"Dehors, le thermomètre descendait sournoisement vers les moins vingt-cinq. Mon souffle gelait sur place, mais je n'avais pas froid. Je filais vers les clartés féeriques. Aucun doute. Étais-je en train de m'abuser? Peu probable. Je ne pense pas avoir eu assez d'imagination pour ça; je n'avais pas de faux espoirs non plus. Je venais de très loin et j'avais commencé tout en bas. Mais le destin allait bientôt parler. J'avais l'impression qu'il me regardait moi et personne d'autre."
Bob Dylan, Chroniques (tome 1).
24 janv. 2011
23 janv. 2011
La ville (2) : la ville est une autre
La ville est une autre pour le corps malade. Ses rues deviennent celles d'une autre -- une ville que seul le corps malade perçoit, parcourt à sa vitesse propre. Les passants ne sont plus vraiment les mêmes, ils sont moins attentifs à cette personne qu'ils croisent et dont ils ne savent que faire de son allure -- ils ont des réactions hasardeuses, imprévisibles, hésitantes, et cette démarche fébrile attire les prédateurs, les vendeurs de nougats au prix d'un bras. Parmi cette foule où chaque geste a une portée précise, une utilité (une chorégraphie) -- attraper la main courante dans le bus, se glisser entre deux vieilles dames dans une queue chez le boulanger -- là, le corps malade ébauche une activité qui ne trouve pas toujours sa finalité -- il était parti chercher des légumes, il revient avec une baguette-plaque mal cuite, ce pain qu'il n'aime pas et qu'il ne mangera pas.
(Brouillonné en avril 2009)
(Brouillonné en avril 2009)
22 janv. 2011
La ville (1)
1. Parfois je retrouve des bouts comme des peaux mortes, marquées par une existence dont je ne garde aucun souvenir.
2. Les avenues ne seraient rien sans ces rues qui en découlent de chaque côté -- s'effilochent en petites ruelles, s'enfoncent à travers les habitations, s'égarent dans l'étroit espace qui sépare deux bâtiments, mènent jusqu'au pas de porte, à l'impasse, à la voie sans issue de la ville, la porte close derrière laquelle a lieu une autre vie, la tienne, la mienne, celle d'une vie souterraine -- reliant par croisement d'autres rues, d'autres avenues (se jetant les unes dans les autres, chacune drainant sa population au croisement où les feux clignotent et les cafés s'imposent d'eux-mêmes parce qu'ils sont le lieu du commerce (non seulement du tabac, de l'alcool, de la restauration, il y a dans les arrières-salles, la drogue, les paris, les adultères, les amoureux qui s'aiment au premier regard, les divorces en suspens, l'attente, le chômage, les larcins d'un vol à l'étalage, la joie d'un ticket de loterie, le long périple d'un exilé, il y a la lecture des journaux, la rédaction dans un carnet d'un chapitre, d'un vers de douze pieds, ta main sur mon genou et tes yeux qui se referment parce que nous n'avons pas dormi la nuit dernière, il y a la voix des habitués qui ressasse le monde de la largeur du territoire que leurs yeux peuvent voir et que leurs jambes peuvent parcourir, ceci allant au-delà d'une ligne derrière laquelle la ville reprend forme à leurs yeux, redevient une abstraction, un lieu géographique dans le monde (moi j'habite à ... dit-il quand il est en vacances, alors qu'il habite avant tout son territoire et non la ville) -- puisqu'au croisement des rues, où le commerce prend sa nécessité, naît le quartier (le village) avec sa cohorte de lois propres, d'histoires, de légendes, de figures -- lesquelles (les figures) se dissolvent dans la ville et disparaîtront de son histoire (de la ville), de sa géographie -- un jour il meurt, un jour un autre vient le remplacer, cet homme qui n'a pas de nom et se définit par un éventail d'habitus --
la ville a des villages comme un homme a différents noms, les uns reliés aux autres par les rues qui mènent aux avenues et quadrillent la ville (le trait commun qui sépare et joint deux noms d'une même personne, comme si ce trait était l'ombre des deux (noms) alors qu'elle en est à peine l'architecture, la structure, puisque ce qui structure deux noms est le rayon d'action de la puissance qu'ils referment l'un et l'autre, comme un quartier ne se définit pas par un jeu de rues mais par une aura) -- passages de l'un (village) à l'autre, d'histoires à d'autres, d'une verticalité à une autre (valeurs, idées, religions, cultures), (...), et nous courions la ville parce que nous n'avions pas de nom.
20 janv. 2011
Albert Ayler, la ritournelle
Ici Ayler reprenant La Marseillaise et la torturant, y agglomérant d'autres mélodies -- on peut même entendre l'assaut des Yankees contre les Sudistes, que vous siffloterez avec joie et bonne humeur après une écoute prolongée, à la grande surprise (consternation) de votre entourage.
