5 avr. 2005
**** (2)
Pour paraphraser Klossowski, qui a dit "Le jour où le jeune écrivaincorrige sa première épreuve, il est fier comme un écolier qui vient degagner sa première vérole", je dirais "le jour où le jeune écrivainécrit son premier livre, il est comme un écolier qui vient de découvrirla masturbation". Je n'en suis qu'à la branlette, mais j'aimerais bienchoper la vérole ;-)
Je vais tenter de dresser la liste des analyses/remarques/interrogationsqui me restent sur les bras après cette expérience, dans l'espoir qu'enles couchant ici, à l'oeil libre des lurkrices(-keurs) &contributrices(-teurs), je pourrais enfin me libérer et prendre distanceavec, puisque ces interrogations me bloquent et me frustrent de pouvoirpasser à autre chose.
L'une des difficultés a été de garder une cohérence stylistique tout aulong de l'écriture. Dans l'écriture de textes courts, il est possible depasser d'un style, d'un phrasé, à un autre; mais cela n'est pas vraimentpermis sur des dizaines et des centaines de pages -- sauf si le bouquinque l'on écrit s'appelle /Ulysse/ et que l'on s'appelle James Joyce.
Certes, je conçois toujours cette idée de pouvoir apporter desvariations sur le rythme, sur des changements dans la manière d'aborderla narration, mais celles-ci doivent rester cohérentes, c'est-à-dire,soutenir cet ensemble qu'est le style -- style bon ou mauvais, là n'estpas la question. Ceci peut paraître un peu ridicule à constater, mais aucours de cette expérience, j'ai dû dégrossir ma manière d'écrire,l'affiner, la forger, c'est-à-dire, devoir *contrôler* le geste -- cequi, en plus d'être frustrant, ramène l'épreuve du "long" à courir unmarathon avec des chaussures coulées dans du béton.
Dans cette difficulté, entre également la question du tic; sur un textecourt, les tics n'apparaissent pas forcément aux lecteurs ni même à sonauteur, mais sur une longue distance, l'abus devient flagrant, cecid'autant plus lorsqu'il n'est qu'une béquille pour l'auteur las. Je saisque j'ai énormément abusé, entre autre, de la tournure "bien moins que...", devant me résoudre à revoir pas mal de pages tant cela devenaitalambiqué jusqu'au grotesque; et je doute avoir fait le tour de mesalambics :-). Dans ce cas précis, c'était l'une des résultantes dusyndrôme de Hugo, c'est à dire pisser de la ligne en pensant écrire lechef d'oeuvre -- comme si finalement la tenue d'un "flot" était synonymede qualité. Ces points étant à revoir, à corriger à plusieurs reprises,ceci pousse la lassitude jusqu'à l'écoeurement, au découragement. Maisétrangement, j'estime avoir bien plus appris à écrire en récrivant qu'enécrivant simplement; et c'est peut-être là que le coup porte et blesse.
L'autre difficulté que j'ai rencontrée a été de savoir comment raconterce que j'avais à dire: jusqu'où dois-je aller ? que dois-je omettresciemment ? telle digression est-elle vraiment utile ? qu'apporte-t-elle? est-elle en cohérence avec l'intérêt du livre que l'on veut écrire ?Par exemple, pour un polar, faut-il s'attarder sur la couleur de la robede la dame en noir (sic) ? J'ai dû couper dans le texte, le resserrer àcertains endroits, devenir un monteur de cinéma qui selon les séquencesqu'il choisit, pourra donner des couleurs différentes à son film. Ce quirajoute une couche au travail besogneux de "post-production".
Cette difficulté est d'autant plus difficile à surmonter lorsque l'on aécrit essentiellement des textes courts -- le plus souvent des hybridesentre la nouvelle et de la prose --, textes courts dans lesquels uneseule idée est exposée, une seule chose est à dire; sur un texte long,il est difficile de ne pas s'enliser dans cette idée à laquelle ons'accroche parce qu'on la juge démentiellement géniale -- un autresymptôme du syndrome de Hugo. Il en est de même pour les images et lesmétaphores -- lesquelles, lorsqu'elles se rapportent toujours au mêmesujet, deviennent bien moins une licence poétique qu'un tic effroyabled'auteur à imagination courte.
Actuellement, les questions que je me pose sont:
- de savoir comment aborder mon histoire; qu'est-ce que je veux dire àtravers cette histoire, sans avoir à l'écrire -- parce que dans cecas-là, il sera plus simple d'écrire directement un essaisocio-philosophique branlant;
- par quel biais amener mon propos; selon quel plan, sur quelle structure;
- comment vais-je raconter cette histoire, en connaissant ma manièred'écrire et mes automatismes;
ces questions posées afin d'éviter le travail laborieux, besogneux de"post-production".
Mes dernières interrogations m'ont permis d'aboutir à cette idée qui mesatisfait plutôt, qui est la différence fondamentale entre le contrôleet la maîtrise -- et ceci me convient d'autant plus que cette conclusioncorrespond tout autant à l'approche de l'écriture qu'à ma manière devivre, d'être *vivant*.
Il ne s'agit évidemment pas d'une conclusion fourre-tout, et je laconçois avant tout comme une étape, tout autant dans le processus del'écriture que d'être *vivant*.
C'est d'ailleurs étrange comme l'histoire que je veux actuellementraconter entre en adéquation avec cette idée de contrôle et de maîtrise;comme si la pleine résolution de cette conception d'être agissant,d'être vivant, d'être écrivant, devait passer par l'écriture de cettehistoire; bien moins écrire pour "choper la vérole" que pour s'accomplirsoi-même. Ceci dit pompeusement, mais qui n'est pas sans importance pourmoi.
Petite notule: ces quelques remarques sur une expérience d'écriture sont très terre à terre en comparaison aux réflexions de Blanchot, Barthes, etc; elles interrogent bien moins l'écriture que la manière d'écrire.
Mais n'est-ce pas là que se situe le nerf de la guerre ? L'écriture doit se placer sur un périmètre autour d'un sujet qu'elle devrait se refuser
d'aborder; en somme, en revenir à ne pas écrire ce qu'il y a à dire, mais à le faire dire, comme l'on presse un fruit pour en tirer le jus. Ce qui renvoie à toute la difficulté d'écrire: qu'ai-je à dire, à transmettre, à travers cette histoire, sans que je sois obligé de l'écrire, sans que cela s'apparente à un essai ou à une énumération de faits.
**** (1)
Moi > Mmh.
Bruno > Je n'y ai pas cru.
