23 janv. 2002
Ai bossé toute la soirée sur Les petits chats; ai été surpris d'entendre au journal télévisé de France 2 que deux israëliens avaient été tués par un palestinien, alors que France Culture le matin même annonçait 5 palestiens tués par l'état israëlien; comme si on annonçait le résultat des matchs de football en tronquant les scores. Humeur enthousiaste inquiétante, rappelle vaguement les périodes d'excitation qui précédaient les dépressions profondes; devrais songer à me calmer un peu.
22 janv. 2002
Ai appelé H. pour avoir des nouvelles; lui ai parlé de H. A. et de son Ingres, comme moi, elle n'y croit pas; ce type vit dans sa tête. Proposition d'aller au 22, mais rendez-vous annulé par les deux parties, fatigue et flemmardise. Ai écouté Ekkehard Ehlers, minimaliste; ai un peu avancé sur Les petits chats, la première partie mange les deux autres par la taille (deux tiers de l'ensemble, la partie 2 & 3 se battant pour le dernier tiers); tout de même satisfait de la dernière partie, mais des doutes quant à la possibilité de pouvoir garder une telle musique sans me répéter. Commence à éprouver les premières résistances à finir - à l'achèvement -, dois les outrepasser, en envoyant à FA.; idem avec Le manuscrit. Humeur de soirée douceureuse; tentative d'écriture Petits chats sur cahier au lit, crois avoir écrit n'importe quoi. Mais la résistance est belle et bien là, c'est ennuyeux.
21 janv. 2002
Ai reçu mon caleçon et mon bonnet - la disparition du caleçon m'avait perturbé durant tout mon séjour; comment mon caleçon avait-il pu disparaître, je l'avais même soupçonnée un temps de les collectionner comme d'autres le font avec les petites culottes); ai porté mon bonnet toute la soirée (cf.http://groups.google.com/groups?q=ventoliv+bonnet&hl=en&selm=36D707CA.9CE371B4%40club-internet.fr&rnum=1), comme quoi ce n'est pas un mythe. Ai cuisiné une sauce bolognaise maison, me suis régalé, ai regardé I comme Icare, la manière de filmer les banlieues est surprenante, propres et rangées, comme si les tours sortaient d'un autre temps, un futur passé. Ai continué Les petits chats, découpage en trois parties évidentes.
20 janv. 2002
Couché tard dans la nuit de samedi à dimanche; ne me souviens pas d'avoir été constructif - traduction du texte de No ghost just a shell (http://www.airdeparis.com/pann2.htm), ai buté sur le sens de "like Drop dead in a comic book", ai cherché sur le net des softs du genre "virtual human", n'ai pas été convaincu. Ai fait le ménage, en écoutant Songs for Drella. Ai gravé des cédés pour ma soeur et FA.; ai écouté musique de Java - fascinante, m'a rappelé les journées entières homme-qui-dort à n'écouter que ça; suis passé à la librairie de la Colombette, y ait acheté Le cri du sablier (Delaume), Confessions d'un mangeur d'opium (de Quincey). Ai préparé un plat immonde à l'oeil et dégueulasse à la bouche; ai travaillé sur Les petits chats (pas d'avancée fulgurante); ai feuilleté Anti-Oedipe, pour leurs délires sur les machines désirantes; me suis vautré devant la télévision avec mon plat immonde; ai gribouillé quelques lignes sur une suite probable des petits chats; me suis endormi enthousiaste. Mais on était déjà demain.
