13 oct. 2009
La sélection du bureau - septembre 2009
53min et 14sec. à télécharger en liqcuant iic, ou à écouter ici-bas. Le détail de la sélection est encore un peu plus bas.
Il y a quelques temps, un samedi matin, j'étais de mauvaise humeur. Alors que j'allais chercher un café-à-emporter pour le boire sur un banc, j'entendis Candyman (du célèbre Reverend Gary Davis) joué par un vieux type sur sa guitare; cette chanson est du sucre et remettrait illico d'aplomb n'importe quel suicidaire. Je me suis dit, enjoué par cette rencontre au hasard des rues, que la connaissance de beaucoup de musique ne trouve pas son intérêt dans son étalage en société mais dans cette démarche très personnelle de trouver pour chaque émotion que l'on rencontre la musique qui pourra l'accompagner au plus près, la dissoudre dans une autre émotion ou l'amplifier. Ce n'est pas dit que si je n'avais pas connu Candyman, elle aurait eu le même effet sur moi; je ne l'aurais certainement pas entendue, n'y aurais prêté aucune attention. Il s'agissait là d'une rencontre qui me ramenait à moi, à ce que je suis et qui me convient -- et dont je m'éloignais avec force mauvaise foi et apitoiement.
Daisy Chain - Zzotto
A classer dans la collection "Je m'appelle Stereolab et je pille des groupes inconnus des années 60".
Phil Spector - He Hit Me
Ne sais plus si ce sont les Ronettes ou je-sais-plus-qui qui chantent, mais c'est du Spector.
Shop Assistants - I Don't Want to Be Friends With You
C-86 en force.
Jem Targal - Dance With Cha Girl
L'une des grandes trouvailles du mois, album renversant. En date du 1978 -- et le cédé est à colorier.
Le Système Crapoutchik - Ploum le Clown
Rare groupe français à faire de la "pop" (et non du yéyé) dans les années 60; les paroles sont un summum d'idées hippies (la vie c'est beau, etc.), mais c'est intéressant/enrichissant d'entendre des tentatives de caser le français sur des mélodies; surtout lorsque la plus grande difficulté d'un songwriter est le texte.
Randy Rice - Hello / Mr. Dumpty, Before the Fall
Jolie mélancolie et parole dépressive à souhait. Tiré de l'album To Anyone Who's Ever Laughed At Someone Else -- titre d'album walserien ("et quand on riait, il riait de lui"). Le reste de l'album est très (trop) guitare acoustique.
Sonic Youth - Expressway To Yr. Skull (live)
Sonic Youth en concert en 1986 et l'étonnant silence du public qui se retient jusqu'à la fin du morceau.
Morton Feldman - Rohtko Chapel 1
Extraordinaire jeu de timbres. Un morceau vertical.
Scriabine - Etudes- Op. 42
RAS.
Biff Bang Pow! - She Haunts
La joie.
Harry Schneider, The Singing Plumber - A Love Song For Sona
Harry Schneider est plombier et il chante une chanson d'amour pour Sona.
Bob Dylan - Idiot Wind
Bob Dylan.
Jem Targal - Luckey Guy
Jem Targal est un gars chanceux.
12 oct. 2009
L'océan
7 oct. 2009
win.rtf
5 oct. 2009
la passion
29 sept. 2009
Je ne veux pas devenir une table
"Je veux devenir une table, je veux devenir une table", criait-il en tapant dans la balle de ping-pong.2. Il n'y a pas grand monde à sauver dans toute cette histoire. Peut-être l'oncle (le parrain), la fille, et tout le reste, c'est que dalle, pas tripette. Le plus dur, ce n'est pas pour ceux qui restent, c'est pour ceux qui partent.