"I. Un enfant dans le noir, saisi par la peur, se rassure en chantonnant. Il marche, s'arrête au gré de sa chanson. Perdu, il s'abrite comme il peut, ou s'oriente tant bien que mal avec sa petite chanson. Celle-ci est comme l'esquisse d'un centre stable et calme, stabilisant et calmant, au sein du chaos. (...)
Albert Ayler serait un petit garçon qui aurait peur dans le noir. Ses titres font très souvent référence au fantôme, et il se définissait lui-même comme tel, dans une énonciation d'une trinité personnelle & musicale: "Trane was the father, Pharoah was the son, I was the holy ghost" -- miroir de la trinité chrétienne "The Father, the Son and the Holy Spirit". Non pas ici l'esprit mais le fantôme; l'Esprit est éternel, c'est-à-dire ni mort ni vivant (par delà la vie), le fantôme est un mort pris au piège dans le territoire vivant.
II. Maintenant, au contraire, on est chez soi. Mais le chez-soi ne préexiste pas: il a fallu tracer un cercle autour du centre fragile et incertain, organiser un espace limité. (...) les composantes vocales, sonores, sont très importantes: un mur du son, en tout cas un mur dont certaines briques sont des sonores (...)
III. Maintenant enfin, on entrouve le cercle, on l'ouvre, on laisse entrer quelqu'un, on appelle quelqu'un, ou bien l'on va soi-même au-dehors, on s'élance. On n'ouvre pas le cercle du côté où se pressent les anciennes forces du chaos, mais dans une autre région, créée par le cercle lui-même. Comme si le cercle tendait lui-même à s'ouvrir sur un futur, en fonction des forces en oeuvre qu'il abrite. Et cette fois, c'est pour rejoindre des forces de l'avenir, des forces cosmiques. On s'élance, on risque une improvisation. Mais improviser, c'est rejoindre le Monde, ou se confondre avec lui. On sort de chez soi au fil d'une chansonnette. Sur les lignes motrices, gestuelles, sonores qui marquent le parcours coutumier d'un enfant, se greffent ou se mettent à bourgeonner des lignes "d'erre", avec des boucles, des noeuds, des vitesses, des mouvements, des gestes et des sonorités différents. Ce ne sont pas trois moments successifs dans une évolution. Ce sont trois aspects sur une seule et même chose, la Ritournelle. (...)"
etc., etc.
De la ritournelle, extrait de Mille plateaux, Guattari-Deleuze.
17 janv. 2011
13 janv. 2011
Aime-moi deux fois
1. Le livre sur Albert Ayler -- quand l'ai-je vraiment découvert, pas lors de cette soirée avec l'écoute de sa version de Summertime, mais plutôt la rencontre, une rencontre comme il en existe peu -- cela se résume certainement à Faulkner, Ayler -- soit à eux deux le bruit et la fureur -- et puis Spinoza -- soit l'opposé aux deux précédents -- mais l'est-il vraiment, opposé aux deux autres?
1b. Toujours cette idée du faux départ: il n'y a pas de première fois absolue, ou alors il s'agit d'un coup de foudre et cela se consume nécessairement -- le temps qui s'écoule entre les deux départs, entre le faux départ et le vrai départ guide la rencontre, donne le temps (bien que passé, ce temps rentrera dans l'histoire commune, c'est un flottement, théâtre de variations, de désir, de naissance du désir, de révélation du désir, d'ajustements, de prises de position que cette première rencontre aura initié et qui feront que la seconde rencontre sera possible ou non, sera le début ou l'avortement d'une histoire). La révélation, le temps de la révélation, similaire au traitement de la photographie argentique, et en opposition, le numérique qui ne laisse pas de temps à la révélation, l'image apparaît immédiatement, dans sa fulgurance, instantanée, sans histoire, sans ce temps entre la prise et l'apparition. (J'aime bien comment ils racontent leur rencontre: -- la première fois, c'était ce soir-là, dans cette boite -- non, c'était à un autre moment -- oui, c'était la première fois mais ce n'était pas la vraie première fois, la vraie première fois, c'était quand, ici, là.)
"Love me two times" dit la chanson.
2. La question de l'affranchissement -- y revenir, à propos de Christophe, sa musique. Les miens.
3. Janvier, le vacillement perpétuel, en équilibre, d'un côté de l'autre. Papa s'en sort encore une fois de plus.
5. "Toi aussi t'es parfois difficile à cerner." Si au moins on savait jusqu'où l'on s'étend, jusqu'où l'on peut aller.