Moi > (Oui, surtout eux; il arrive toujours ce moment où il n'est plus possible de rester figé là sur ce point de chute -- c'est curieux, les heures qui ont suivi cette mini-réponse étaient pleines d'une certaine tristesse -- alors nous buvions des verres et je demeurais comme déshérité d'un temps connu où les choses étaient différentes -- où il n'y avait effectivement pas ces gens-là, où il n'y avait rien d'autre que l'illusion d'une existé vivant; peut-être était-ce vrai et peut-être cela l'est maintenant moins, malgré les apparences; mais les filles embrassent les garçons, et ça les rend idiots; alors "les choses ont bien changé depuis", comme si je marquais là l'observation, le constat, du chemin tracé brouillé depuis -- et cette envie de s'échapper de ce contrôle omniprésent pour goûter à la liberté de la maîtrise; juste l'envie de faire rupture avec soi-même)
4 avr. 2005
The Byrds - I See You
Alors les filles embrassent les garçons -- et il faudra admettre que tu m'as prise par surprise -- et moi qui ne faisais rien à tes côtés, seulement te regarder comme je t'ai découverte un jour en hiver (cet hiver-là, encore chaud du son des bombes et des cloches, de l'émoi qui nous traversâmes quand vint enfin la révolte) -- qui ne faisais rien seulement te regarder et boire, seulement boire et te regarder, et n'être qu'un idiot n'osant à peine effleurer tes jambes du bout de mes chaussures (alors je t'ai vue) --*** -- alors je t'ai vue -- souriante et belle --
-- et tu ne cessais de parler de cet amoureux dont j'en aurais été presque jaloux si je ne t'avais pas vue -- si je ne t'avais pas vue me voir là, long et impassible, me touchant les cheveux, m'écoutant comme si j'étais le meneur d'une Révolution -- mais si je n'étais pas le meneur de la Révolution autour de nous, je l'étais de la mienne (alors je t'ai vue, et tu étais cette barricade que je devais enfin prendre bon gré mal gré -- alors je t'ai vue) --
-- et peu importe si le lendemain il me fallait dormir dans les toilettes de ce bureau que j'occupais pour presque rien, -- juste pour y trouver un peu d'intimité, et me dire "et lorsqu'elle entra, il se demanda s'il n'avait pas jusque-là gardé ses yeux baissés, durant toutes ses soirées qu'il avait passé avec elle, à boire tout deux et ivres jusqu'à oublier les pas de danse qu'imposait la musique -- alors juste bouger son corps comme on agite ses jambes pour retirer un pantalon trop étroit, bouger son corps pour s'en défaire --, le regard fuyant, ne la voyant pas jusque-là -- n'y voyant à dire vrai que celle qu'elle voulait laisser voir, juste une surface exhubérante ironique & cassante, mal fagotée drôle et idiote -- le genre de fille stupide qui peut pisser dans un broc et en jeter le contenu du troisième étage sur les passants, et se cacher et rire comme une idiote. Peut-être était-ce la fatigue qui lui fit tomber sa garde -- relevant alors les yeux sur l'inattendue --, et il vit une grosse masse de vérité, et alors tout entra en cohésion -- la pisse, le broc, les mauvaises blagues et les saloperies vachardes de la première rencontre -- et les excuses qu'il y eut lors de la seconde --, les actes et l'ivresse, la résolution et le dépit, la pertinence et la cruauté qu'assène la solitude, le malaise et la placidité du sourire, le front large --; un gros morceau de vérité (et là figé dans sa fatigue, attendant la fermeture une cigarette à la main, il se dit lorsqu'elle entra, dressée droite & emmitouflée d'une longue veste bleue, le sourire fané et timide, au-delà de la représentation de l'idiote ("-- sale garnement, sale idiote stupide qui crache sur les passants"): "elle est belle" -- pour que n'importe quel soudard tombe en extase à ses pieds" -- comme jamais il ne l'avait vue, là les yeux enfin droits face à elle et voyant la vérité, la fêlure du vernis, cet instant quand les morceaux éparpillés ici & là incohérents se rassemblent pour ne former plus qu'un bloc, alors. Alors, un jour, il faudra comprendre pourquoi il n'y a que les dingues qui l'intéressent",
-- alors un jour je t'ai vue, et puis tu m'as pris un soir par le bras -- et comme un idiot, je t'ai pris par la taille -- et alors tu as serré mon bras -- alors comme un idiot j'ai serré ta taille -- et alors tu as serré de tes doigts mon bras -- alors comme idiot je t'ai embrassé -- et mon visage de baisers a été couvert -- et ton visage de baisers a été couvert. Alors un jour je t'ai vue.
31 mars 2005
constipation
Ceci se recoupe évidemment avec la différence qu'il y a entre le pouvoir et la puissance, soit: entre le contrôle et la maîtrise du geste.
Il sera dorénavant hors de question de rentrer dans le délire de la constipation -- et S. a raison à propos du premier bouquin; j'étais bien trop dans la volonté de vouloir faire bien, peut-être parce que trop dans le respect de la littérature; et il en ressort probablement -- puisque je ne l'ai pas relu depuis -- un arrière-goût de trop-littéraire, avec cette idée de contrôler chaque phrase pour que chacune d'elle soit la meilleure possible -- d'ailleurs chose curieuse, j'ai le souvenir que les meilleurs passages sont certains monologues écrits sans trop contrôler quoique ce soit.
L'oeuvre ne repose pas sur le contrôle mais sur la maîtrise
-- le contrôle et sa perte étant l'idée actuelle et angoissante qui m'habite depuis quelques mois -- qui me guide dans des chemins tortueux, lesquels me semble être hors-limite alors même qu'ils ne sont guère, objectivement, que des petites embardées sans trop de conséquence (je repense à ce que j'ai pu dire à H., alors même que nous nous ... "mais c'est n'importe quoi" et elle de dédramatiser la situation "mais c'est rien, c'est normal"; si à mes yeux, c'était n'importe quoi, elle n'a pas eu tort de rappeler que c'était surtout normal, surtout en fin de soirée, après quelques bouteilles de vin blanc (hi!).
2. Le contrôle et les points de rupture. La crainte -- l'angoisse -- que j'éprouve à l'idée de coucher sur le papier l'histoire de Habib vient de là; bien plus que son histoire, c'est aussi la mienne qui est ici en jeu, puisqu'il s'agit de perdre tout contrôle du geste pour essayer d'en avoir la maîtrise -- puisque si Habib se doit d'être fait, c'est bien moins pour en raconter l'histoire effective que pour pouvoir passer à autre chose.
26 mars 2005
2. Mardi, couché tôt.
3. Mercredi, Levé tôt, Vitrolles, billet bidon retour tard, couché tard.
4. Jeudi, restaurant, miam.
5. Vendredi, réveil 8h par téléphone, voix métallique à-la-THX-2001-Odyssée "vou-a-vé-pa-pé-yé-vo-tre-fac-tur-de-té-lé-fon-veu-yé-la-pé-yé". A France Télécom, ça débauche sec.
6. Rien.
19 mars 2005
ostinato
14 mars 2005
Jandek & nous et la fille aux bas chair
Sortir de chez soi au petit matin et écouter Jandek dans la rue – et n’entendre plus la ville qu'à travers les ânonnements de sa voix désincarnée – et se laisser déambuler porter dans les rues, au son de cette fanfare, les oreilles pleines et le corps de plus en plus vide de tout nerf – décharné à l’os, sans peau ni muscle – n’être que dans une béatitude sourde et sans fond – regarder la ville de part les yeux froids des idiots – et découvrir alors le monde dans sa dimension la plus concrète, juste des corps en mouvement comme le nôtre, du métal et des vêtements, des cheveux et des mains,
et attendre alors le bus sans regarder quiconque,
et monter dans le bus sans regarder quiconque,
et descendre de ce bus ce corps qui nous appartenait et qui devient nôtre – à Jandek & nous –,
descendre de ce bus ce corps comme une vulgaire carcasse de viande – n’être que nôtre
et diffus sans contenance, nous – Jandek & nous – allons là à la recherche d’un café, la bouche vide assoiffée de l’âcreté de la caféine, de la chaleur d’une cigarette,
entrer dans le café où résonne Jandek, où Jandek annone guttural dans notre bouche – et être finalement deux, lui & nous dans la boue, et cette ville autour qui circule à un autre rythme, les têtes pleines de soucis là où les nôtres – à Jandek & nous – sont vides de tout problème tant nous avons oublié ce qu'était l'entendement, la raison -- nous corps siamois emmitouflés dans la camisole de boue, qui chante et écoute en même temps les lamentations bêtes de cette voix qu'est devenue nôtre,
et nos yeux deviennent aussi les siens, et nos sens deviennent ses sens,
et son chant devient notre chant – mélodie sans appui à l’entrain d’un corps flasque, flasque comme le goitre lourd laiteux d’un monstre que nous trouvons beau
et nous – Jandek & nous – nous prenons la tasse au comptoir et cherchons une table à travers les miroirs, et notre corps dans les reflets et nous (Jandek & nous) parmi les visages en biais des clients attablés,
et nous asseoir là et lever les yeux sur des bottes en cuir au bout de jambes accrochées aux cuisses au bout d’une jupe noire courte accrochée à un chemisier blanc au bout d’un visage froid blond froid comme le regard inquisiteur d’une fille qui n’est pas surprise que vous la regardiez tant ce qu’elle offre à voir n’est pas laissé au hasard,
et nos sens – à Jandek & nous – la regardent et glissent sur ses jambes de cuir glissant de cette jupe, en longs bandeaux de chair – la fixent et elle nous fixe (nous, Jandek & nous) fière sans crainte de ses jambes chairs en cuir au visage froid blond court les yeux au fond du vide de nos yeux à nous – Jandek & nous –
Jandek & nous comme des bêtes idiotes devant les bas chair qui se détachent des cuisses sortant de sa jupe qu’elle relève parce que ce n’est jamais assez trop,
Jandek & nous & elle, la fille au bas et aux bottes en cuir dans un café au petit matin,
Jandek & nous & la fille qui ne pensent à rien face à face dans la démonstration,
et son regard est celui des petites idiotes qui ne pensent plus
et notre regard est celui des idiots qui ne pensent plus
n’être que des sens primaires,
froids comme la viande,
et son regard sur notre visage sans expression – à Jandek & nous – cherchant quelconque réaction,
et notre regard sur ses jambes cuisses bottes bas désincarnés,
ne pas avoir de scrupule parce que nous – Jandek & nous – ne pensons plus.