3. Revenir à la joie, à la belle humeur, à tout ce qui rend le corps plus léger & le pied agile. http://bastardisaddic6.blogspot.com/2008/06/4.html
24 sept. 2009
Quelques heures sous les sunlights
21 sept. 2009
Face A/Face B
1. En dépit de nos différences, nous nous remplissions l'un l'autre d'une confiance qui n'avait pas de limite -- l'un l'autre, durant ces longues heures où nous nous enivrions, nous revisitions ces territoires que nous avions découverts seul -- alors seul, emporté par la puissance des rêves et le doux confinement d'une solitude joyeuse, chacun mesurait la grandeur de ses possibilités, l'envergure de ses membres et la longueur de ses foulées -- et mis ensemble, grâce à l'alcool et certainement à l'amour, nous nous glorifions au-delà de toute raison durant des heures, jusqu'au matin où nous nous endormions sans prendre la peine de nous dévêtir. Nos réveils avaient l'âcre saveur du tabac froid et l'acidité des mauvais vins. Plusieurs heures après, nous marmonnions, incompréhensibles, la bouche pâteuse et la gorge sèche. Et avant la tombée de la nuit, nous nous recouchions, scellant par une emprise amoureuse cette journée qui ne nous semblait pas avoir existé.
2. Etre Quentin qui ne veut pas céder à la haine.
Now I want you to tell me just one thing more. Why do you hate the South ?"
'I don't hate it,' Quentin said, quickly, at once, immediately; 'I don't hate it,' he said. I don't hate it he thought, panting in the cold air, the iron New England dark; I don't. I don't! I don't hate it! I don't hate it!
3. Donne-moi cinq minutes pour dire ce que j'ai à dire: jusqu'au bout, tu auras pris ce qu'il y avait à prendre et lorsqu'il n'y a plus rien eu à prendre, tu as filé. Au fond du gouffre que j'ai traversé, tu es venu pour en redemander encore. Tu as certainement compris qu'après cela, il n'y avait plus rien à tirer de moi. Alors tu as filé, et je sais que maintenant tu rases les murs. Tu n'es pas moins qu'un parasite et c'est bien logiquement que tu as choisi ce camp-là: les victimes sont seules et elles se réunissent pour devenir des martyrs. Ce qui m'ennuie le plus, c'est que je sais que tu n'es pas plus malheureux là-bas que tu ne l'étais ici, pas plus heureux avec eux qu'avec moi. Parce que rien ne te tourmente plus que toi-même et en choisissant la voie que tu as prise, tu ne fais que repeindre les murs de ta cage. Comme eux, tu seras toujours la victime de quelqu'un, parce que comme eux tu ne cesses de construire des barricades entre toi et le monde, ceci pour ton bien-être, ceci pour une morale qui repose bien moins sur l'amour universel du monde -- comme vous en avez la prétention -- que pour défendre votre propre petite personne. Repliés dans vos communautés, vous dites vivre comme des pirates, mais le territoire des pirates étaient les océans, non ce lopin de terre où ils se réunissaient pour y partager des butins. Vos lieux sont des forteresses, non des îles ouvertes aux quatre vents. Et toi, tu as finalement opté pour cet ostracisme alors que j'ai tout fait durant des années pour t'aider à être un peu plus au monde, pensant que ton plus grand mal était ta solitude. Mais je me suis trompé sur ton compte: ton plus grand mal n'est pas ta solitude, c'est l'image que tu te fais de toi, haute, grande, belle, hors-du-commun qui te conduit à cette solitude. Tu n'étais pas seul, tu étais seulement en manque d'admirateurs. Jamais, à mes yeux, tu ne seras grand, sache-le. Je n'ai d'estime que pour mes semblables.(...)