1b. Toujours cette idée du faux départ: il n'y a pas de première fois absolue, ou alors il s'agit d'un coup de foudre et cela se consume nécessairement -- le temps qui s'écoule entre les deux départs, entre le faux départ et le vrai départ guide la rencontre, donne le temps (bien que passé, ce temps rentrera dans l'histoire commune, c'est un flottement, théâtre de variations, de désir, de naissance du désir, de révélation du désir, d'ajustements, de prises de position que cette première rencontre aura initié et qui feront que la seconde rencontre sera possible ou non, sera le début ou l'avortement d'une histoire). La révélation, le temps de la révélation, similaire au traitement de la photographie argentique, et en opposition, le numérique qui ne laisse pas de temps à la révélation, l'image apparaît immédiatement, dans sa fulgurance, instantanée, sans histoire, sans ce temps entre la prise et l'apparition. (J'aime bien comment ils racontent leur rencontre: -- la première fois, c'était ce soir-là, dans cette boite -- non, c'était à un autre moment -- oui, c'était la première fois mais ce n'était pas la vraie première fois, la vraie première fois, c'était quand, ici, là.)
"Love me two times" dit la chanson.
2. La question de l'affranchissement -- y revenir, à propos de Christophe, sa musique. Les miens.
3. Janvier, le vacillement perpétuel, en équilibre, d'un côté de l'autre. Papa s'en sort encore une fois de plus.
5. "Toi aussi t'es parfois difficile à cerner." Si au moins on savait jusqu'où l'on s'étend, jusqu'où l'on peut aller.
11 janv. 2011
Le cri d'Albert Ayler
Comment finir? On ne sait pas. Et l'on ne sait pas parce qu'on ne veut pas. Personne ne veut vraiment. Quand on est au fond d'une impasse, qu'est-ce qu'on fait? A moins de s'y complaire, d'y trouver une espèce d'accomplissement, on peut s'asseoir et décider de se taire; ou se raconter à mi-voix qu'on est ailleurs et arriver à le croire; ou revenir sur ses pas pour tenter de découvrir n'importe où n'importe quelle issue; ou se réfugier dans ses souvenirs; ou encore se cogner la tête contre le mur pour casser le mur ou la tête, ou les deux à la fois; ou se figurer qu'on s'élève, qu'on s'évade par en haut; ou prier pour que vienne vite la fin qui, puisqu'on s'adresse à quelqu'un qui a pouvoir sur elle, ne sera donc pas vraiment la fin; ou entreprendre des réussites. On peut aussi nier la fin ou se mettre à hurler jusqu'à ce qu'elle se produise.Jacques Réda, ext. de L'Improviste, une lecture du jazz.
10 janv. 2011
3 janv. 2011
Fin / Début - Début / Fin
1. C'est comme ça à chaque vacances, il faut s'y remettre, retrouver les fils que l'on avait tendus, les petites galeries que l'on avait creusées et dont nous seuls en connaissons l'existence. Et puis ensuite régler le sort de tous -- et certains vont finir à la poubelle, à regret: pas assez de souffle, ils ne tiendront pas la longueur.
2. Prendre des notes comme un jeune éperdu trace avec la pointe de sa chaussure des ronds dans la poussière, avant d'embrasser sa belle-aimée.
3. Goûter la vie dans ce qu'elle a de plus proche, de plus liant. La simplicité est une mise en équilibre, autant du présent que du passé. Le silence n'est pas l'indicible, c'est au contraire le-dit.
4. Une archive remontée des archives de 2000 (originale ici), à nouveau archivée: http://blogovento.blogspot.com/2000/12/lycee-cabanis-dortoir-3.html
2. Prendre des notes comme un jeune éperdu trace avec la pointe de sa chaussure des ronds dans la poussière, avant d'embrasser sa belle-aimée.
3. Goûter la vie dans ce qu'elle a de plus proche, de plus liant. La simplicité est une mise en équilibre, autant du présent que du passé. Le silence n'est pas l'indicible, c'est au contraire le-dit.
4. Une archive remontée des archives de 2000 (originale ici), à nouveau archivée: http://blogovento.blogspot.com/2000/12/lycee-cabanis-dortoir-3.html
20 déc. 2010
Motif
Trouver un motif et l'appliquer sur tout ça, pour en révéler des perspectives, des lignes de force, et puis aussi tracer sa genèse, ses racines, et puis aussi élaborer une discipline, un jeu de règles, des lois, construire une machine de guerre, un plan, une organisation, relever ces mouvements intérieurs qui l'animent comme les courants qui parcourent les océans, notifier sa régularité, ses cycles, et puis peut-être à terme construire une machine-modèle, une sorte de réplique pour voir comment ça réagit à des données expérimentales;
trouver un motif pour expliquer ça, comme la mère bienveillante explique à son enfant que les monstres qui habitaient ses nuits n'existent pas -- et si cela continue, il lui suffira d'ouvrir les yeux et ils disparaîtront.
trouver un motif pour expliquer ça, comme la mère bienveillante explique à son enfant que les monstres qui habitaient ses nuits n'existent pas -- et si cela continue, il lui suffira d'ouvrir les yeux et ils disparaîtront.