-------
1. Bout d'essai raté. Retenter l'expérience demain, dans la mesure du possible.
2. Habib le roi des idiots.
3. Ne plus contrôler quoique ce soit -- garder le souvenir de la fin du concert complètement déconnecté de tout ce qu'il y avait autour, revoir mes doigts aller sur les cordes sans savoir ce que cela aller rendre.
4. Apprendre à respirer.
8 mars 2005
Parenthèse. Au lit. Dormir.
27 févr. 2005
2. Habib dans la boue -- l'étrange anxiété qui saisit le corps avant, la crainte de perdre tout contrôle -- aller encore au-delà du merdier complet qui prend forme. N'être même plus dans l'opération du docteur Frankestein -- dont la création avait encore un aspect humain (qui avait résolument l'aspect d'un homme) -- être dans la dynamique de la mine sur laquelle marche le soldat et le propulse loin en pièces diverses -- et la partie des dialogues entre les diverses parties de cervelle sur le mur s'avère être une jolie mise en abîme du merdier.
3. Verdier.
26 févr. 2005
Il faut arrêter la psychanalyse, surtout lorsqu'elle se pratique dans les escaliers
A un moment, il faut arrêter la psychanalyse, surtout lorsqu'elle se
pratique dans les escaliers. Pas de la grande psyché freudienne, à peine une
glace de poudrier qui tient dans la poche. Ca réconforte de se dire entre le
dessert et le café que l'on a compris pourquoi on ne tourne pas rond. C'est
un peu comme résoudre une équation vectorielle en se curant le nez avec les
deux mains. Ca n'apporte pas grand chose, hormis l'illusion que l'on se
donne d'être suffisamment intelligent pour se comprendre soi-même. Le fameux
éclair de génie, la pomme et tout le toutim du type dans la baignoire.
Hormis que la scène se joue ici entre la marche 11 et la marche 12 de
l'escalier. Ca y est j'ai compris, vous dit-on, tout fierot. Suit après
l'eurêka égotique, une loggorhée psycho, aussi fébrile qu'un junkie en
manque. Sauf qu'ici, la came est le divan hebdomadaire.
Finalement, l'humanité ne se comprend que lorsqu'elle est allongée; debout,
ça fait le fierot, ça se gausse, ça se répand, ça dégueule à qui
mieux-mieux. L'humanité, ça se révèle lorsqu'elle est allongée: au plumard
pour les poutouilles et dans le coffre en sapin pour l'éternité.
Rien n'est plus fascinant que le névrosé qui se sent pourvu d'une puissance
phénoménale. Il se sent voler haut, la vision large qui embrasse tout
l'univers au moins, si ce n'est plus, l'aigle holderlinien au-dessus de la
pampa, qui vous donne des conseils, qui vous afflige ses commentaires
auxquels vous ne pouvez pas répondre parce qu'il a forcément raison. Au
début, ça amuse, ça intrigue. Dites-moi donc, cette personne, elle est
foutrement intelligente, elle est foutrement cultivée. Elle vous embobine,
vous vous prenez à son petit-jeu, mais vous sentez qu'il y a un truc qui
cloche. Non pas chez cette personne, mais chez vous. Vous devenez curieux,
difforme. La chaise n'est pas confortable ou c'est moi qui ait mal à
l'arrière-train. Pourquoi je respire aussi mal. Qu'est-ce que j'ai à bégayer
comme ça, d'habitude ça ne m'arrive pas, j'ai des poumons de dinosaures. Et
le dieu-tout-puissant-névrosé, encore bouillant de sa propre petite analyse
de comptoir, en manque de sa sieste hebdomadaire, sous subutex pontalisien,
de vous passer au peigne fin et de vous mettre gentiment dans sa petite
case. Viens avec moi bonhomme, plus on est de fou, mieux c'est. Vous
insistez: diantre, cette personne est foutrement intelligente, elle m'a
salement percée! Quel regard aiguisé, quel magnifique clairvoyance sur ma
personne. Si chez Midas, il vous change le pot en 30 minutes, chez le
névrosé-tout-puissant, il vous torche votre fiche technique entre la soupe
et la charcutaille. Il n'y a plus qu'à faire les empreintes digitales, là.
Et vous voilà maintenant bardé de pustules et de traumas, votre mère vous a
battu et vous rêviez de tuer votre père. Vous êtes malade tous les deux,
vous vous comprenez, c'est la fin de la solitude. Vive l'humanité, vive
l'amour, vive la fraternité! Bon, et puis alors c'est l'heure de partir,
parce que c'est pas tout, je me sens tout bizarre depuis qu'on se parle,
j'ai des sueurs, je ne me sens pas très bien. Dans le trolleybus, vous
croisez Machin, vous discutez de la coupe de France et le malaise s'estompe.
Tiens, c'est curieux, ça va mieux. Quelques jours plus tard, vous revoyez le
névrose-bricolé, il vous recolle sa chtouille, vous en aurez pour la
journée. Il y a vraiment un problème, je marche en crabe. J'ai des poumons
de poisson. J'ai la vision floutée. Et puis un autre jour, vous recroisez
encore votre ingénieur psychanalyste. Mais cette fois-ci, vous êtes dans une
humeur particulière. Tout va bien, votre petite jardin secret est fleuri, et
vous n'avez pas envie qu'on vienne écrabouiller vos plate-bandes. Vous en
voulez pas de sa chtouille. Vous le lui faites comprendre. En général, il ne
comprend pas sur le coup. En général, il vous rappelle quelques jours plus
tard pour avoir confirmation sur ce que vous avez voulu bien lui faire
comprendre.
Deux choix s'offrent à vous: soit vous êtes compatissant et donc tordu, et
vous vous excusez presque; soit vous êtes un vrai enculé, et vous le lui
faites bien comprendre ce que vous avez bien voulu lui faire comprendre la
dernière fois, c'est à dire que sa chtouille, vous n'en voulez pas. Dans le
premier cas, vous regagnez 10 points de sympathie, mais vous perdez 4 points
de vie. Dans le second cas, vous perdez tout vos points de sympathie, mais
vous regagnez tout vos points de vie. Dans le premier cas, vous avez un ami
pour la vie, qui viendra chez vous quand il le voudra. Il vous comprendra
mieux que vous ne le comprendrez, ça sera la petite laisse qui vous ramènera
à l'état de toutou fidèle, de compagnon idéal pour les mondanités, qui dit
oui qui dit non, et qui dit rien c'est encore mieux. Si vous vous rebellez,
il sortira le petit bâton à culpabilité. Bon wafwaf, vous vous coucherez et
tendrez la papate à son maimaitre. Dans le second cas, vous êtes un connard,
vous avez un nom de plus rayé dans votre agenda. Dans les mondanités, vous
croiserez la Culpabilité. Votre corps tremblera, vous sentirez les petits
anticorps se mettre en branle. Ca chauffera de partout. Vous esquisserez un
sourire. C'est pas parce que je suis un connard que je ne peux pas dire
bonjour. La Culpabilité vous dédaignera, vous sourirez d'avantage, vous
aurez gagné une bonne partie contre l'humanité.
25 févr. 2005
post-it
-- Ivan Otagov n'a jamais existé. Ceci dit, il fracassa en entrant la porte du bureau et tendit le journal sous mon nez, sans prendre la peine de me saluer, s'écriant par salves de postillon, la tête oblique et les yeux tout aussi décadents que son sourire tordu "T'as vu ça, c'est gééééniaaaaallll!".