19 janv. 2002
Samedi 19Ai été cherché du pain, ai dû me ressoudre à me rendre chez la folle qui me fournit les chocolatines & pain au lait de mon petit déjeuner du bureau; me suis arrêté chez un encadreur, y ait trouvé des affiches intéressantes (fascination devant un Nicolas de Staël, ai trouvé de quoi décorer mon appartement livide); ai bu un grand bol de lait; me suis rendu au Salon Bocal, y est pris une truie, il ne se passait pas grand chose dans la cave, préparation des lectures par les poètes exp.; y est retrouvé P. P. et H. A. qui nous a sorti un micro-bombe (mais faut-il le vraiment croire, ce garçon a le chic pour s'inventer des vies): il aurait déniché à Saint-Sernin un Ingres à 5000 fr., qu'il aurait revendu quelques millions; ai du mal à le croire, mais tout est possible. Suis allé voir Chloé Delaume; quoique l'on puisse dire de ses livres, elle est excessivement jolie - fossettes & mimiques comprises; débat de haut niveau animé par M. http://www.chaoid.com, confirmation que la littérature avance là où les journalistes et les Dantec ne cessent d'en voir la fin, peut-être parce que finalement ils se consacrent plus à lire les journaux qu'à lire les livres; on se souviendra longtemps encore d'un Jérôme Provencal (pigiste aux I.) quittait la salle, probablement venu pour voir la "bête" et rien d'autre, ce jeune homme à le chic pour m'énerver; dès qu'il est dans un endroit (cinéma, concert, exposition) où j'y suis, impression d'être à l'endroit où il faut être vu. Ai commencé à avoir une migraine et mal au ventre
18 janv. 2002
Ai été au Petit Capitole, rendez-vous avec Na., Cé & son bout de chou Tom; ai pris une bière ai vu dans Libération la chronique du dernier disque de Chauveau; me souviens de l'émission qu'il faisait après nous, et de la fois où l'on avait passé sur toute la longueur la pièce Six pianos de Reich, des appels d'auditeurs demandant à ce que l'on arrête de passer ce truc "trop chiant"; puis la question de Chauveau ("qu'est-ce que c'est ?"); me souviens d'avoir surpris une discussion dans un bar, il y a quelques mois, où Chauveau parlait de cette pièce; en lisant cette article, me suis senti un peu affecté, il est vivement temps que les publications commencent. En voyant Tom écrire à peine nos noms - tracés encore hasardeux des lettres - me suis dit que pour lui l'écriture n'est encore que du dessin, avec un peu de sens derrière; me demandais comment le passage de la graphie à l'écriture se fait-elle, dans quelle mesure les lettres prennent du sens autre que visuel. Ai déprimé en rentrant chez moi, tout devenait noir & sombre, desséché & aride; ai répondu à FA., et me suis allé à faire le sot, jusqu'à me faire rire; cela allait nettement mieux après; en ai tiré mes propres conclusions
17 janv. 2002
Ai commencé la journée salement: bus en retard, énervement des jeudis (cf. ma théorie des jeudis de l'angoisse); fin de journée plutôt agréable, dans le bus avec KidA qui ne décolle pas de mes oreilles depuis son achat; ai réaménagé mon bureau-chambre, disposition plus agréable; Na. m'a appelé, avons discuté de choses & d'autres, FA., David et Les petits chats. Couché tôt, avais le tournis. Ai également reçu un message à propos de ce journal; il est probablement tout autant ennuyeux à lire qu'à faire, puisqu'il ne se réserve qu'à récapituler d'une manière froide et sans intimité les journées qui passent et les faits plus ou moins marquants. Mais comme il est noté au Mercredi 16, il entre dans un projet qui m'est encore flou bien que la finalité ne le soit pas.
16 janv. 2002
Suis passé au Petit Cap', y ai lu. En arrivant, il y avait une petite enveloppe dans ma boite aux lettres, et l'écriture du "bonne année" ressemblait à celle de Catch; étais très surpris, tellement surpris que je n'y croyais pas; c'était en définitive Na. et un joli petit carnet de diapositives égyptiennes. Il y a des personnes comme Catch, desquelles on a toujours du mal à croire en leurs disparitions, même si il faut parfois se rendre à l'évidence que la Terre est grande et que le hasard est rarement arrangeant. Ai travaillé sur Les petits chats..., content de ma session. ICQ session avec FA., lui ai montré ce journal, ses remarques sont très justes - journal plutôt ennuyeux à lire, finalement pas très intime, mais ai bien l'intention de reprendre certains jours pour les intimés un peu plus (ai des idées quant à ce projet, ne se contentera pas uniquement d'étaler jour après jour une existence, mais d'en faire le tour; laisser monter la mayonnaise, réfléchir à des solutions techniques plus adéquates en vue d'en arriver au projet dans la tête Autobiographie d'une bombe; pour l'instant se contenter du jour à jour, dois prendre l'habitude d'écrire tous les matins). FA. navigue molle et ai rêvé d'elle; me souviens d'avoir serré ma couette entre mes cuisses. Me sens un peu minable de n'avoir pas écrit le texte pour le montage de David; mais content de ma soirée, morne et silencieuse.