16 déc. 2010
La musique du hasard
1. Reprise de l'Ethique et la vivifiante appendice de la partie 4.
2. Comme un cocon qui se sculpterait de lui-même.
3. Le corps dénudé du comédien est un habit.
4. Ouverture d'un carnet bis -- et se dire que ce ton n'a finalement plus lieu d'être.
5. Attendre les fêtes que cela passe.
6. Etre à nouveau comme un aveugle qui retrouverait la vue.
7. Les doigts sont des crayons qui dessinent des volumes.
2. Comme un cocon qui se sculpterait de lui-même.
3. Le corps dénudé du comédien est un habit.
4. Ouverture d'un carnet bis -- et se dire que ce ton n'a finalement plus lieu d'être.
5. Attendre les fêtes que cela passe.
6. Etre à nouveau comme un aveugle qui retrouverait la vue.
7. Les doigts sont des crayons qui dessinent des volumes.
14 déc. 2010
13 déc. 2010
Quelques heures sous les sunlights (prise 2)
Autre improvisation retrouvée sur un disque, marmonnée enregistrée sur Elle a passé tant d'heures sous les sunlights de Philippe Garrel. Par un heureux hasard, la séquence était muette et le son du film a repris à la fin de la prise.
6 déc. 2010
*ZombieZ*
0. En vrac.
0b. Katerine. Dada. Comment-tu-ta-pelles. Philippe. Comment-tu-ta-pelles. Philippe. Comment-tu-ta-pelles. Philippe. Comment-tu-ta-pelles. Philippe. Comment-tu-ta-pelles. Philippe. Comment-tu-ta-pelles. Philippe.
2. Dead Set. Autre série sur les zombies, version anglaise. Eux, ils courent et ils sont très méchants. La critique qui lui donne une caution intellectuelle est servie à la louche -- mais c'est tout de même très jouissif de voir ces idiots enfermés dans le Loft se faire étriper sans pitié.
0b. Katerine. Dada. Comment-tu-ta-pelles. Philippe. Comment-tu-ta-pelles. Philippe. Comment-tu-ta-pelles. Philippe. Comment-tu-ta-pelles. Philippe. Comment-tu-ta-pelles. Philippe. Comment-tu-ta-pelles. Philippe.
"Les gens ne se sentent plus en sécurité, dit-il. On est comme étaient les Comanches il y a deux cents ans. On sait pas sur qui on va tomber le lendemain matin. On sait même pas de quelle couleur ils seront." (Cormac McCarthy, De si beaux chevaux)1. The Walking Dead. Le concept de l'Apocalypse a toujours traversé l'imaginaire américain mais actuellement, il y a une poussée de fièvre -- cf. The Walking Dead, La Route de McCarthy et certainement une quantité de blockbusters. C'est peut-être moins une crainte de l'Apocalypse à venir qu'une relecture de son histoire: les flux migratoires (je me faisais cette réflexion avec la grande famine qui a frappé l'Irlande et qui a été à l'origine de grands mouvements de foule), la recherche de nouveaux territoires; à travers cette relecture, au même titre que les westerns, c'est une nouvelle approche de son histoire, moins glorieuse. The Walking Dead est un western -- l'image du héros à cheval traversant la ville le surligne -- où les zombies sont les cowboys et les survivants sont les indiens, encerclés, traqués -- chassés de leur territoire. Renversement des rôles: les cowboys sont devenus des indiens, les indiens sont devenus des cowboys, la terre fertile à conquérir, est devenue une terre de désolation. On s'en tire quand même bien: les nouveaux cowboys (les zombies) sont lents et s'ils ont l'avantage du nombre, ils sont faciles à éliminer. Et en plus, c'est spectaculaire.
2. Dead Set. Autre série sur les zombies, version anglaise. Eux, ils courent et ils sont très méchants. La critique qui lui donne une caution intellectuelle est servie à la louche -- mais c'est tout de même très jouissif de voir ces idiots enfermés dans le Loft se faire étriper sans pitié.
3 déc. 2010
avant que
Avant que j'oublie, je voulais dire que c'est par vague, toujours par vague ~~~ les beaux les belles (après) les suiveurs les suiveuses (après) après c'est un peu n'importe quoi des fois c'est bien des fois c'est nul (après) c'est long (vraiment long) un peu comme le désert sans eau (après) ça revient (après) je t'en dirai plus après, je n'ai pas fini.