L'idée de Ivan Otagov tient moins au récit qu'il pourrait en être fait, que de gratter le rapport entre la réalité et ce qui peut découler de la réalité -- en partant du fait que si Ivan Otagov n'a jamais existé, autant son double dans le miroir existe bel & bien. Et de par la création d'un personnage purement fictif, en se basant sur une personne existante, arriver à rendre Ivan Otagov bien plus réel que l'original en lui-même. Que l'une et sa dérivée occupent le même terrain, mais avec des intensités différentes -- et restant toutes deux disjointes et singulières.
Ivan Otagov n'a jamais existé, mais vous allez le voir prendre corps.
2. Les retrouvailles; quelques verres de vin, quelques cigarettes -- la fatigue des voyages & le sommeil du juste.
3. "Et soudain c'est noir". Habib a tout vu; il n'a pas fermé les yeux.
4. Appeler Max pour café & L'Ingrat.
5x. Envoyer manuscrit restant.
6x. Faire chèque loyer ; lettre assurance idem; cédé Lacan mp3 pour Cé.
7. Idée de prendre Ivan Otagov et l'injecter dans La moustache -- le collègue de bureau de la moustache.
24 févr. 2005
21 févr. 2005
2. Etre là, à regarder l'écran. Etre tout aussi bien dans son lit, à garder les yeux ouverts sous la couette, se réchauffer par sa propre respiration dans le cocon des jambes repliées sur soi. Ne pas penser à demain, ni même à l'heure suivante qui va venir. Etre un point.
| De :ventolin (ventolin@free.fr)
Groupes de discussion :fr.rec.arts.litterature |
Que reste-t-il de l'explosion ? Un corps émietté, qui s'endort en
tordant le cou de travers. Il n'est pas las, juste empris de cette
fatigue des luttes fraticides, entre lui et moi il n'y a jamais de
vainqueur, nous tombons, chacun à notre manière, à même le sol.
19 févr. 2005
"nettoyer les chiottes"
Elle s'assoit à une table dos à dos à ma chaise, commande un café-noisette et avale des dattes sèches. Elle sort un livre, change de table, lit et relève la tête à l'affût d'un client qui la regarderait -- et celui-ci, c'est moi, las assis sur ma chaise désinvolte, fumant & buvant un café, scrutant les pochettes des disques achetés -- un Robert Pete Williams en 33 déplié sur mes genoux.
Elle change à nouveau de table, se place à une table face à la mienne, et lit son livre moins qu'elle m'observe, las désinvolte, hors du corps tant celui-ci est aussi peu vivant qu'un quartier de boeuf -- m'observe moins qu'elle me guette, me scrute comme le ferait un rapace à l'approche d'un cadavre.
Un rayon de soleil traverse la vitre, je tapote sur les disques et marmonne une mélodie sans trop raison, je m'amuse à l'idée qu'elle vienne me parler et je prépare déjà l'attitude que j'emprunterais -- attentive, las & désinvolte, un peu distant --, qu'elle me parle de moi, qu'elle voie que je suis un peu hors-jeu, qu'elle éprouve de la compassion pour mon pauvre cas, qu'elle me raconte son livre, son livre à la couverture violette, avec au dos de cette couverture la photographie d'un vieux barbu grisonnant -- et après l'avoir écoutée, après l'avoir laissée venir, après qu'elle m'ait déjà dit que l'on est déjà amis, qu'elle est prête à m'aider, qu'elle est prête à m'aimer, qu'elle sera toujours là pour moi, que je devrais lire ce livre qu'elle lit, ce livre à la couverture cheap violette à la photographie du vieux gourou de la secte Fraternité Blanche Universelle, alors je lui répondrais: "j'ai déjà entendu parler de ton livre, je m'en suis servi pour nettoyer les chiottes".
Nina Simone n'avait pas vraiment raison lorsqu'elle chantait: "nobody knows you when you're down and out". Même quand vous êtes hors de tout, enfouï dans votre crasse, lorsque vous vous faites à l'idée très plaisante que votre vie n'est qu'un désert que vous traversez dans le plus simple appareil, il existe toujours quelqu'un prêt à vous aider -- et curieusement, c'est à l'approche de ces rapaces -- "dans cette société individualiste" -- que vous vous sentez soudainement mieux. Ca va Miss.
18 févr. 2005
cocker
2. Habib, t'es mort.
sperme
vento dit :
je vais faire du café
vento dit :
habib, ça va être super et tout le monde en aura rien à foutre
vento dit :
c'est génial
vento dit :
j'ai mis la petite table dans la chambre
vento dit :
où je vais écrire
vento dit :
je vais faire un peu l'artiste
zaza dit :
trop bien!
zaza dit :
une chambre d'écrivain
vento dit :
à la bougie avec une plume d'oie
vento dit :
trop bien
vento dit :
je vais ouvrir les portes de l'enfer avec ma grosse plume
zaza dit :
:-)
vento dit :
avec ma grosse plume qui va cracher du liquide
vento dit :
je vais faire ce que jamais homme n'a fait dans l'humanité
vento dit :
je vais écrire un bouquin avec mon sperme
vento dit :
300 pages
vento dit :
300 pages, tout écrit à la main
vento dit :
à la force du poignet, si je puis dire
zaza dit :
!!!
zaza dit :
:-)
17 févr. 2005
2. Ne pas voir l'activité "artistique" -- artistique voulant ici tout autant dire la fabrication méticuleuse des rideaux par une mère de famille, que l'execution d'une aquarelle par un vieil homme, tout autant dire l'écriture d'une chanson par un jeune chanteur en vogue que l'écriture d'une nouvelle par une quadragénaire --, donc, ne pas voir l'activité "artistique", du point de vue esthétique, mais du point de vue du contrôle de l'executant. Et en tirer l'étrange conclusion que ce domaine-là, ce territoire que chacun se réserve pour se retrouver, se retrouver hors de la vie courante, banale, où le contrôle de soi est demandé à chaque instant, il est étrange donc, qu'il soit la plupart du temps toujours & encore régit par le contrôle. Pétri d'exigence envers soi-même, alors qu'il l'est déjà toute sa journée, toute sa vie durant, l'executant continue à se maîtriser, à s'infliger une dure sentence, celle du bien-faire, du bien-beau. Ceci alors même qu'il devrait bien au contraire employer (habiter) ce territoire comme un terrain d'abandon de soi, hors de toute règle esthétique, dépourvu de toute limite, de toute loi érigée selon des critères esthétiques extérieurs; comme si le but du vieux retraité serait toujours de faire du consommable (du bien-beau), alors même qu'il a fait cela toute sa vie, souvent sous contrainte et par ennui; comme si l'intérêt de la poétesse quadragénaire serait encore et toujours de rédiger des vers -- alors même qu'elle rédige déjà toute la journée, alors même qu'elle ne cesse déjà d'être sous contrôle la plupart de son temps (un contrôle esthétique, sexuel, social, affectif -- ne pas faire si, faire si, pouvoir faire si, ne pas pouvoir si).
3. Envisager dès à présent l'écriture non plus comme un territoire du bien-faire, du faire-beau, mais du non-contrôlé.
16 févr. 2005
1. Courir un peu plus, à chaque instant, à chaque seconde après le temps. Comme si celui-ci était compté; compté non pas vainement comme celui de la journée, d'une heure, de ce temps passé dans les transports en commun, mais le temps avant le point de rupture.
2. Prendre conscience -- ou alors n'est-ce que la pure imagination d'une esprit fatigué -- que ceci est déjà le chemin de la finitude; qu'il ne s'agissait pas de l'ouverture, mais de l'écrasement. Alors il y a le flottement, les instants où ceci est en suspens, juste s'agiter pour se donner l'illusion du mouvement, comme ces images où l'on voit, quand on l'agite un peu, un personnage entrer en action.
15 févr. 2005
2. Rien.
3. Non, je n'y suis pas. Et je n'ai pas spécialement envie d'y être, compte tenu de ce qu'il y a à en tirer, compte tenu de ce qui est mis dans la balance. Juste un rire lorsque l'on s'aventure à dire que c'est trop -- et ce n'est pas ce trop qui rend cynique, mais ce rire provoqué.