20 sept. 2009
19 sept. 2009
V
15 sept. 2009
Maigre
"Personne avant moi, dans cette langue, n'a écrit comme je le fais, comme j'ose le faire, et comme c'est mon plaisir, ma plénitude. Je sais que des dernières pages de Samora Mâchel, en Mai, je peux, les lisant ici, en réveiller les morts, de cet enclos, les notables et les obscurs, les honorés et les oubliés, les paysans, les ouvriers, les enfants, les femmes. Comment me faire moi-même à cette réalité de ma langue, de la langue de mon être avant que je sois? Comment apaiser la peur que j'en ai, la peur de l'Inconnu? Comment accepter cette voix transitoire dont j'entends déjà l'accomplissement?Alors je suis allé à la librairie pour voir ce que j'avais un jour entendu d'une lecture d'un texte de Guyotat -- mon expérience de lectures guyotiennes (inachevées, je précise) s'arrêtant aux très "classiques" Tombeau pour cinq cent mille soldats et Eden Eden Eden -- et prendre la mesure de quoi Guyotat parle, cette langue en laquelle il entre -- "j'entre en langue" me répète C., en retournant les mains comme si elle retournait une peau.
De l'autre côté du mur -- je ne ressens aucune douleur de l'entorse qui me prendra le pied dès l'après-midi, l'amaigrissement et les cachets aidant, je ne souffre plus que d'une seule douleur, celle de cette langue dont je sais la beauté trop dure déjà pour moi, trop forte pour moi, qui me meus pourtant dedans avec science et plaisir, mais combien plus je me préférerais usant d'une langue lisible par tous dans l'immédiat (et pourtant...).
Cette langue dépasse ma pauvre force, elle va plus que ma pauvre volonté. Elle me scandalise, me fait rougir, à d'autres moments rire, non d'une langue de fou, mais d'artiste trop fort pour l'être, humain, que je suis encore; de prophète de moi-même donc." (Guyotat, Coma).
Le livre est Prostitution et l'image est prise sans l'accord du site.
14 sept. 2009
shaolin cowboy
Le gosse ne tue pas le juge, et c'est en cela que le juge le reconnaît comme son fils, son héritier, la filiation ne tenant pas ici au partage de valeurs identiques mais à attitude identique, à une posture commune. On peut avoir en tête une scène clef du genre "western" où le cowboy demande à son jeune protégé de le tuer parce que selon l'"ordre du monde" il a commis une faute punie par la mort, et le protégé le tue et devient un homme, en dépit de la disparition de son symbolique père. Cette vision totalement manichéenne est celle du prêtre (chapitre de la poursuite du juge par le gosse), mais non celle du gosse qui n'a aucune raison de le faire puisque le juge ne l'a jusqu'alors jamais entraîné dans une quelconque chute. Et c'est lorsque le juge enferme le gosse que celui-ci finit son rite initiatique et s'affranchit du juge. L'enfant ne devient pas un homme en quittant son père mais lorsque le père cesse de le reconnaître comme un enfant. Et le gosse devient un juge, à sa façon, à sa manière. Il cesse de errer en apprenant le monde -- et celui-ci cesse d'être un désert dans lequel, durant 300 pages, les protagonistes se sont perdus, allant au hasard complètement hirsutes, ne voyant en lui que l'incarnation de l'Enfer, enfermés dans leur conception binaire du monde -- alors que le juge, en l'adoptant, en l'apprenant, en l'écrivant dans son carnet y voit autre chose. Le gosse, lui, ne voit rien, replié dans en cocon en formation duquel il en sortira pour prendre toute la mesure du monde (un peu comme moi, qui forge une autre idée du livre en écrivant ici cette notule et le découvre bien intéressant à posteriori qu'à sa lecture.)
2. Comme je n'ai pas le bouquin à mes côtés, je ne peux pas continuer à développer. Mais les grosses lignes de ma lecture sont là. En gros, voilà: Méridien de sang n'est pas un livre de cowboys mais plutôt un livre de shaolins, à l'époque de Lao-Tseu.
(Warren Oates, dirigé par Sam Peckinpah dans The Wild Bunch.)
9 sept. 2009
Sans surprise
2. J'aimerais ne pas devenir juge de cela.
3. Quelques notes à propos du bouquin de Cormac McCarthy Méridien de sang:
- mise en miroir avec La horde sauvage de Peckinpah -- où l'on retrouve Holden, non plus personnage (le juge) mais acteur (William). Les deux oeuvres balisent une période de l'histoire américaine, traversée de part en part par la violence.