2 déc. 2010
Non oui
C'est vrai tu peux te poser des questions / moi je serais toi je m'en p / mais non je veux pas dire que / c'est pas ce que je voulais d / mais des fois tu / c'est vrai admets-le / je dis pas que tu / mais non arrête ça sert à rien de / j'ai pas voulu dire ça / c'est toi qui entends mal / ce n'est qu'un / oui voilà je m'excuse c'est bon t'as gagné c'est ça que tu voulais / c'est ça que tu / toujours la même histoire / il n'y a pas à dire tu sais t'y / sois pas insultant je t'en prie ne commence pas j'ai pas dit mon / continue et tu vas voir de quel / quand tu commences ça s'arrête jamais /
30 nov. 2010
Les déserteurs
Peut-être finalement sommes-nous trop sages, peut-être suffit-il simplement d’être grossier, vil et insupportable. Aguerris, les hommes deviennent des soldats et leurs batailles se font dans les règles de l’art. Les déserteurs ne sont jamais reconnus, ils n’ont pas de tombe, ils sont oubliés et leur courage à ne pas « en être » n’a pas de prise sur l’Histoire. Que reste-t-il donc de ces hommes cachés dans les buissons, qui écoutaient les batailles éclater dans leur dos, les baisers des filles claquer sur les joues des vainqueurs et les pleurs retenus sur les tombes des vaincus ? Loin des honneurs et des félicités, par delà les hymnes chantés à tue-tête à la gloire de la quincaille des médailles que des généraux auront brocardé sur les vestes, par delà les joies, loin des libations des revenants esquintés, des rages tues auprès des corps décharnés par les plombs et les bombes, des prières larmoyantes faites en l’honneur de ces hommes morts avant même qu’ils n’aient pu éprouver sur leurs lèvres le baiser de la terre humide des champs de bataille, hors des fantaisies militaires plastronnées par des fanfares ronronnantes, il y a le silence de ces hommes déserteurs un peu honteux de ne pas y en avoir été, et leur intime fierté de ne pas avoir donné de soi pour les autres, une candeur ternie par leur solitude pleine de volonté et d’abnégation révoltée contre la barbarie qui sommeille en chacun, laquelle devient courage et raison d’être dès lors qu’elle a sa place dans le sens de l’Histoire. Ecartés de tout, des chants de joie, des cérémonies funéraires, ils vivent aux yeux du monde sans reconnaissance ni mérite, effacés de la mémoire comme des corps disparus, fussent-ils encore agités par le sang battu au tempo d’un cœur. Désormais muets volontaires puisque la parole leur a été octroyée et leur existence leur a été retirés, ils vivent ainsi abandonnés sans nom, en fantôme sans prise ne provoquant ni colère ni dégoût, ni amour ni compassion. Quel est l’avenir pour ces hommes qui se sont retirés des batailles, qui se sont exclus des rangs serrés des hordes ? Quel amour sera-t-il donné pour ces hommes et ces femmes qui ont disparu lorsqu’on leur demandait de conquérir des territoires, des affections, du conjugal ? Quel avenir pour les femmes et les hommes qui ont choisi de ne pas faire souffrir, de ne pas participer à la mascarade égocentrique des relations, malgré les jouissances qu’ils auraient pu en retirer, les plaisirs maigres des coups de queue de fin de soirée et les baisers au creux des draps froissés sans lendemain ? Quel plaisir éprouvent-ils, quels bonheurs en retirent-elles, quel souvenir demeurera-t-il de ces corps qui se sont retirés à pas feutrés, sans éclat ni morgue revancharde, sans chantage ni stratégie, par delà les victoires et les défaites ? Les soldats marchent en rang, mus par des volontés de victoire, allant au feu comme d’autres vont à l’amour. Aux yeux de l’histoire, les solitaires déserteurs n’ont pas d’importance, ils disparaîtront sans femme ni enfant, sans mari ni amant, sans même cette pierre qui marque sur le sol l’endroit où leur corps s’est retiré. Dans la terre, ils gisent comme d’autres dans des appartements, sans histoire ni passé.
28 nov. 2010
Note de fin de soirée
1. Il a dit: "Avec l'Europe, il n'y a plus de frontière, mais les frontières apparaissent aux portes des grands magasins, avec ces types de la sécurité qui te guettent comme des douaniers."