4. Habib, t'es mort.
13 févr. 2005
Habib dans la boue
train-rue
bus-train
métro-bus
dormir-rue
monde-foule
manger-boire
foule-gens
bonjour-au-revoir
dormir-bus
salut-au-revoir
bises-métro
ça-va-métro
train-bus
train-clopes
rue-couloir
café-salut
bonjour-métro
bus-rue
rue-métro
dormir-rien.
2. Ai été stressé tout le week-end à l'idée de ne pas avoir le temps de faire tout ce qu'il faut faire -- comme s'il s'agissait d'une liste longue incroyable, d'un planning démesurément overbooké. Dans la panique de ne pas avoir le temps, ai bossé sur Habib -- et c'était ça qui me manquait; de replonger les doigts dans le cambouis. Alors sans nervosité, écrire sans savoir ce qui va sortir, avoir une idée précise mais ne pas chercher la belle phrase, le bon mot, la jolie tournure. Juste plonger Habib dans la boue -- et c'était donc trouver un objet de concentration. L'aspect est défiguré; non pas par des ruptures, mais par un mouvement ample polyphonique qui s'impose à lui-même. Vais débarrasser la petite table et la mettre dans la chambre, faire un confinement, lacher l'ordinateur, et faire à la main.
3. J'ai 32 ans.
4. L'Olivier & Verticales sont entrés dans la compétition. Rappelons que Farrago est toujours en tête; jusqu'à quand ? Qui va les détrôner ? Et qui va donc battre le record de POL ? L'édition est une course de fond.
6 févr. 2005
2. Ménage intégrale. Ne rien faire d'autre.
3. Ne pas avoir envie de retourner au travail -- ai passé ces dernières nuits dans des rêves intégralement consacrés à ça, alors qu'il y avait bien mieux à rêver). La petite tristesse du dimanche soir, et se sentir loin.
4. Et se sentir un peu l'autre qui attend.
4 févr. 2005
2. Robert Pete Williams en image.
3. L'intuition autour du monde qui se répartirait entre les crétins, les idiots et les désespérés.
4. Les nouveaux rituels.
5. Reste à faire ?
6. Ai repensé à la dinde -- c'est une femme dans le bus qui discutait avec un homme qui me l'a rappelé, surtout cette façon qu'elle avait de parler, très catégoriquement, avec les mains; elle avait les mêmes gestes et son flot continuel, cette volonté de persuader son auditeur, ceci jusqu'à l'endormir et en faire ce qu'elle veut par la suite. Le genre de personnes pour qui être heureux se doit d'être un concept, sans cela rien ne va. Je crois que je me suis réellement demandé où j'étais lorsqu'elle m'a dit cela: "aujourd'hui, j'étais assise, et je me suis dit "je suis heureuse"". La vache.
2 févr. 2005
mode paysage
2. La lassitude de ce parler. Se corriger -- reprendre le contrôle du dire, de l'écrire. Faire attention à ne pas se laisser aller à ces petites phrases bien trop simples qui ne veulent rien dire, le syndrôme fogat' "c'est géééniiaaallll".
Tu fais quoi ? -- J'abuse d'adverbes et de superlatifs bidons parce que j'ai trop la flemme de dire un truc grave bien.
3. Ai collé des timbres. Pour l'instant Farrago est en tête.
4. Alors les conclusions de ces quatre jours; nous avions eu tort de penser cela, de croire qu'il était un garçon froid et distant -- qu'il lui avait fallu fuir ces endroits qui l'avaient accueilli, parce qu'il devinait que nous n'étions pas contentes de lui, qu'un mur se dressait de jour en jour entre lui & nous, que nous (lui & nous) ne pouvions plus franchir; peut-être n'étions-nous que des idiotes -- se disent-elles maintenant --, peut-être qu'il n'était que lui-même et que nous avions attendu autre chose, un comportement différent, cette attitude "joviale" qui nous avait poussée à l'inviter quelques jours chez nous. Et l'autre dinde, qui disait de lui qu'il était un phasme -- manière élégante pour dire qu'il était un papier peint idéal; jusqu'au jour où le papier peint dit à la dinde qu'il ne fallait pas abuser de sa mansuétude.
Alors les conclusions; maintenant, il se rend compte que nous nous sommes trompés; qu'il n'est pas celui que nous avons, un instant, détesté. Lui-même s'est surpris; cela n'a pas été une bonne nouvelle, juste un réconfort de soi, pour soi. Comprendre qu'il peut être lui-même si on attend rien de lui. Parce qu'il vous donnera toujours ce que vous attendez de lui, ceci jusqu'au jour où il se lassera de ce rôle-là; alors vous ne comprendrez pas ce qui se passe; lui-même sera étonné; il lui faudra quelques jours, voire quelques semaines pour réaliser dans quel pétrin, vous (lui & vous) vous étiez mis. Mais là, le cas échéant, c'était sans attente, sans rôle, sans hierarchie, sans diplomatie. Hors de toute règle du jeu, comme des pions sur un échiquier avançant sans qu'ils ne portent quelconque poids. Etre là, sans nécessité, et tenir parfois le silence sans que cela devienne une tranchée ouverte, un tunnel sourd.
5. Juste serrer des doigts, le dos. Le café, les tartines, marcher, raconter des sottises qui ne sont pas attendues, ne rien attendre d'elles (les sottises) -- ni rire, ni attention, ni spectateur --, juste dire ou ne pas dire. Et l'on ne sait alors pas à quoi tient la relation: ni au mot, ni aux idées, peut-être s'agit-il de présence, d'échange, d'attention, le souci de l'autre comme le souci de soi.
6. Dans nos demeures.
27 janv. 2005
-
2a. Nous ne sommes pas sûrs, alors nous tordons nos bouches qui meurent sur un gêne.
2b. Les doigts serraient, en boule, en rang d'oignons. Il faisait chaud là-dessous, j'osais pas trop.
2c. Juste collée là sous le nez, prendre le bras comme une couverture.
3. Ai vomi toute la journée; non pas une petite fois, non, toute la journée, à chaque gorgée d'eau. Quand l'eau ne passe pas, ce n'est pas nécessaire d'essayer de faire passer autre chose, ça ne tiendra pas.
4a. Ai entendu une émission sur Pierre-Jean Jouve; à feuilleter.
4b. Ai croisé Max.; proposé de travailler à son journal, L'ingrat.
4c. Ai tout de même travaillé sur Les colonnes.
5. Ai retrouvé ce morceau de Codeine, qui commence par "When i see the sun".
6. Nous nous prenions les doigts, comme si nous ne dormions pas, où alors cela était écrit dans le rêve qu'il fallait le faire. C'était donc peut-être ça, la conspiration en chambre à coucher.
25 janv. 2005
42xxx
2. Adieu, de Arnaud de Pallières.
3. POL, lettre n°42xxx.
4. Habib, Wonderwoman, les superhéros, la boue, le blues, le rap, Finkielkraut et sa critique du rap "des pauvres idiots qui ignorent tout de la poésie et qui dénature machin-chose". Et les bluesmen, ils faisaient de la poésie, peut-être ? Peut-être que nos chers vieux réactionnaires post-soixantuitards ont à redire des paroles minimales et mal fichues des bluesmen du delta ? Alors, qu'à mon humble avis, ils sont pliés à genoux devant ces enregistrements, y trouvant une poésie, une parole "vraie". Alors qu'ils auraient été à cette même époque, ils auraient tout autant vomi dessus qu'ils ne le font actuellement sur le rap. 60 ans après les premiers enregistrements blues, le jazz a été "un peu" reconnu par les institutions -- ne pas oublier qu'on balançait des boulons sur Albert Ayler. Vivement dans 40 ans, pour voir ce que le rap sera devenu -- et la littérature putassière y trouvera fort probablement un renouveau.
23 janv. 2005
dimanche
2. Samedi; ai raté la séance du Procès. Goodfellas, La vie sexuelle des belges, Buckaroo Banzaï.
3. Dimanche, dormir, sortir acheter du pain, revenir, dormir, Mort sur le gril (surprenant film de Raimi, scénario des frères Coen, cartoonesque, drôle), dormir, manger des serpents en pate sucrée, réfléchir aux Colonnes.