- la Bible: le style "biblique" de McCarthy; cette terre est l'Enfer -- l'image récurrente du volcan, de la faille d'où s'échappent des animaux (chauve-souris) et laissent des empreintes (l'histoire racontée par l'un d'eux où il fait référence aux traces de diablotins).
- la figure du juge et celle des éclaireurs.
5. C. & les nuits folles. Retourné au cinéma & à la lecture. L'étrange rapport au sentiment amoureux, la désacralisation de l'affectif. Où comment être confronté à l'étroitesse de son esthétique. Whatever works. Le dernier Allen ne délivre pas une morale. Il s'évertue à briser les dimensions du Bien & du Mal. On pourrait parler d'éthique.
2 sept. 2009
Bob Dylan
She knows there's no success like failure
And that failure's no success at all.
(Elle me demanda la nuit qui suivit à quoi je pensais. Et je lui dis A cette chanson de Dylan. Et elle sembla rassurée.)
Mais tout cela est révélateur de bien autre chose; je disais encore Cette année 2009, c'est démentiel, rarement les choses m'auront semblé aussi simples -- et même lorsque des difficultés se présentaient -- entre autre ces deux mois terribles à creuser ma propre tombe -- il y avait toujours un moyen pour s'en sortir. On dira qu'en 2009, j'ai eu 20 ans.
2. Je reviendrai sur une analyse du projet en cours. Où comment aborder le problème par le personnage et non plus par l'histoire.
31 août 2009
ma vacance entropique
I.
A.
1. Le cerveau en bouillie, du papier mâché. Pas écrit ni lu une seule ligne -- hormis une bédé de Peter Bagge et ce bouquin sur le Tai-ji quan, L'enseignement de Li Guang-hua, La tradition de l'école Yang, à peine feuilleté. Et reste toujours 300 pages avant de savoir si c'est Moby Dick ou Achab qui y passe.
2. Rien.
3. Samedi soir était du grand n'importe quoi. Dimanche inexistant. Lundi convalescent à culpabiliser de cette vacuité. La réplique mémorable de Nouvelle vague: le type demande à Alain Delon ce qu'il fait et Delon répond: "je fais pitié".
4. Rien (il est important de souligner ces périodes de vide, ces journées qui défilent sans que rien ne se passe, ne se produise -- de la vie en jachère. Ne rien produire, ne plus être une machine qui concasse, forme, construit. Et avoir malgré tout le sentiment que quelque chose se joue. Et le sentiment éprouvé est peut-être autre chose, non pas de la culpabilité mais l'impuissance de ne pouvoir être maître de cette production de vide; elle dépasse totalement le corps, l'esprit; le coeur de la machine continue à produire mais la machine n'est plus en état de transcrire cette matière, de la formuler, de la rendre lisible, sensible.)
5. Ce n'est pas de la fatigue, ni de l'épuisement. Bien au contraire, je suis un corps qui déborde, jusqu'à l'excès. C'est une énergie de trop-plein qui est délivré du transcripteur.
6. Aller sur un banc près de la fontaine et regarder les passants. Devenir vieux.
7. Je me laisse pousser la barbe.



8 août 2009
Samedi (2)
Tout va bien. C'est ce que je me disais à l'instant, assis sur mon lit, regardant par la fenêtre le réverbère s'allumer, devenir de plus en plus incandescent et finalement produire une lumière belle, orangée -- la nuit tombe, j'écoute le fameux Do While de Oval -- je me souviens du magasin où je l'avais acheté, c'était un endroit curieux, nous en parlions encore l'autre jour au pique-nique; dans la rue, il ne reste plus que le vieil homme noir qui a une fois de plus trop bu et qui marmonne ses "Obama", sous l'œil des propriétaires du magasin qui sont assis sur le trottoir, attendant on-ne-sait-quoi.