2. Social Network. Le type vide, transparent, on peut prétendre lire en lui tant il apparaît simple, en adolescent qui boit des bières avec ses potes et les filme dans la piscine. S'acharner à croire que son moteur est la rupture avec sa copine, c'est chercher une résolution un peu simpliste, c'est continuer à le percevoir comme un garçon transparent, presque vide. Il aurait les ambitions de son accoutrement -- au même titre que les personnes qui l'entourent, les "beaux gosses", les futurs financiers dans l'habit est l'image de leurs ambitions. Il ne faut pas s'arrêter à ses vêtements pour définir ses ambitions. Sa transparence est finalement opaque, trouble. Il est vide et il fait le vide autour de lui. Il mange du code. Il transforme la réalité, les réseaux sociaux en code. Il encode la réalité des relations -- j'aime, le mur, avec qui je suis, célibataire, c'est compliqué, etc. Faire un logiciel, un site comme Facebook, cela demande une analyse préalable de la réalité, comprendre comment le monde fonctionne. Il existe autant de compréhension du monde qu'il y a d'individus. Sa démarche est relationnelle, avec des paliers non-binaire -- la notion dans Facebook du "c'est compliqué" est géniale parce qu'elle laisse l'ouverture au chaos, avec un détachement taoiste. Avec Facebook, même le pire devient impondérable. L'effet addictif "je l'ai mis sur Facebook", on s'en détache, c'est là, c'est mis là, je peux faire autre chose maintenant. Une empreinte est une trace laissée par le poids de la personne qui marche, et c'est son poids (matériel) qui reste, avant la disparition. Comme si un appareil photographique avalait les couleurs des objets qu'elle prend -- il me semble qu'il y avait une campagne de publicité pour Kodak où quand les types prenaient des photos, les objets devenaient blancs "les voleurs de couleurs". Pour devenir transparent.
Le héros est un branque -- cf. ma page sur le prochain Coqtail, sur les branques (https://blogger.googleusercontent.com/img/b/R29vZ2xl/AVvXsEjOgWsfc61AOJn0_q8KHZcElLhuHhlJu1Q0ldZoggj2uqyMKFIhYnR5HrqSe763Ym6CFRgxkeBKp85XqWevoB9TKUON4zTliPP3HghxjyTpbiD5mQqYMz_5ZsBXHBv48YwXEcmGPw/s1600/15.jpg). Un idiot transparent opaque qui construit une machine. Facebook est un monstre et le dernier plan, où il demande en ami la fille qui l'a rejeté, où il appuie sans cesse sur F5 pour rafraîchir la page afin de savoir si l'ajout a été effectué est à voir comme un docteur Frankestein qui exciterait son monstre pour savoir si il bouge, si cela marche, si cela marche aussi pour lui. Si finalement, lui aussi est capable d'avoir des amis. C'est peut-être moins la fille qu'il teste que lui "est-ce que je suis normal, comme les autres, est-ce que je peux avoir des amis sur Facebook". Cf. l'épisode de South Park sur Facebook 0 friends (avec ce pluriel immuable, abyssal).
Autres points intéressants: le rafraîchissement (la simultanéité, le temps de latence); il mange du code. Le vide qu'il fait autour de lui, le vide qu'il semble avoir en lui (le tao), le long plan (le plus long du film, à l'ouverture) sur son trajet entre le café où il est éconduit et sa chambre, comme si c'était durant ce trajet que tout se passe, la machine qui marche en pensant, au pas de guerre.
2. Social Network. Le type vide, transparent, on peut prétendre lire en lui tant il apparaît simple, en adolescent qui boit des bières avec ses potes et les filme dans la piscine. S'acharner à croire que son moteur est la rupture avec sa copine, c'est chercher une résolution un peu simpliste, c'est continuer à le percevoir comme un garçon transparent, presque vide. Il aurait les ambitions de son accoutrement -- au même titre que les personnes qui l'entourent, les "beaux gosses", les futurs financiers dans l'habit est l'image de leurs ambitions. Il ne faut pas s'arrêter à ses vêtements pour définir ses ambitions. Sa transparence est finalement opaque, trouble. Il est vide et il fait le vide autour de lui. Il mange du code. Il transforme la réalité, les réseaux sociaux en code. Il encode la réalité des relations -- j'aime, le mur, avec qui je suis, célibataire, c'est compliqué, etc. Faire un logiciel, un site comme Facebook, cela demande une analyse préalable de la réalité, comprendre comment le monde fonctionne. Il existe autant de compréhension du monde qu'il y a d'individus. Sa démarche est relationnelle, avec des paliers non-binaire -- la notion dans Facebook du "c'est compliqué" est géniale parce qu'elle laisse l'ouverture au chaos, avec un détachement taoiste. Avec Facebook, même le pire devient impondérable. L'effet addictif "je l'ai mis sur Facebook", on s'en détache, c'est là, c'est mis là, je peux faire autre chose maintenant. Une empreinte est une trace laissée par le poids de la personne qui marche, et c'est son poids (matériel) qui reste, avant la disparition. Comme si un appareil photographique avalait les couleurs des objets qu'elle prend -- il me semble qu'il y avait une campagne de publicité pour Kodak où quand les types prenaient des photos, les objets devenaient blancs "les voleurs de couleurs". Pour devenir transparent.