15 janv. 2002
Ai récupéré deux films: American beauty, Virgin suicides. Ai continué Les âmes mortes dans le même café que hier; pas mal, passe essentiellement du jazz 40-50, il n'y a quasi personne; y ai fumé des cigarettes en buvant du vin blanc, tentant d'attirer l'attention de la serveuse en prenant mes poses loques - affalé sur la banquet. Ai fait un gratin dauphinois, meilleur que la dernière fois, mais moins bon que celui que l'on trouve au rayon surgelé des grands magasins. Me suis couché de très bonne heure - 22h37 -, me sentant capable de rien, sommeil à récupérer des nuits précédentes; envie de changer de pays, signe de déprime alentour. Ai tiré, en accord avec David, que nous sommes des clônes; c'est le seul mec depuis une décennie exactement qui appartient à mes amis, les autres étant des amies.
14 janv. 2002
Ai récupéré deux films: Happiness, A clockwork orange, ai regardé le début de Happiness, alors tout aussi vachard - voire plus - que TellingStory. ai été énervé par l'attente du bus et une femme qui n'arrêtait de critiquer tout ce qui passait sous ses yeux pochés de chien ivrogne; ai été prendre un verre dans un café, entendu les Temptations, lecture des âmes mortes; ai bien travaillé sur "Les petits chats...", ai ri lorsque me suis surpris d'écrire comme sous hypnose, sans savoir comment les idées viennent; le texte prend du volume et les entrées sont plus nombreuses - ouvrir une brèche dans laquelle les mots s'engouffreront.
13 janv. 2002
12 janv. 2002
11 janv. 2002
Ai acheté L'adolescent immortel (Klossowski) et H (Sollers); suis définitivement dans une période lecture, chose plutôt rassurante compte tenu de l'aphasie totale de ces six derniers mois. H. m'a dit qu'il n'y avait mardi soir aucune animosité particulière "monsieur-je-me-fais-des-films". Suis paranoïaque. Ai lu le Klossowski, intriguante pièce de théâtre qui rappelle assez évidemment les tableaux de Balthus où les enfants sont des petits anges aux sourires de Malin. Ai dormi de 19h à 23h, ai mangé, me suis recouché illico.
10 janv. 2002
Ai été gastriquement malade une partie de la journée; ai dû aller dormir dans les toilettes à l'étage. Ai poursuivi sur Les petits chats..., ai été voir Jean-Loup, il m'a fait un grog; il y avait Sandrine; discussion avec JL, Sandrine & Fred sur les différences fondamentales entre Desproges, Coluche, Bigard & Patrick Sébastien - "le petit pingouin en moûûûûsssee". Me suis endormi le mal au ventre en Etna concentré.
8 janv. 2002
7 janv. 2002
6 janv. 2002
Ai écouté le Top FNAC-Skyrock au réveil-matin. Ai continué En attendant Godot qui trainait sous la table. Ai dormi une partie de l'après-midi; le soir, ai regardé Les tricheurs de Barbet Schroeder (Jacques Dutronc est bouffi et le film décevant). Ai fait le ménage, lavé le linge sale, la cuisine graisseuse et les assiettes au velours de moisi. Insomnie, ai entendu à la radio l'Opus 43 de Rachmaninov.
2 janv. 2002
Sommeil difficile, début d'insomnie; ai passé la journée au bureau avec Lo., mise au point pour lundi; en ai conclu qu'il était préférable d'aller au bureau un samedi, travailler en écoutant de la musique et fumant des joints qu'aller un autre jour sans pouvoir prendre ce genre de liberté. Ai été pris d'une frénésie d'idées pour les petits chats, le blocage se détend. H. m'a appelé dans la journée, ai pensé qu'elle voulait me voir en solo, mais avons décidé d'un restaurant malgré tout, Ph. était avec elle; il était fatigué; ai eu du mal avec les silences. Ai senti que je commençais à dérailler - me parle trop dans la tête, les idées fusent trop vite, possible que la petite voix devienne dans peu de temps un chaos total. Ai bientôt fini Les confessions d'un mangeur d'opium.
