'autre Débit. Ce que je peux donner, combien ça peut rapporter à mon petit ego.

La grande pitié catholique, la grande solidarité démonstrative m'a toujours ennuyé parce que dans bon nombre de cas, elle repose sur une mauvaise conscience de soi. Les gens que tu aides, pommades, peuvent remercier ta mauvaise conscience, elle leur doit beaucoup. C'est pour cela que tu sembles agir avec désinvolture, sans intérêt, parce que tes transactions ne sont pas entre toi et les autres, mais entre toi & ta mauvaise conscience. Toi et les autres, vous faites une petite machine bien huilée; toi tu donnes et en contre-partie, tu redores ton image. Il doit exister un schéma équivalent dans la Nature, mais à l'heure actuelle, je ne l'ai pas trouvé. Mais ça se rapproche d'une certaine idée d'un catholicisme coupable, un classique du monde occidental.

Je ne veux pas perdre mon temps à essayer de te convaincre. Je ferai dorénavant sans toi. Il n'y a pas expliquer. Lire Spinoza, Nietszche, revenir aux textes taoistes, une psychanalyse, pencher la tête et s'apercevoir que le monde n'est pas comme il paraît.

Je suis loin d'avoir fini ma mue: du tao, je n'en suis encore qu'un lecteur peu averti: la paix, l'harmonie avec soi & le monde, je n'en goûte pas encore pleinement les délices; la béatitude spinoziste est une idée que j'entr'aperçois; je suis encore capable de beaucoup de rancunes; sache qu'en d'autres temps, je saurai te rendre l'espèce de mépris dont tu fais preuve. Et j'y mettrai les formes, puisque tu y es si attaché.

7 avr. 2009

Avancement

1a. Win.rtf: 11 feuillets de 1500 signes.
1b. Super-héros: 6 feuillets.
1c. Damiens: cinquantaine de feuillets.
1d. Habib: une centaine.
2. Les paperoles de Proust sont des galeries. Proust était un mineur.
3. Creuser le texte -- non pas étendre sa surface, mais sa profondeur.