Le héros est un branque -- cf. ma page sur le prochain Coqtail, sur les branques (https://blogger.googleusercontent.com/img/b/R29vZ2xl/AVvXsEjOgWsfc61AOJn0_q8KHZcElLhuHhlJu1Q0ldZoggj2uqyMKFIhYnR5HrqSe763Ym6CFRgxkeBKp85XqWevoB9TKUON4zTliPP3HghxjyTpbiD5mQqYMz_5ZsBXHBv48YwXEcmGPw/s1600/15.jpg). Un idiot transparent opaque qui construit une machine. Facebook est un monstre et le dernier plan, où il demande en ami la fille qui l'a rejeté, où il appuie sans cesse sur F5 pour rafraîchir la page afin de savoir si l'ajout a été effectué est à voir comme un docteur Frankestein qui exciterait son monstre pour savoir si il bouge, si cela marche, si cela marche aussi pour lui. Si finalement, lui aussi est capable d'avoir des amis. C'est peut-être moins la fille qu'il teste que lui "est-ce que je suis normal, comme les autres, est-ce que je peux avoir des amis sur Facebook". Cf. l'épisode de South Park sur Facebook 0 friends (avec ce pluriel immuable, abyssal).
Autres points intéressants: le rafraîchissement (la simultanéité, le temps de latence); il mange du code. Le vide qu'il fait autour de lui, le vide qu'il semble avoir en lui (le tao), le long plan (le plus long du film, à l'ouverture) sur son trajet entre le café où il est éconduit et sa chambre, comme si c'était durant ce trajet que tout se passe, la machine qui marche en pensant, au pas de guerre.
le type-chantier
(...) Des décennies -- en heures accumulées -- représentant d'une espèce de population des métropoles d'Europe centrale récemment apparue : suite à la transformation des centres-de-repos sédentaires des grandes villes en aires-d'accélération, cette période voit apparaître un spécimen, lui aussi caractéristique du changement, de la disparation : le type-chantier : chômeur, apatride, tracassé.
Placé au coeur d'1 environnement de plus en plus excavé, architecturalement dénoyauté, autant perturbé que disfonctionnel -- se mettre-en-chantier signifie tout d'abord : entrer dans un pays, fracturer le présent & donc déterrer le passé : le retour des morts & l'effet retard de la mort dans le présent : bombes&munitions objets-trouvés des guerres passées ; futur provoqué : une quantité monstrueuse de bureaux & bâtiments industriels vides dont personne n'a l'utilité, la production de ruines en l'absence de guerre classique ; le gargouillis dans les câbles souterrains de la communication en réseaux, l'état non définissable du Monde-Binaire. C'est ainsi que ce type expérimente aujourd'hui le retour du temps dans l'image de la ville qu'on veut détachée du temps et sous la forme ironique de durée d'attente, de bouchons, de retards -- par conséquent comme une dominance surpuissante des caractéristiques féminines contenues de=tout=temps dans les représentations sociales. --
Le type-chantier apparaît comme le prototype du paranoïaque dans ce paysage de cratères régi par des règles-d'exception ; il a perdu tous les signifiants (les images historiques surabondantes & les symboles) -- l' 1 nique stéréotype à lui être resté est l'image de la destruction, à commencer par la destruction de soi.
Il est toutefois impossible de définir cliniquement cette espèce au sens classique, impossible depuis que le clinique, sorti de ses frontières a envahi la vie publique. Par conséquent, cette frontière-là, a également disparu.
Dans le cadre de la suppression croissante des frontières, le type-chantier caractérise la situation de l'inéluctabilité : la multiplicité des réalités et la confrontation à tout ce qui est hétérogène signifie la permanente dictature-de-l'identique ; tout ce qu'on trouve ici, on le retrouve également là-bas. Le type concerné ne représente aucune idéologie, d'ailleurs il n'en a pas, é de croyances encore moins, au mieux quelques restes & des ruines d'idéologies révolues [renvoi vers ext. Baudrillard], qui lui permettent à sa guise d'appuyer ses actes sur la fondation branlante de la causalité. La force de cette inéluctabilité est la haine comme élément autant intransitif que vital dans ce présent. Je hais, donc je suis. D'après les schéma de compréhension extrêmement rudimentaire de la criminologie, ce type ne présenterait que des similitudes extérieures avec le-tueur-en-série et les liens obligatoirement pathologiques qui vont avec.