28 déc. 2000
Lycée Cabanis, dortoir 3
Je me souviens, j'avais redoublé ma première (jamais je ne m'étais alors imaginé qu'un jour je me souviendrais de cela; on n'imagine jamais que l'on se souviendra de ceci ou de cela, on vit sans avoir trop conscience que ce qui nous restera seront des souvenirs; on pense alors à autre chose, aux cigarettes qu'il faut aller acheter, à savoir si c'est le bon moment d'enlever le caleçon, de faire les comptes, mais la mémoire guette et ce qui semble futile devient alors un souvenir, une trace). Si je parle de cela, c'est que cela fait 10 ans. On aime les chiffres ronds parce qu'ils symbolisent, bon gré mal gré, un passage, une étape; que cela soit la dent de lait que j'avais glissé sous mon oreiller, que cela soit ces dix années que je viens de parcourir sans trop de nonchalance, il reste l'impression d'un chemin effectué. Je me souviendrai toujours de ce message sur mon répondeur laissée par Catherine F. qui me lisait une contribution du regretté Singette lequel avait lui aussi mesuré le chemin que j'avais parcouru en quelques années; un parcours jalonné de pas grand chose, de si peu de choses que je les serre près de moi et les laisse briller comme des feux de Bengale; parce qu'il n'y a pas de mal à avoir à se réchauffer, même si ce n'est qu'avec quelques braises. Certes je n'ai pas fait tout ce dont je rêvais de faire à mes 17 ans, mais j'ai réussi là où d'autres ont échoué, peut-être par lassitude, probablement par distraction. Et pourtant il s'agit de si peu, de presque rien; ne pas s'asseoir sur la satisfaction d'un rien; on conquiert si peu d'espaces que quelques pas suffisent pour les franchir.
C'était une année très amusante. J'avais un très bon ami dont je n'ai plus de nouvelles et la classe était très sympathique. Je me souviens de Nicolas B. qui avait amené un oreiller en cours de français; il s'était fait virer du cours; je me souviens que ce jour-là je m'ennuyais: on étudiait Barrage contre le Pacifique. Je me souviens aussi de Christophe et de Elodie qui m'avait pris pour confident et leur grand frère -- j'avais tout de même une année de plus --, je me souviens des répétitions dans la salle de bain du dortoir, avec nos guitares à 500 fr., nos amplis de 20 Watts, la fenêtre qui donnait sur la salle de biologie; me souviens de cette biture énorme avec Yann et avoir été malade pendant 2 jours; me souviens de Christophe et que j'avais failli lui vomir dessus; c'était passé près et on était mort de rire à l'idée que j'avais pu lui vomir dessus. Me souviens d'avoir essayé les peaux de bananes, mal de tête, me souviens de mon camarade de box qui avait une icône dans son placard et qui priait tous les jours; me souviens de le voir faire des pompes au réveil alors que j'étais encore endormi; me souviens de la copine à Mathieu dont j'étais aussi amoureux; me souviens des soirées spiritisme -- j'ai toujours la feuille sur laquelle on avait noté ce que le verre avait dit --; me souviens qu'on avait fait manger au grand idiot de la pâté pour chien; me souviens que je regardais à la fenêtre du dortoir à 17h; avec Yann on regardait les élèves sortir; on parlait des filles qui passaient, on se racontait la journée; me souviens de Jean-Yves qui était vraiment un type très bien; me souviens des lettres de sa mère et qui m'avait écrit pour me dire qu'elle avait été touchée par les lettres que j'avais écrites à son fils; elle m'avait offert une copie d'un livre de Abel Bonnard (sic) sur l'amitié; elle était psychanalyste ou quelque chose dans ce goût-là; me souviens que Jean-Yves avait été pincé en pleine nuit dans les réserves des cuisines; me souviens du carton que l'on glissait dans le bouton de la veilleuse pour que la lumière du couloir ne se coupe pas; me souviens du concert de Gallon Drunk; me souviens des Smiths écouté en boucle; me souviens des déambulations nocturnes dans les couloirs du lycée; me souviens de Patricia F et des cours d'histoire le samedi matin après le sport; me souviens qu'il m'avait mis gardien de but et l'enjeu de l'équipe était que le ballon n'arrive surtout pas dans notre camp; me souviens du café que Yann faisait à 17h, me souviens de son harmonica, des tubes que l'on écoutait en boucle et de cette fille dont il ne cessait de parler, me souviens de Nicolas qui est mort il y a quelques années, me souviens de la salle de musique et de mon premier larsen -- je l'ai toujours sur cassette, quel souvenir: un premier larsen c'est comme un premier baiser, ça fait des frissons partout même si c'est sur un ampli de 10 Watts; me souviens de l'arrivée de l'été et des révisions pour le bac de français que l'on entrecoupait de parties de guitare & harmonica; me souviens d'avoir vu pour la première fois Karine, me souviens des rêves de Jean-Yves de faire un concert sur le toit du gymnase, me souviens du journal que je tenais, me souviens de la photo de Nico que j'avais attachée à l'intérieur de mon placard et aussi de la grenouille; me souviens que c'était un sentiment très fort; il y avait quelque chose qui sonnait enfin juste dans ma vie.