J'aime cet endroit où je vis -- il est aussi grand que vos toilettes mais c'est la première fois qu'un lieu s'organise aussi bien autour de moi. Le soir, quand la nuit tombe, je m'assois sur mon lit et je reste là, la plupart du temps sans écouter de musique, me contentant des bruits de la rue, des discussions qui remontent de l'apéritif qu'organise le magasin du bas; le temps passe, la lumière du jour baisse, le réverbère s'allume, se remplit d'orange, de jaune; l'appartement plonge dans l'obscurité, les détails disparaissent, les espaces se désorganisent plan après plan -- ici, tout s'organise en plan et c'est grâce à cela qu'il semble s'agrandir.
Ce matin, je me suis réveillé vers 6h. Je me suis rendormi et réveillé à nouveau vers 9h30. Clara est venue pour récupérer la solution pour les bains de bouche. Nous sommes allés faire un tour; nous sommes allés dans son atelier, j'ai tiptopé quelques notes sur le piano et puis je suis rentré. Je suis allé boire un café avec Eric; Marion s'est installée à la terrasse, nous l'avons rejoint. Pryscilla passant par là et nous a rejoint également. Et puis finalement, nous nous sommes tous dispersés.
Je suis maintenant là, et j'ai le cerveau comme pris dans du béton; je n'arrive pas à rentrer dans mon fameux win.rtf -- j'aborde la partie centrale et je crois bien que cela me fout la trouille. Je galère pas mal également sur ma proposition pour Cyclocosmia -- je ne suis pour l'instant pas réellement convaincu du résultat; il manque un larsen, un bruit de fond (un souffle) qui traverserait tout le texte.
Je reste là. Ils vont tirer le rideau, dans un fracas metallique. Je sens mon cerveau se ramollir, prendre le pli de win.rtf, je prends en considération minute après minute l'espace que je dois habiter, ce territoire dans lequel je dois être pour reprendre contact avec mon boulot. Après, ça ira mieux. S'il y a blocage, cela signifie qu'il n'y a pas l'agencement nécessaire. Attendre, revoir la proposition, respirer, s'asseoir sur le lit, se plonger dans des réflexions ineptes, s'endormir, avoir faim, rester dans le silence, ne rien dire, s'ouvrir à soi, s'affranchir, être dans la volonté de s'affranchir, se défaire des pensées parasites, oublier les ingratitudes, vivre par cloisonnement, se souvenir de ce qui a déjà été écrit, chercher le rythme, et au-delà du rythme, le swing.
26 juil. 2009
Ici et maintenant
Je suis loin du flot que j'ai pu avoir en avril, lorsque j'ai commencé à écrire ces deux textes. Je passais une période difficile et ils répondaient à un profond malaise. Je ne pensais pas alors que je les conduirais où ils en sont maintenant.
En mai, je les ai laissés de côté. J'étais à Londres et puis ici & là. J'étais essoré, vidé. En juin, j'ai pris conscience qu'ils pouvaient devenir autre chose. J'y ai travaillé dessus, sans l'énergie du début, d'une façon plus mesurée, moins passionnelle, comme tout homme qui travaille quotidiennement à sa tâche. La semaine qui vient de se finir a été riche. J'ai dans l'espoir d'avoir enfin le déroulement de ma narration. Auparavant, je naviguais un peu à vue. La structure s'est mise en place, presque naturellement et je crois qu'elle fonctionne plutôt bien.
Je sors moins. Comme j'avais dit à Rachel un jour, après la mort de S., j'ai eu peur pour ma parole. L'ivresse délie la parole et je crois l'avoir mise en danger plus d'une fois. Je ne sais pas exactement ce que cela veut dire, je sens qu'il y a dans mon cas, une mise en danger de la parole. Comme un seuil à ne pas dépasser. Cela me rappelle ces concepts en systémique, les rétroactions positives et les rétroactions négatives. L'ivresse a un effet amplificateur. Je deviens un micro planté dans une enceinte. La rigueur que m'impose l'écriture de mon texte est, dans ce sens, bienvenue.