A vrai dire ce type correspond au comédien dans le rôle de l'homme, qui a oublié l'ordre-de-la-dramaturgie (le retour du théâtre dans les réalités plurielles). -- Sa caractéristique principale est la réduction à 2 états psychologiques opposés à l'1:à:l'autre : la mélancolie -- la fureur. La perte et la destruction de la personnalité sont le résultat du combat interne entre ces deux courants inconciliables. Dans le cadre des convenances sociales, qui sont aussi des menaces, ces formes de rencontres d 'homme:à:homme se placent comme un élément incontrôlable de l'immédiateté, du hasard & de l'anarchique, par conséquent comme un élément de violence positive parce que créative.
Renégat, roman du temps nerveux. Reinhard Jirgl.
(Ne rien comprendre et garder:
Placé au coeur d'1 environnement de plus en plus excavé, architecturalement dénoyauté, autant perturbé que disfonctionnel -- se mettre-en-chantier signifie tout d'abord : entrer dans un pays, fracturer le présent & donc déterrer le passé : le retour des morts & l'effet retard de la mort dans le présent : bombes&munitions objets-trouvés des guerres passées ; futur provoqué : une quantité monstrueuse de bureaux & bâtiments industriels vides dont personne n'a l'utilité, la production de ruines en l'absence de guerre classique ; le gargouillis dans les câbles souterrains de la communication en réseaux, l'état non définissable du Monde-Binaire. C'est ainsi que ce type expérimente aujourd'hui le retour du temps dans l'image de la ville qu'on veut détachée du temps et sous la forme ironique de durée d'attente, de bouchons, de retards -- par conséquent comme une dominance surpuissante des caractéristiques féminines contenues de=tout=temps dans les représentations sociales. --
Le type-chantier apparaît comme le prototype du paranoïaque dans ce paysage de cratères régi par des règles-d'exception ; il a perdu tous les signifiants (les images historiques surabondantes & les symboles) -- l' 1 nique stéréotype à lui être resté est l'image de la destruction, à commencer par la destruction de soi.
Il est toutefois impossible de définir cliniquement cette espèce au sens classique, impossible depuis que le clinique, sorti de ses frontières a envahi la vie publique. Par conséquent, cette frontière-là, a également disparu.
Dans le cadre de la suppression croissante des frontières, le type-chantier caractérise la situation de l'inéluctabilité : la multiplicité des réalités et la confrontation à tout ce qui est hétérogène signifie la permanente dictature-de-l'identique ; tout ce qu'on trouve ici, on le retrouve également là-bas. Le type concerné ne représente aucune idéologie, d'ailleurs il n'en a pas, é de croyances encore moins, au mieux quelques restes & des ruines d'idéologies révolues [renvoi vers ext. Baudrillard], qui lui permettent à sa guise d'appuyer ses actes sur la fondation branlante de la causalité. La force de cette inéluctabilité est la haine comme élément autant intransitif que vital dans ce présent. Je hais, donc je suis. D'après les schéma de compréhension extrêmement rudimentaire de la criminologie, ce type ne présenterait que des similitudes extérieures avec le-tueur-en-série et les liens obligatoirement pathologiques qui vont avec.
A vrai dire ce type correspond au comédien dans le rôle de l'homme, qui a oublié l'ordre-de-la-dramaturgie (le retour du théâtre dans les réalités plurielles). -- Sa caractéristique principale est la réduction à 2 états psychologiques opposés à l'1:à:l'autre : la mélancolie -- la fureur. La perte et la destruction de la personnalité sont le résultat du combat interne entre ces deux courants inconciliables. Dans le cadre des convenances sociales, qui sont aussi des menaces, ces formes de rencontres d 'homme:à:homme se placent comme un élément incontrôlable de l'immédiateté, du hasard & de l'anarchique, par conséquent comme un élément de violence positive parce que créative.
Renégat, roman du temps nerveux. Reinhard Jirgl.
(Ne rien comprendre et garder:
A vrai dire ce type correspond au comédien dans le rôle de l'homme, qui a oublié l'ordre-de-la-dramaturgie (le retour du théâtre dans les réalités plurielles). -- Sa caractéristique principale est la réduction à 2 états psychologiques opposés à l'1:à:l'autre : la mélancolie -- la fureur. La perte et la destruction de la personnalité sont le résultat du combat interne entre ces deux courants inconciliables. Dans le cadre des convenances sociales, qui sont aussi des menaces, ces formes de rencontres d 'homme:à:homme se placent comme un élément incrontrôlable de l'immédiateté, du hasard & de l'anarchique, par conséquent comme un élément de violence positive parce que créative.
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