Je referme la parenthèse, 10 années sont passées. J'entends encore Yann me dire:
- T'es accordé ?
- J'y suis presque, je suis presque accordé.
C'était une année très amusante. J'avais un très bon ami dont je n'ai plus de nouvelles et la classe était très sympathique. Je me souviens de Nicolas B. qui avait amené un oreiller en cours de français; il s'était fait virer du cours; je me souviens que ce jour-là je m'ennuyais: on étudiait Barrage contre le Pacifique. Je me souviens aussi de Christophe et de Elodie qui m'avait pris pour confident et leur grand frère -- j'avais tout de même une année de plus --, je me souviens des répétitions dans la salle de bain du dortoir, avec nos guitares à 500 fr., nos amplis de 20 Watts, la fenêtre qui donnait sur la salle de biologie; me souviens de cette biture énorme avec Yann et avoir été malade pendant 2 jours; me souviens de Christophe et que j'avais failli lui vomir dessus; c'était passé près et on était mort de rire à l'idée que j'avais pu lui vomir dessus. Me souviens d'avoir essayé les peaux de bananes, mal de tête, me souviens de mon camarade de box qui avait une icône dans son placard et qui priait tous les jours; me souviens de le voir faire des pompes au réveil alors que j'étais encore endormi; me souviens de la copine à Mathieu dont j'étais aussi amoureux; me souviens des soirées spiritisme -- j'ai toujours la feuille sur laquelle on avait noté ce que le verre avait dit --; me souviens qu'on avait fait manger au grand idiot de la pâté pour chien; me souviens que je regardais à la fenêtre du dortoir à 17h; avec Yann on regardait les élèves sortir; on parlait des filles qui passaient, on se racontait la journée; me souviens de Jean-Yves qui était vraiment un type très bien; me souviens des lettres de sa mère et qui m'avait écrit pour me dire qu'elle avait été touchée par les lettres que j'avais écrites à son fils; elle m'avait offert une copie d'un livre de Abel Bonnard (sic) sur l'amitié; elle était psychanalyste ou quelque chose dans ce goût-là; me souviens que Jean-Yves avait été pincé en pleine nuit dans les réserves des cuisines; me souviens du carton que l'on glissait dans le bouton de la veilleuse pour que la lumière du couloir ne se coupe pas; me souviens du concert de Gallon Drunk; me souviens des Smiths écouté en boucle; me souviens des déambulations nocturnes dans les couloirs du lycée; me souviens de Patricia F et des cours d'histoire le samedi matin après le sport; me souviens qu'il m'avait mis gardien de but et l'enjeu de l'équipe était que le ballon n'arrive surtout pas dans notre camp; me souviens du café que Yann faisait à 17h, me souviens de son harmonica, des tubes que l'on écoutait en boucle et de cette fille dont il ne cessait de parler, me souviens de Nicolas qui est mort il y a quelques années, me souviens de la salle de musique et de mon premier larsen -- je l'ai toujours sur cassette, quel souvenir: un premier larsen c'est comme un premier baiser, ça fait des frissons partout même si c'est sur un ampli de 10 Watts; me souviens de l'arrivée de l'été et des révisions pour le bac de français que l'on entrecoupait de parties de guitare & harmonica; me souviens d'avoir vu pour la première fois Karine, me souviens des rêves de Jean-Yves de faire un concert sur le toit du gymnase, me souviens du journal que je tenais, me souviens de la photo de Nico que j'avais attachée à l'intérieur de mon placard et aussi de la grenouille; me souviens que c'était un sentiment très fort; il y avait quelque chose qui sonnait enfin juste dans ma vie.