Les deux dernières soirées ont été très drôles. Vendredi, c'était chardonnay, musique cocktail, j'étais lone dancer. Hier soir, crémaillère. On s'amusait à doubler les discussions des autres. Et puis quelqu'un vient nous parler et je lui parle. Il me demande si je suis encore dans le doublage. -- Non, là, je ne suis pas dans le doublage. Je ne me double pas. Mais si tu veux, je peux me doubler, m'autodoubler. "Alors là, tu vois, je vais, blablabla...". L'idée est énorme. Un film avec le type qui subitement change un peu sa voix et se double pour déphaser la situation.
Je crois que j'en ai rien à foutre. Lorsque je disais, à propos du concert de vendredi soir de Thiaz Itch, que c'était de la musique pour rendre les enfants totalement hystériques et que si j'avais 4 ans, je me roulerais par terre avec eux, c'était une manière pour moi de me persuader de ne pas le faire. C'est la limite.
Alors oui, moins sortir parce que cela épuise le corps, la parole, les relations. Je ne crois pas au concept de la fête continuelle, de l'orgie permanente. Les hédonistes sont des crétins. Je ne suis pas pour l'épuisement. On en revient à ces questions de rétroactions positives & négatives. Et puis le rituel de la fête est important et toutes les occasions ne sont pas bonnes. Je garde le souvenir de fêtes qui étaient incroyables. Pas de ces consommations qui finissent dans le caniveau -- quoique la soirée avec H. & P. qui a fini dans un club pseudo-VIP et où le mollosse est venu me voir pour que j'arrête de danser, c'était assez ubuesque.
2.
La découverte des films de Bergman va de paire avec ce travail. Bergman, Henze, Feldman, le trio qui accompagne l'écriture.
J'aimerais beaucoup participer à Cyclocosmia III et je dois réfléchir à la contribution pour le projet de Pascale. Si je compte le projet inachevé autour de Damiens, commencé en septembre, plus d'autres bêtises écrites ici & là sous couvert d'anonymat, plus ce boulot-là, l'année aura été fertile.
3.
Deleuze disait que Spinoza se lisait dans les scolies. Je crois que la société actuelle se lit dans les commentaires que les internautes laissent sur les articles des journaux en ligne.
4.
Assez stupidement, je me donne jusqu'à mes vacances pour finir la seconde partie de mon texte. Encore une date à ne pas tenir. Un peu las de vivre avec un chronomètre posée sur la tempe.
-- Qu'est ce que la vie moderne?
-- C'est vivre avec une montre posée sur la tempe.
Je rêve de campagne, de paix, de solitude et de silence. Vieux, je serai l'homme que vous voyez assis sur un banc, dans un parc. Ou alors j'investirai la maison de ma grand-mère et en ferai ma Farö lotoise, ma tannière. Nous ferons l'amour une dernière fois dans l'herbe avant de mourir.
3 juil. 2009
Clef de voûte
1. Alors tu persistes à croire que cela est encore possible. Tu n'as pas compris que l'histoire est finie, qu'il est trop tard pour arriver à quoique ce soit.
2. Un jour, j'écrirai une histoire qui parlera de toi. Ca pourra commencer ainsi:
Tu recherches la perfection avec des bombes et une bétonneuse. Tu construis un monde aussi idéal que tu peux l’imaginer, mais poussé par des lois que toi seul connais, tu le détruis, le ramènes à la poussière. Et puis tu en reconstruis un autre qui se veut plus beau que le précédent, plus intelligent, plus juste, que tu détruis et remplaces par un autre, un peu plus proche de cette idée que tu t’en fais, sans voir que sur les cendres de ces mondes que tu as terrassés, tu ne cesses de reconstruire toujours le même.
Un jour j'écrirai un livre sur ces personnes face auxquelles on se retrouve seul. Tu ne te soucies pas de savoir ce que je deviens, tu te soucies de toi te demandant ce que je deviens.
