Retour de la sélection du bureau après des mois sans aucune envie de découvrir quoique ce soit.
53min et 14sec. à télécharger en liqcuant iic, ou à écouter ici-bas. Le détail de la sélection est encore un peu plus bas.
Il y a quelques temps, un samedi matin, j'étais de mauvaise humeur. Alors que j'allais chercher un café-à-emporter pour le boire sur un banc, j'entendis Candyman (du célèbre Reverend Gary Davis) joué par un vieux type sur sa guitare; cette chanson est du sucre et remettrait illico d'aplomb n'importe quel suicidaire. Je me suis dit, enjoué par cette rencontre au hasard des rues, que la connaissance de beaucoup de musique ne trouve pas son intérêt dans son étalage en société mais dans cette démarche très personnelle de trouver pour chaque émotion que l'on rencontre la musique qui pourra l'accompagner au plus près, la dissoudre dans une autre émotion ou l'amplifier. Ce n'est pas dit que si je n'avais pas connu Candyman, elle aurait eu le même effet sur moi; je ne l'aurais certainement pas entendue, n'y aurais prêté aucune attention. Il s'agissait là d'une rencontre qui me ramenait à moi, à ce que je suis et qui me convient -- et dont je m'éloignais avec force mauvaise foi et apitoiement.
Daisy Chain - Zzotto
A classer dans la collection "Je m'appelle Stereolab et je pille des groupes inconnus des années 60".
Phil Spector - He Hit Me
Ne sais plus si ce sont les Ronettes ou je-sais-plus-qui qui chantent, mais c'est du Spector.
Shop Assistants - I Don't Want to Be Friends With You
C-86 en force.
Jem Targal - Dance With Cha Girl
L'une des grandes trouvailles du mois, album renversant. En date du 1978 -- et le cédé est à colorier.
Le Système Crapoutchik - Ploum le Clown
Rare groupe français à faire de la "pop" (et non du yéyé) dans les années 60; les paroles sont un summum d'idées hippies (la vie c'est beau, etc.), mais c'est intéressant/enrichissant d'entendre des tentatives de caser le français sur des mélodies; surtout lorsque la plus grande difficulté d'un songwriter est le texte.
Randy Rice - Hello / Mr. Dumpty, Before the Fall
Jolie mélancolie et parole dépressive à souhait. Tiré de l'album To Anyone Who's Ever Laughed At Someone Else -- titre d'album walserien ("et quand on riait, il riait de lui"). Le reste de l'album est très (trop) guitare acoustique.
Sonic Youth - Expressway To Yr. Skull (live)
Sonic Youth en concert en 1986 et l'étonnant silence du public qui se retient jusqu'à la fin du morceau.
Morton Feldman - Rohtko Chapel 1
Extraordinaire jeu de timbres. Un morceau vertical.
Scriabine - Etudes- Op. 42
RAS.
Biff Bang Pow! - She Haunts
La joie.
Harry Schneider, The Singing Plumber - A Love Song For Sona
Harry Schneider est plombier et il chante une chanson d'amour pour Sona.
Bob Dylan - Idiot Wind
Bob Dylan.
Jem Targal - Luckey Guy
Jem Targal est un gars chanceux.
blog'o'vento
13 oct. 2009
12 oct. 2009
L'océan
Tu dessinais avec ton doigt des cercles sur ma peau, tu chantais et je prenais en bouche ta main. Et avec un peu d'imagination, nous pouvions entendre une fanfare jouer dans le jardin. Quand tu as ouvert la fenêtre, le vent a soufflé les pétales des fleurs séchées que je t'avais offertes le siècle dernier. Tu me dis alors je n'ai pas connu plus ample sensation depuis que j'ai été à l'océan avec mon fils. Je me suis pris pour l'océan. Tout ça, ça s'est passé le jour où je me suis pris pour l'océan. C'était le jour où je me suis pris pour l'océan.
7 oct. 2009
win.rtf
0. Saisir juste ce qu'il faut, à poing.
1. Ne rien dire du projet, tout arrêter pour se consacrer à ça. Alors (ou non alors) passer pour un type jesaispasquoi "je suis pas ton pote". Ambiance fébrilité paranoïaque, tout en retrait, Party Boy en pédale douce. Et puis il n'y a pas marqué Pigeon. Bon samaritain.