20 janv. 2005
plan du 5 (v1) - L'idole.
2. Je l'ai vue.
3. Quelque chose en 7 mots.
4. Comme un instant de grâce, quand le point de rupture est inévitable, quand tout est joué et l'on suit les règles comme l'on se lasse de jouer, c'est à dire avec désinvolture, sans intérêt. Tricher parce qu'il y a plus de plaisir à gagner en s'inventant ses propres règles qu'en suivant les règles prédéfinies.
5. Quelque chose en 3 mots. La perte. "Elle est morte. Je suis là". Le portrait de la morte -- et non de la mort en elle-même; juste le corps, et non la souffrance ni la douleur; juste le corps et rien d'autre, comme le dernier repli de l'avoir-été-vivant. L'essoufflement du coeur. Continuer ou s'absoudre. Faire des choix? Faire le point. N'être qu'un poseur ou un lâche, juste avoir échappé à cela, et même sans succès, rester là. Le héros découvre qu'il y avait en cette rencontre un désir de sa propre autodestruction -- mais qu'il ne pouvait affronter de face, c'est à dire seul; qu'il ne pouvait s'autodétruire qu'en présence d'une autre; d'où les rencontres des limites, toujours. Alors imaginer qu'elle s'est sacrifiée à sa place; mais cela n'est pas la solution; ça serait la solution d'une certaine beauté qu'elle n'aurait pas; les morts sont ce qu'ils sont, les rendre plus beaux qu'ils n'ont été, c'est les dénaturés, c'est les soustraire de ce qu'ils avaient-été. Non le sacrifice; peut-être la farce du grand Idiot; peut-être comme un goût amer de ne pas avoir eu le courage d'y avoir été tout seul -- dans cette autodestruction. Et puis le plaisir de ne pas y avoir été. Et enfin n'être que le croisement du présent et du passé, sans amertume, ni bonheur outrecuidant. Un brin de sagesse sans prétention. Juste fermer sa gueule. Et peindre comme les peintres des idoles au Moyen-Age. Peindre des idoles.
17 janv. 2005
2. Etre dans le bus, à la même heure que la semaine dernière, et traverser les ponts qui enjambent les voies rapides, survoler ces trajectoires parrallèles de lumières pointilleuses -- regarder les phares des voitures se confondre peu à peu au jour, gris bleu d'un brouillard griffé de rose, de magenta sale.
3. Avoir le corps plein et s'en échapper par instant; être au point de rupture avant le contact; deviner qu'en deça, il y a maintenant un corps en sommeil. Redevenir corps & muqueuses, veinules & peau, toucher & empreintes, points digitaux.
4. A la mesure de nos rencontres, il y a ce rôle que l'on entretient tout deux -- celle-ci & moi --, celui de ne pas être de la partie -- comme si par ce manquement à la société, il y aurait ici un point de contact possible, possible si celui-ci n'était pas le contact de deux absents de la partie; l'esprit de connivence et l'idée de la conspiration en chambre à coucher. Les absents se rencontrent par hasard.
5. Il s'arrache de la terre, portant sur lui cette carapace de boue sèche qui s'est formée sur son dos, et lourd il avance las pesamment, le regard alerte retourné sur le point jaune qui s'approche de lui.
12 janv. 2005
-
2. Quelques lignes en vrac; chercher des potentiels comme une suite d'accords sur laquelle il serait possible d'improviser aisément.
3. Etre dans une dynamique; être en mouvement; dans un transport -- et un jour, la surprise de se lire écrire "transport", dans le sens désuet du langage amoureux; quand l'art conceptuel sera fini, alors nous reviendrons au transport; mais celui-ci est déjà fini; ils sont déjà là, les fossoyeurs, et la faillite va être sévère Ouaip, idem -- et en plus (j’y reviens, c’est mon dada sternien), un peu plein les bottes de cet "art" qui repose sur un gif/flash empaqueté dans un paquet-cadeau de concept, lequel lui confère l’idéal pour prendre des galons dans les musées et les salons où se ruent les chroniqueurs d’art mondains -- ... et leurs mépris vis à vis du jeu vidéo, lequel serait selon eux "puéril", "débile", au scénario zéroballe. Pour faire une comparaison grossière, l’arrivée du train en gare de la Ciotat ou la sortie des usines Lumière sont loin d’être des films scénaristiquement énormes (un plan fixe, pittoresque). Et je trouve plutôt intéressant de mettre les deux phénomènes en parallèle : parce que même si le jeu vidéo peut paraître déjà évolué, il est loin de ce qu’il va devenir. Et ça fait 20 ans que l’on s’écrie "oh ! on dirait que c’est vrai !" -- et à chaque nouveau jeu, cette phrase devient de plus en plus intense, presque effrayante. Et puis il y a les jeux hors norme comme Rez qui collent la raclée à tous les gifs animateurs post-moderno-neto-contemporains, qui sont bien plus dans le concept de la survie artistique que dans l’idée de création. Tout ça manque réellement de fun -- et les e-artistes concept de faire des longs discours sur cette "chose" qui n’a pas de nom, sans réaliser qu’ils parlent comme à un enterrement
— ici, au pied de la tombe de l’art conceptuel du XXème, analysant cette "chose" comme d’autres l’on fait à propos de la pissotière, cherchant à la canaliser, la rabougrir dans des formats prédéfinis par l’art conceptuel du XXème
— ici, hagards et bavards comme des affamés découvrant des nouvelles parcelles où ils pourraient exceller, mettant des mots sur une chose qui ne fait que naître, et n’a pas besoin d’eux pour qu’elle grandisse.
Je me demandais l’autre soir, comment les hommes des cavernes nommaient les traits faits par Zwywz, et qui ressemblaient vaguement au gros mammouth qui a emporté sa femme et son fils.
Alors qu’est-ce qu’on a : des universitaires qui se tripotent le joystick sur des gifs animés, des gif-animateurs qui se plongent dans "e-art" comme d’autres se sont plongés dans la céramique, et on a des boîtes de jeux vidéos qui font des trucs débiles, et on a des boîtes de jeux vidéos qui font des trucs énormes, des jeux qui restent malgré tout chroniqués dans Joypad mag. Alors oui, c’est peut-être là que s’ouvre le champ d’une certaine liberté, loin des pseudo-visionnaires en flash-codeur avec l’assistant à partir du sample’z, là dans les friches de l’Art, des idiots qui s’amusent à faire des choses qui les étonnent, sans avoir en bouche le mot "concept". M’est avis, le XXIème, ça va être la raclée à l’art concept ----
4. Comme une étrange assurance -- étrange parce qu'elle est la photographie qui émerge du négatif; au milieu d'un environnement qui se délite -- la tentative de suicide de Y., le silence annonçant les très mauvaises nouvelles de A. (& quoi qu'il arrivera, cela sera toujours des mauvaises nouvelles), le néant des réponses des éditeurs -- alors juste rester là, et être vivant.
10 janv. 2005
2. Ravel, introduction & allegro pour harpe, flûte, clarinette & quatuor à cordes -- dans le bus, à travers les champs où s'érigent les tours de l'Aérospatiale -- où le soleil vient réfléchir -- au milieu des hangars, du béton craquelant; comme être sur un vaisseau, au milieu d'une mer d'eau chaude, la rêverie pour aventure, juvénile moussaillon, corvée de patate -- Achab! Achab! s'écria la vigie, elle est là -- le doigt pointé sur le point fixé du bout des yeux, elle est là! -- et les pommes de terre churent des mains du jeune moussaillon, courant dans le tremblement du bois piétinés par des dizaines d'hommes véloces -- certains étaient des anciens tueurs, des égorgeurs de vieilles dames, des bandits de campagne, des faux Robin des bois, des vrais tatoués balafrés jusqu'aux sourcils -- et tous couraient, poussaient le jeune moussaillon contre la coque en bois craquante sous la course de cette centaine de brutes épaisses, montés voir le point fixé par le bout des yeux de la vigie, l'horizon au loin, les yeux brouillés par le vent salé, les cheveux en frange. Ligne 64, Arènes-Colomiers.