3. Et ce n'est pas ma démission envers le monde. Je m'occupe de moi, après avoir passé du temps tourné vers les autres, et ceci dit en dépit de ce que l'on a bien voulu me faire croire -- je garde ici une certaine rancœur, louable et nécessaire pour ne plus me faire piéger à nouveau par plus égoïste que celui qui veut s'occuper de lui, c'est-à-dire celui qui ne cesse de se placer dans une relation de besoin.
Alors je prends mon temps, un temps qui ne s'inscrit dans aucune vie, dans aucune relation. Et tout autant cette idée avait pu me sembler terrible, effroyable, parce que je la percevais via l'aspiration mortifère de l'ascétisme, autant maintenant je la perçois, à première vue paradoxalement, s'inscrivant dans le monde, faisant face à lui, et non plus le dos tourné. Tes bras ouverts ne sont qu'une invitation au repli sur soi, à cette idée de la horde qui s'oppose au monde parce qu'elle s'élabore sur la peur et la perfection.
4. Ils construisaient des cathédrales à l'image qu'ils avaient de Dieu -- et ils en étaient également dans sa crainte. C'est dans ce sens que je peux dire que vous vivez dans une cathédrale.
29 juin 2009
lundi -- deux trois choses que je sais d'elle
Blam, Blam, Blam, Blam, Blam, Blam, Blam, Blam, Blam, Blam, Blam, Blam il fit glisser l'arme sur son visage. Blam.
2a. J'en reviens à mon idée: la littérature (l'acte d'être en littérature) est une question d'espace, de territoire. Proust était un mineur, sa plume était une pioche et sa bougie une lampe frontale: il creusait la phrase, auscultait l'image, à la façon de la caméra de Visconti dans Mort à Venise. La phrase creusante dessine un territoire hors de la narration -- des galeries, des replis, des sans issues, des raccourcis qui peuvent conduire à un autre point de la carte puis s'en échapper; hors du regard, elle a sa vitesse, sa liberté -- parfois jusqu'à l'excès de sortir de la carte, du territoire (-- comment ça ?, je me suis un peu éloigné de l'histoire, -- comment ça ? j'ai dépassé les pointillés qui définissent la surface du territoire de mon histoire ?). Cela n'en reste pas moins de la littérature -- puisque celle-ci se nourrit de ces galeries, de cette infime broderie intérieure, ce forage de l'idée.
2b. En découle cette question du plan, laquelle devrait être considérée comme le travail du montage cinématographique.
-- Respecte la grille, bordel!, entend-t-on dans les salles de répétition. -- La grille, je l'emmerde.
-- Et si je mets cette idée face à celle-ci, cette scène à cette autre scène, à ce point de vue, que va-t-il en sortir.
Ici, on touche à l'expérimentation dans la littérature. A ne pas confondre avec ce que l'on nomme parfois "littérature expérimentale", laquelle, très souvent, n'est pas littérature mais s'arrête à de l'écriture -- ou la beauté du geste l'emporte sur la portée du geste. Je préfère entrer dans un musée et voler un Duchamp que monter une exposition à base de ready-made. L'un, c'est du vol, l'autre, ce n'est que du pillage.
3. Alors j'ai cessé de lire pendant quinze jours. Et lorsque j'ai ouvert la focale et que j'ai vu le territoire qui s'ouvrait à moi, j'ai préféré sortir boire une bière. Sur les conseils d'une rencontre, j'ai abandonné Moby Dick version Jean Giono pour Moby Dick version Armel Guerne, laquelle est d'un autre tonneau.
4. Mettons.
20 juin 2009
win2 & win3 point rtf
Quand tu réalisas que cet amour ne pouvait que prendre place dans cette histoire-que-tu-écris, la fatigue te submergea; tu tombas dans un lourd sommeil et dormis durant plusieurs heures. A ton réveil, tu te sentis soulagé; tu avais faim, et au lieu de prendre des notes, tu sortis profiter du soleil pour manger quelque chose en terrasse.