1. Ne rien dire du projet, tout arrêter pour se consacrer à ça. Alors (ou non alors) passer pour un type jesaispasquoi "je suis pas ton pote". Ambiance fébrilité paranoïaque, tout en retrait, Party Boy en pédale douce. Et puis il n'y a pas marqué Pigeon. 2. Blablabla, on est toujours contraint de se tordre pour faire entrer les idées dans les mots. Les mots sont des chaussures trop petites pour nos pieds d'explorateur-conquérant. Les mots font mal par leur impuissance. Il n'y a que les poètes et les démagogues (mais ne sont-ce pas les mêmes) pour croire à la puissance du Verbe. Ou Contre les poètes est à considérer aussi comme pamphlet politique. Le jour où le poète cessera d'être poète alors il le deviendra certainement. = la vieille règle taoïste.
3. Retour d'insomnie. Alors le travail. 3 par 3. Survoler, reprendre, reconsidérer l'univers et ouvrir des issues qui demeuraient closes non pas par fatigue mais par crainte. Former des armées, envoyer des éclaireurs, dévaliser les villages, se couvrir d'or. Et tuer les mots qui font peur parce qu'ils sont petits.
5 oct. 2009
la passion
Et dans sa vie, il n'avait pas autre chose pour se sentir vivant que de voler. Il grimpait au sommet d'un immeuble et arc-bouté dans le vide, la tête bêche embrassant-considérant la foule qui le pointait du doigt, il prenait une large respiration. Et alors, comme tout corps solide, il s'écrasa.
29 sept. 2009
Je ne veux pas devenir une table
1. Toujours tenté par quelque chose de très noire, très noire-noire. Ah la belle aventure, l'effroyable beauté noire du monde obscur qui sombre dans les plus profonds abîmes. T'en oublierais presque que tout cela est une farce, une bien belle farce. La parfaite oscillation du monde. Le monde est une danseuse.
3. Revenir à la joie, à la belle humeur, à tout ce qui rend le corps plus léger & le pied agile. http://bastardisaddic6.blogspot.com/2008/06/4.html
"Je veux devenir une table, je veux devenir une table", criait-il en tapant dans la balle de ping-pong.2. Il n'y a pas grand monde à sauver dans toute cette histoire. Peut-être l'oncle (le parrain), la fille, et tout le reste, c'est que dalle, pas tripette. Le plus dur, ce n'est pas pour ceux qui restent, c'est pour ceux qui partent.
3. Revenir à la joie, à la belle humeur, à tout ce qui rend le corps plus léger & le pied agile. http://bastardisaddic6.blogspot.com/2008/06/4.html
24 sept. 2009
Quelques heures sous les sunlights
Improvisation marmonnée enregistrée sur Elle a passé tant d'heures sous les sunlights de Philippe Garrel. Par un heureux hasard, la séquence était muette. La première salve de marmonnements n'est pas dans la tonalité recherchée.
21 sept. 2009
Face A/Face B
1. En dépit de nos différences, nous nous remplissions l'un l'autre d'une confiance qui n'avait pas de limite -- l'un l'autre, durant ces longues heures où nous nous enivrions, nous revisitions ces territoires que nous avions découverts seul -- alors seul, emporté par la puissance des rêves et le doux confinement d'une solitude joyeuse, chacun mesurait la grandeur de ses possibilités, l'envergure de ses membres et la longueur de ses foulées -- et mis ensemble, grâce à l'alcool et certainement à l'amour, nous nous glorifions au-delà de toute raison durant des heures, jusqu'au matin où nous nous endormions sans prendre la peine de nous dévêtir. Nos réveils avaient l'âcre saveur du tabac froid et l'acidité des mauvais vins. Plusieurs heures après, nous marmonnions, incompréhensibles, la bouche pâteuse et la gorge sèche. Et avant la tombée de la nuit, nous nous recouchions, scellant par une emprise amoureuse cette journée qui ne nous semblait pas avoir existé.
2. Être Quentin qui ne veut pas céder à la haine.