Je referme la parenthèse, 10 années sont passées. J'entends encore Yann me dire:
- T'es accordé ?
- J'y suis presque, je suis presque accordé.
(...)
Garder l'*objectif*, garder la ligne ferme et se rendre compte qu'en lâchant un peu de leste, de prendre de l'aisance dans mes mouvements me rend plus gracieux, il est toujours possible d'arriver à bon port.
10 juil. 1999
Insensatez
Celles et ceux qui connaissent cette chanson peuvent s'imaginer cette humeur particulière qui vous traverse parfois comme une vague. Celle d'avoir le sentiment que l'on a conscience de tout. Nous vivons au cœur d'un silence et aucun mot ne peut nous atteindre. Nous nous replions, nous nous engageons dans rien, rien n'existe si ce n'est cette sensation d'être pleinement le croisement, d'être à cet instant précis où l'on éprouve cet émoi, au croisement des déceptions, des joies, des espoirs passés, toutes ces choses qui nous ont conduit à ces secondes où l'homme se referme sur son présent, prenant conscience de sa réalité sans l'inscrire dans le Devenir, ne lui offrant aucune chance, ne lui faisant présager aucune douleur, aucune mésaventure. Nous vivons alors pleinement le deuil de notre vie et le silence s'impose à nos lèvres. Nous ne disons rien parce que nous ne pouvons rien dire. Nos yeux se replient lentemment sans soif de voir, parce que voir c'est déjà se projeter dans la réalité et l'on refuse toute réalité si ce n'est celle qui nous rempli et qui est nôtre.
"Ne souffle pas, cela pourrait faire envoler cette plume qui vient de se poser sur ton bras" dit-elle. Elle prit une olive, l'enfila dans sa bouche, ses lèvres se refermèrent, son menton velouté nacré.
Je bats lentement avec ma tête le tempo, mes mains glissant sur le clavier, ta bouche n'est pas loin mais elle souffle, elle souffle lentement, j'aurais préféré que tu sois morte, j'aurais eu moins peur de t'embrasser, j'aurais eu moins peur de ta réaction, j'aurais eu moins peur de ton amour parce qu'il m'appartiendrait totalement, il serait mon imagination, c'est ainsi que tu m'aimerais, comme je l'imagine. Tu n'existerais pas et je pourrais t'aimer totalement, entièrement, sans crainte de me voir rejeter, sans cette peur de ne pas être aimé pleinement, dans toute son intégralité, sans cette peur que l'autre puisse éprouver un amour différent que celui que l'on peut avoir.
Insensatez.
Il y a nul dégoût, nul ennui, nul regret, nul remord. Cette impression que toute fin est un point de départ.
Tu t'allonges ici et là et tu disparais tout le temps. C'est ainsi que je te perds. Tu n'existes pas. Tu glisses, tu es transparente, à peine visible lorsque l'on garde les yeux grands ouverts et deviens si réelle quand les yeux se referment. Qui es-tu, où vas-tu ?
Cette impression que toute fin est un point de départ, mais le point de départ de quel chemin ? Le soleil se lève à l'horizon et c'est toujours vers lui que l'on marche inlassablement, vers l'éveil, vers la naissance puis vers la continuité.
L'affiche du Sacrifice dans le hall du cinéma. Un arbre squelettique. Ta main se pose sur ma peau, au dehors on entend quelques voitures passer, nous ne disons rien parce que nous ne pouvons rien dire. Nos yeux se replient sur ce que nous ne possédons pas.
Appelle-moi parce que je suis une mort qui n'en finit pas de s'éteindre. Se mouvant en dessous, un autre sentiment que je ne possède pas parce que sa grâce, sa force pourrait dévaster ce qui meurt en moi. Et je ne veux pas mourir d'amour d'une autre, je veux mourir de moi-même comme l'on meurt d'une déception amoureuse, d'une blessure grave et profonde. Un déchirement. Se déchirer parce que l'on se désunit de l'autre, l'autre que l'on aimait, qui nous a déçu parce qu'il ne nous aime plus, ne représentant plus rien à ses yeux, juste une image fanée, incolore. Se déchirer à soi-même, mourir à soi-même, mourir de soi-même, se séparer de ce que l'on fut, cette image que l'on voulait garder, cette blessure qui n'en finit pas de s'ouvrir quand on songe à ce que l'on ne sera pas, que l'on ne sera jamais. Admettre au moins cette réalité. Faut-il changer pour devenir un autre, un simple glissement pourrait suffire. Il n'est peut-être pas nécessaire de tout déchirer.