3. Le type réveillé dans le bus, au terminus; la tête furieuse hirsute brouillée.
4. Ne pas garder l'idée d'écrire du premier mot au dernier mot, comme sur une ligne droite. Abandonner toute idée de facilité -- inventer ses recettes au fourneau même, et non pas les préparer à l'avance, bien assis à la table du salon, un calepin dans une main et les ingrédients dans l'autre.
7 janv. 2005
je t'ai vue (1)
2. "Une histoire racontée par un idiot, pleine de bruit & de fureur, qui ne veut rien dire" (Macbeth). Le crétin n'est pas un idiot, et s'il est capable de fureur et de rage, il n'agit pas par volonté de puissance, mais par volonté de pouvoir. L'idiot est excessif, le crétin est mesuré; c'est en cela qu'il est couard et qu'il éprouve rarement de la culpabilité. Parfois le crétin devient un idiot; mais il est toujours rattrapé par sa crétinerie, par ce, du moins c'est ainsi qu'il l'estime, qui fait de lui un être supérieur, du moins un être à part. Un crétin peut être un connard, mais un connard n'est pas forcément un crétin.
3. C'est l'histoire d'un crétin, pleine de bruit & de fureur, qui voudrait dire quelque chose. Un crétin devient un idiot, le temps d'une journée. Durant la matinée, il rencontre d'autres crétins; ils mourront comme ils sont, crétinement, sous la volonté de pouvoir d'un crétin. Devenu idiot -- sombrement humain, réalisant la fureur et sous l'emprise du bruit qu'il a répandu autour de lui et dans sa vie --, il divague, seul sur un bout de terre, coupé du monde, entre volonté de puissance et impuissance face à ce monde qu'il a bousculé. Il aurait pu s'en tenir là, si le crétin qui sommeillait en lui ne s'était réveillé, avait repris du poil de la bête. L'histoire idiote d'un crétin.
27 déc. 2004
le retard & les fêtes
23 déc. 2004
19 déc. 2004
2. Rien. Rester au lit; tirer des copies du manuscrit; aller boire un café; écouter Harpo en boucle; Dolphy, Public Enemy, Mesrine danser, lire un peu; faire un peu des petites choses La journée du type qui a refusé l'invitation d'un repas japonais fait maison. Petit texte sur Harpo & Movie star, petit plaisir d'écrire des choses sans intérêt. "Faire des choses inutiles avec tout le sérieux nécessaire".
18 déc. 2004
Sister Iodine - Harpo
2. Harpo, Movie star.
13 déc. 2004
jouer carte sur table
2. Dos Passos. Bon, il faut jouer carte sur table: Proust, auteur du XIXème, définitivement, au grand regret des critiques et des philosophes des bar-pmu. Joyce, du XXème. Machin, il crèche dans l'appartement, il écrit, couché, des histoires de gens vivant dans la naphtaline d'un temps perdu. L'autre, il commence au petit matin par un grand bol d'air frais, et il raconte une journée en 1200 pages; pour lui, le temps n'est pas perdu, il est là, au présent. L'un navigue entre Venise et la piole d'un hôtel bourgeois, l'autre bourlingue entre Dublin, Paris, Zurich, Rome, Trieste, picole comme un trou, fume des clopes dans la voiture de l'asthmatique et se fait férocement renvoyé par celui-ci du carré VIP. Joyce, ce jour-là, en fumant sous le nez de Proust, lui a bien fait comprendre que son carton VIP, il pouvait le rouler et se le mettre où il le voulait, parce que c'est lui qui lui mettait la mite au grand concours de composition littéraire. Bon, Joyce, c'est Max/MSP avant l'heure, ça détruit tout ce qui s'est fait jusqu'alors, et fait le vide autour d'elle (la littérature). Bon, le XXIème (?!). Ah oui, le XXème, c'est le début des dilletantes, les écrivains des bureaux, les commis voyageurs: Kafka, Pessoa, et tout le reste. Bon, le XXIème (?!). Quand on voit que la musique contemporaine du XXème siècle est en passe de devenir un vieux truc tout poussièreux, on est dans le devoir de se demander ce qui pourra se passer (un néo-classicisme, façon Gorecki, Part, etc. ?! (merde!) -- malgré un intérêt tout récent éveillé pour la musique dite "contemporaines" par le public d'une certaine musique électronique expérimentale (comme une recherche bien plus archéologique, une recherche de digestion -- à notre grande époque où tout est disponible, où tout est mangeable, avalable, où tout se vaut, il serait bon de se poser la question de la digestion -- voire de la défécation). Ca sera fait de quoi le XXIème, du néo-classicisme (merde!) ?! De la digestion ?! Du "on recolle les morceaux, ils ont tout cassé, et ils nous ont montré que c'était vraiment jouissif de tout casser, mais bon, même si c'est moins cool que de tout péter, on va quand même essayer de construire quelque chose dont on puisse être un peu fier" -- mais ça va être difficile de battre un mec qui a osé intoxiquer par une clope le grand Marcel.
3. Marcel Proust, c'est nul.
4. It's the end of the world as we know it, and i feel fine. Ouais, je ne crois pas que cela se fera en se prenant la tête -- genre "avancer les concepts pour un nouvel art" à la façon des é-crivains/e-critures.org, ce genre de concepts qui servent bien plus de béquilles face à une chose que l'on ne comprend pas que de ponts reliant à l'avenir -- une manière pour ne pas se dire "j'ai la frousse, alors rationalisons, avec des concepts, on va pouvoir construire un truc parfait -- mais mes chers é-crivains, c'est avec des concepts du XXème que vous cherchez à analyser un art qui sera probablement celui du XXIème -- mais laisser lui au moins le temps de faire des âneries, de ne pas se prendre au sérieux -- ah GTA3, ah Manhunt! --, laisser lui le temps de la jeunesse, arrêter de faire des discours que l'on réserve pour les enterrements.
5. Les points de rupture.
12 déc. 2004
Crimes et délits
2. A y réfléchir, le premier décrivait ces passages à l'acte qui ne peuvent être que dans un état second -- alcool, frustration, etc. comme si ceux-ci étaient nécessaires pour que les passages à l'acte soient vécus le moins violemment possible (et du regard extérieur, l'alcool, la frustration, le-bout-du-rouleau portent la violence bien plus qu'elles n'aident en réalité les héros à la supporter;
-- et le numéro zéro était clairement le récit du non-passage à l'acte;
-- et le second est également une histoire de passage à l'acte qui se passe dans la violence -- comme si celle-ci était bien moins une nécessité qu'un état de fait; en s'approchant de leur liberté d'agir, les héros au fur et à mesure des récits devaient se soumettre à la violence même de la liberté d'agir -- c'est un peu en cela qu'il y a, ici, un certain mépris qui ne trouve en réalité sa source que dans la méfiance, vis-à-vis de ces personnes qui sont capables de tout dire et de tout faire, parce qu'ils semblent, au mieux dénués de tout intérêt, au pire, scrupuleusement avides, cette espèce de gloutonnerie existentielle sans estomac.
3. EXCIPIENT, subst. masc.
A.
PHARM. Substance neutre à laquelle on incorpore le principe actif d'un médicament pour lui servir de support ou de véhicule. Médicaments à excipient aqueux. On conseille de la déguiser (...) dans divers excipients : confiture, miel (Vincent ds Nouv. Traité Méd., fasc. 5, 1, 1924, p. 196)
4. Les points de rupture.
11 déc. 2004
i trawl the megahertz
-- What's wrong ?Aurais dû sortir -- mais juste envie de rester là, même pas au chaud, juste être là sans avoir d'autres efforts à faire que d'essayer de se concentrer sur autre chose que tout cela -- ceci après la dispersion de la veille -- ivre de midi jusqu'au coucher à 2h. (les repas de Noël en entreprise, comme si j'y étais sans y être réellemment -- n'être qu'un passager clandestin dans cette entreprise. Ni parler, ni agir sur quoique ce soit, ne plus être là. Ni dégoût, ni espoir, un peu de temps comme du sable qui serait coincé dans cet infime espace qui sépare les deux réserves d'un sablier. Attendre juste cet instant qui se transformera en extase. Et oublier qu'on l'a attendu.