3. Donne-moi cinq minutes pour dire ce que j'ai à dire: jusqu'au bout, tu auras pris ce qu'il y avait à prendre et lorsqu'il n'y a plus rien eu à prendre, tu as filé. Au fond du gouffre que j'ai traversé, tu es venu pour en redemander encore. Tu as certainement compris qu'après cela, il n'y avait plus rien à tirer de moi. Alors tu as filé, et je sais que maintenant tu rases les murs. Tu n'es pas moins qu'un parasite et c'est bien logiquement que tu as choisi ce camp-là: les victimes sont seules et elles se réunissent pour devenir des martyrs. Ce qui m'ennuie le plus, c'est que je sais que tu n'es pas plus malheureux là-bas que tu ne l'étais ici, pas plus heureux avec eux qu'avec moi. Parce que rien ne te tourmente plus que toi-même et en choisissant la voie que tu as prise, tu ne fais que repeindre les murs de ta cage. Comme eux, tu seras toujours la victime de quelqu'un, parce que comme eux tu ne cesses de construire des barricades entre toi et le monde, ceci pour ton bien-être, ceci pour une morale qui repose bien moins sur "l'amour universel du monde" -- comme vous en avez la prétention -- que pour défendre votre propre petite personne. Repliés dans vos communautés, vous dites vivre comme des pirates, mais le territoire des pirates étaient les océans, non ce lopin de terre où ils se réunissaient pour y partager des butins. Vos lieux sont des forteresses, non des îles ouvertes aux quatre vents. Et toi, tu as finalement opté pour cet ostracisme alors que j'ai tout fait durant des années pour t'aider à être un peu plus au monde, pensant que ton plus grand mal était ta solitude. Mais je me suis trompé sur ton compte: ton plus grand mal n'est pas ta solitude, c'est l'image que tu te fais de toi, haute, grande, belle, hors-du-commun qui te conduit à cette solitude. Tu n'étais pas seul, tu étais seulement en manque d'admirateurs. Jamais, à mes yeux, tu ne seras grand, sache-le. Je n'ai d'estime que pour mes semblables.(...)Now I want you to tell me just one thing more. Why do you hate the South ?'I don't hate it,' Quentin said, quickly, at once, immediately; 'I don't hate it,' he said. I don't hate it he thought, panting in the cold air, the iron New England dark; I don't. I don't! I don't hate it! I don't hate it!
20 sept. 2009
19 sept. 2009
V
Au début tu ne comprends rien, tu dis que t'as chaud, qu'il fait froid, ton corps tremble, tu as des vertiges, tu as vomi toute la nuit et le matin tu ne te sens pas si bien que ça -- tu aurais espéré mieux mais tu ne regrettes rien, tu n'es pas déçu, tu ne t'attendais à rien, c'était devenu tellement tellement tellement tellement ennuyeux, ça aurait pu continuer longtemps, à te parler à te dire un jour le roi viendra et je porterai ses fripes, un jour je traverserai les mers d'un seul pas des choses comme celles-ci que personne n'entendait, c'était sur une petite scène, c'était une estrade éclairée par les écrans des téléphones portables, les spectateurs rivés sur les viseurs des appareils photo -- et maintenant tu te retrouves là, sans les choses dont tu parlais mais avec sur les bras les mots que tu utilisais, Mon Dieu, je comprends rien, tu vas vomir, tu reviens, tu fais un tour, reviens, pars, tu lèves les bras, retournes tes mains, tu fais l'idiot, ça te fait marrer, tu t'allonges, redeviens sérieux un instant, t'as ce mauvais goût au fond de la gorge, l'amertume te relie avec la fin de ce qu'il y avait avant, mais tu sais que lorsque tu ne seras plus amer, tu seras un vagabond, tu porteras ses fripes, tu auras sa maison, tu auras son soleil et ses nuits, tu seras le roi.
15 sept. 2009
Maigre
"Personne avant moi, dans cette langue, n'a écrit comme je le fais, comme j'ose le faire, et comme c'est mon plaisir, ma plénitude. Je sais que des dernières pages de Samora Mâchel, en Mai, je peux, les lisant ici, en réveiller les morts, de cet enclos, les notables et les obscurs, les honorés et les oubliés, les paysans, les ouvriers, les enfants, les femmes. Comment me faire moi-même à cette réalité de ma langue, de la langue de mon être avant que je sois? Comment apaiser la peur que j'en ai, la peur de l'Inconnu? Comment accepter cette voix transitoire dont j'entends déjà l'accomplissement?Alors je suis allé à la librairie pour voir ce que j'avais un jour entendu d'une lecture d'un texte de Guyotat -- mon expérience de lectures guyotiennes (inachevées, je précise) s'arrêtant aux très "classiques" Tombeau pour cinq cent mille soldats et Eden Eden Eden -- et prendre la mesure de quoi Guyotat parle, cette langue en laquelle il entre -- "j'entre en langue" me répète C., en retournant les mains comme si elle retournait une peau.
De l'autre côté du mur -- je ne ressens aucune douleur de l'entorse qui me prendra le pied dès l'après-midi, l'amaigrissement et les cachets aidant, je ne souffre plus que d'une seule douleur, celle de cette langue dont je sais la beauté trop dure déjà pour moi, trop forte pour moi, qui me meus pourtant dedans avec science et plaisir, mais combien plus je me préférerais usant d'une langue lisible par tous dans l'immédiat (et pourtant...).
Cette langue dépasse ma pauvre force, elle va plus que ma pauvre volonté. Elle me scandalise, me fait rougir, à d'autres moments rire, non d'une langue de fou, mais d'artiste trop fort pour l'être, humain, que je suis encore; de prophète de moi-même donc." (Guyotat, Coma).
Le livre est Prostitution et l'image est prise sans l'accord du site.
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