Ma place n'est pas dans la solitude, dans le repli, dans la tristesse des sociétés. Ma place est dans le commun des mortels. Que l'on aime pour ce qu'ils sont. Ma vie se réduit à un choc violent entre le silence et l'amour.
"Ne pleure pas, ce n'est pas la peine, ça n'en vaut pas la peine, ça n'en vaut pas la peine. Viens ici, va là, réduis toi à ce que tu es, non pas à ce que tu veux être."
"Ne souffle pas, cela pourrait faire envoler cette plume qui vient de se poser sur ton bras" dit-elle. Elle prit une olive, l'enfila dans sa bouche, ses lèvres se refermèrent, son menton velouté nacré.
Je bats lentement avec ma tête le tempo, mes mains glissant sur le clavier, ta bouche n'est pas loin mais elle souffle, elle souffle lentement, j'aurais préféré que tu sois morte, j'aurais eu moins peur de t'embrasser, j'aurais eu moins peur de ta réaction, j'aurais eu moins peur de ton amour parce qu'il m'appartiendrait totalement, il serait mon imagination, c'est ainsi que tu m'aimerais, comme je l'imagine. Tu n'existerais pas et je pourrais t'aimer totalement, entièrement, sans crainte de me voir rejeter, sans cette peur de ne pas être aimé pleinement, dans toute son intégralité, sans cette peur que l'autre puisse éprouver un amour différent que celui que l'on peut avoir.
Insensatez.
Il y a nul dégoût, nul ennui, nul regret, nul remord. Cette impression que toute fin est un point de départ.
Tu t'allonges ici et là et tu disparais tout le temps. C'est ainsi que je te perds. Tu n'existes pas. Tu glisses, tu es transparente, à peine visible lorsque l'on garde les yeux grands ouverts et deviens si réelle quand les yeux se referment. Qui es-tu, où vas-tu ?
Cette impression que toute fin est un point de départ, mais le point de départ de quel chemin ? Le soleil se lève à l'horizon et c'est toujours vers lui que l'on marche inlassablement, vers l'éveil, vers la naissance puis vers la continuité.
L'affiche du Sacrifice dans le hall du cinéma. Un arbre squelettique. Ta main se pose sur ma peau, au dehors on entend quelques voitures passer, nous ne disons rien parce que nous ne pouvons rien dire. Nos yeux se replient sur ce que nous ne possédons pas.
Appelle-moi parce que je suis une mort qui n'en finit pas de s'éteindre. Se mouvant en dessous, un autre sentiment que je ne possède pas parce que sa grâce, sa force pourrait dévaster ce qui meurt en moi. Et je ne veux pas mourir d'amour d'une autre, je veux mourir de moi-même comme l'on meurt d'une déception amoureuse, d'une blessure grave et profonde. Un déchirement. Se déchirer parce que l'on se désunit de l'autre, l'autre que l'on aimait, qui nous a déçu parce qu'il ne nous aime plus, ne représentant plus rien à ses yeux, juste une image fanée, incolore. Se déchirer à soi-même, mourir à soi-même, mourir de soi-même, se séparer de ce que l'on fut, cette image que l'on voulait garder, cette blessure qui n'en finit pas de s'ouvrir quand on songe à ce que l'on ne sera pas, que l'on ne sera jamais. Admettre au moins cette réalité. Faut-il changer pour devenir un autre, un simple glissement pourrait suffire. Il n'est peut-être pas nécessaire de tout déchirer.
Ma place n'est pas dans la solitude, dans le repli, dans la tristesse des sociétés. Ma place est dans le commun des mortels. Que l'on aime pour ce qu'ils sont. Ma vie se réduit à un choc violent entre le silence et l'amour.
"Ne pleure pas, ce n'est pas la peine, ça n'en vaut pas la peine, ça n'en vaut pas la peine. Viens ici, va là, réduis toi à ce que tu es, non pas à ce que tu veux être."
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