-- I'm fourty-nine.
Peut-être aller dans un bar, y boire un café et fumer des cigarettes, avoir l'esprit suffisamment ailleurs pour ne pas avoir à lire et oublier tout cela.
Aller dans un bar, et voir si j'y suis -- et devenir un autre.
Why's everybody actin funny?
Why's everybody look so strange?
Why's everybody look so nasty?
What do I want with all these things?
I went alone down to the drugstore
I went in back and took a Coke
I stood in line and ate my Twinkies
I stood in line, I had to wait
7 déc. 2004
Le travail (1): YMCA
2. YMCA. Repas au restaurant d'entreprise à côté, qui porte le logo Y rouge et stylisé de la chanson disco -- et dont mes nouveaux collègues de bureau temporaire m'ont dit: "tu peux aller manger au I M KA" -- comme si ils n'avaient jamais entendu la chanson pour s'amuser un tant soit peu du nom du lieu; c'est le genre de détail qui marque une personne, bien plus que sa nuque longue ou sa barbiche.
Je me rends dans le hangar dont ils m'avaient indiqué le chemin et demande au garçon qui tient la caféteria qui se situe à l'entrée, où se trouve le restaurant. Il m'indique dans une langue approximative le chemin; je le fais répéter plusieurs fois tant je ne comprends rien à ce qu'il me dit. Dans la salle, des hommes en bleu de travail sont affalés à des tables en plastique, enfermés dans des petits compartiments séparés par des décorations hors du temps, c'est à dire très années 80, c'est à dire moches et fanés, c'est à dire éclairés par des néons sales. Les ouvriers avaient des visages ravinés, les yeux hagards, il y avait quelque chose d'étrange chez ces hommes qui donnait à l'endroit une ambiance très révolution-industrielle-Zola. Le mur d'en face était décoré d'une fresque pastelle sale où se mêlaient un soleil sale et un jardin vert sale, où jouent des enfants sales qui sourient sur un fond gris et terne. Je traverse le couloir que le garçon m'avait indiqué. Des fenêtres longent le mur et donnent sur des espèces de bureau -- du moins c'est l'impression que j'avais en m'y rendant; en réalité, il s'agissait d'un atelier de couture et de tri de vêtements où travaillent, enfermés derrière des vitres en plexiglass, à la vue de toutes les personnes qui se rendent manger, des idiots, des retardés mentaux, les yeux rouges rivés sur des bacs remplis de bouts de chiffon.
Avec mon plateau-repas, je me rends à une table, et avale la pièce de viande et une platrée de nouilles -- pour seulement 3.85 euro. Le réfectoire est un hangar éclairé par des rangées de néon -- c'est un peu comme manger dans un garage auto, la crasse en moins et une propreté terne et grise qui fait regretter le camboui et le bruit de la ferraille. Je regarde une fille passer, que je trouve plutôt mignonne; je finis mon plat et vais à la caféteria prendre un café. Je m'installe au comptoir, et me retourne vers la salle; à une table, il y a la fille assise avec deux autres types qui discutent, et elle reste là, amorphe, le regard creux -- peut-être les écoute-t-elle, peut-être pense-t-elle à autre chose; elle se tourne de l'autre côté et elle reste là, légumeuse, inutile, psychotique. D'autres types à d'autres tables ont la même posture: vides, creux, débiles -- au sens psychiatrique du XIXème. Le serveur est lui-même un peu attardé; pas désagréable, mais juste bon à n'être que deux mains qui servent. YMCA.
3. Comme une colère qui ne serait que du ressentiment dégageant sa propre énergie, une colère sourde et muette, nécessaire -- et c'est curieusement ce que j'espérais y trouver; bien moins de quoi remplir le frigo qu'une raison pour être en colère.
6 déc. 2004
Me demande si je ne suis pas profondément dépressif comme gars.
2 déc. 2004
Test de personnalité:
- stabilité: moyen moins
- autorité: moyen moins
- pondération: moyen moins
- minutie: minimum
- audace: faible
- réalisme: faible
- créativité: maximum
- esprit d'équipe: moyen moins
- conformisme: moyen moins
- style du candidat: relationnel
- résultat & performance: 9/20
- animation & relation: 16/20
Me suis marré en lisant ces résultats "ainsi donc, c'est moi, ça ?" et puis ai pensé à la personne qui avait tout au maximum, c'est à dire quelqu'un qui serait super-social, super-stable, super-autoritaire, super-pondéré, super-minutieux, super-audacieux, super-réaliste, super-créatif, super-esprit-d'équipe, super-conformiste. En gros et en détail, c'est super connard.
29 nov. 2004
Découverte de Claude Simon -- quelques pages lues dans le bus, L'herbe, comme une espèce d'étonnement sur la technique d'écriture -- rarement eu autant l'impression de lire ce que j'aurais pu écrire (les longues parenthèses, les abus des non pas, des comme, des comme si, la guerre, le temps -- le temps qui s'éternise --, le temps suspendu -- le temps scellé --, la quasi absence radicale du point-virgule, l'ennemi juré du rythme.
Rendez-vous intérim dans la banlieue soviétique de la ville -- usine basse, toit en tôle rouillée, briques sales et béton fendu --, dans une espèce d'usine dans laquelle travaillent 200 personnes -- vision kafkaïenne de bureaux alignés de gratte-papiers --, on pouvait encore entendre le sifflotement d'un employé allant à la machine à café. Tous les murs étaient gris, ça sentait la pousière et l'odeur de la laine des gilets des secrétaires qu'elles portent sur leurs épaules, laissant pendre les manches le long de leur buste comme des vieilles chaussettes. Entretien avec un ex-nuquard, ayant probablement des vieux remords quant à avoir abandonné sa coupe de cheveux à la Rudy Woller. Maintenance d'un soft par avance mal foutu, la retape de code-maison, du boulot d'amateur que l'on ne peut pas critiquer parce qu'il est de la famille.
(Ai terminé hier soir Manhunt)
26 nov. 2004
25 nov. 2004
Soirée Clarknova rigolote (4 bières, une de trop); y ai croisé la fille-sans-nom-facile-mais-tragique. Comme une journée de vacances, vaine, creuse, avec tout le reste qui va avec, que la frustration, l'angoisse et la dérilection appellent à taire.
23 nov. 2004
avant
Des écrans vidéos, des jeux en réseau, des musiques complexes, des missions d'intérim, des histoires d'amour compliquées, des solitudes à mi-mots, blasés de naissance, mais l'envie d'en découdre.
13 août 2004
s'y remettre
inclinaisons, aux ascensions de ses appétences, restant là roide & fixe,
non pas face à cette ligne d'horizon qui brûlait les yeux des
navigateurs de la Renaissance, leur intimait d'aller nulle part ailleurs
que là-bas
-- non pas roide & restant là fixe, face à cette ligne vers laquelle
son regard s'est déjà tourné et a été fasciné, l'a longuement
contemplée, et finalement l'a conquise (navigateur de la Renaissance aux
yeux brûlés par l'azur des tempêtes, à la peau tannée par le soleil, au
corps distordu par la violence de sa solitude embarquée)
-- mais roide, fixe & restant là, seulement paralysé par une masse
compacte vive et dense qui le cerne, qu'il n'inspecte même pas tant il
en connaît déjà la texture et la chaleur
-- territoire d'au-delà la ligne, où s'effacèrent une fois celle-ci
franchie le courage et l'ambition, où disparut toute l'appétence qui
avait fait de lui un homme comme une bête sauvage
-- alors las et redevenu homme, le corps gisant là et la langue sèche
collée au palais par le silence tenu
-- alors là étreint par une crainte qui accable ses ambitions de
parler, d'écrire, de lire, confronté là au flottement du désir de la
voix qui voudrait être parole, du désir de cette parole qui voudrait
être écriture, et du désir de ce regard qui voudrait la lire,
-- se mesure alors aux inclinaisons, aux ascensions de ses appétences,
dans ses heures intenses de son silence, cet ascète restant là, roide &
fixe.